Amour quand tu nous tiens

La difficulté de vivre un amour gai quand on a 17 ans

Stéphan, 17 ans, Laval
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Avoir 17 ans, ce n’est pas si simple que ça. On pourrait se dire que ça se limite à l’école et au fait de vouloir réussir pour plaire à ses parents, mais c’est bien plus compliqué que ça. Le plus gros problème qui affecte les jeunes gais de moins de 18 ans, ce n’est pas la drogue — quoique, croyez-moi, c’est bien répandu — , c’est tout simplement les histoires d’amour qui font tanguer le cœur. Très jeune, on peut tomber amoureux, pas besoin d’être financièrement indépendant et totalement libre. C’est pour cela que bien souvent, les parents rentrent dans ce problème alors qu’on ne le souhaite pas forcément.
On a beau dire je t’aime, un jour, on n’obtient rarement la même réponse en retour. Alors on a l’impression que son cœur se fracasse en mille morceaux. On se dit qu’après tout, ce n’est pas grave et que demain on rencontrera à nouveau quelqu’un d’autre qui sera de nouveau tout pour vous. Mais ce n’est pas facile, quand un jeune homme rencontre un autre jeune homme et que son cœur palpite à chaque fois qu’il le voit, il y a forcement une question qui se pose à lui. «Est-ce que je peux l’aimer vu qu’il est du même sexe que moi?». «Que vont dire les gens qui vont nous voir? Et est-ce que c’est normal d’aimer un autre garçon?»

Ce genre de questions qui font douter surviennent chaque fois que l’amour traverse l’esprit d’un jeune gai ou qu’il le rencontre près des casiers ou à la cafétéria. Et tout cela parce qu’on vit dans un monde hétéro où la différence est souvent vu comme une anormalité. La preuve, si vous sortez de chez vous dans la rue, vous pouvez constater que de nombreux jeunes hétéros s’embrassent sans se soucier du regard des autres. Il devrait alors en être de même pour les jeunes gais car il s’agit juste d’une question d’amour.

Moi je suis gai et j’en ai assez. J’ai envie d’aimer comme tout le monde, de me montrer aux autres au bras de celui que j’aime, mais chaque fois, je suis confronté aux mêmes problèmes. «Je ne peux pas, mes parents ne sont pas au courant, les autres vont se moquer de moi» ou alors «Oui, je t’aime mais je préfère me cacher des autres». Pour moi, «Vivons heureux, vivons cachés» ne marche pas. Quand on aime, on est prêt à tout. Je serais prêt à aimer à n’importe quel prix! Finalement, la vie d’un jeune de 17 ans comme moi, qui s’assume, n’est pas si facile car je sais que je peux aimer quelqu’un mais il faut que celui-ci s’assume aussi.
J’ai envie de crier : «Je suis gai, laissez-moi aimer comme tout le monde!». J’ai envie de dire, quand on me parle de ma petite amie : «Oui, je l’aime, mais ce n’est pas elle, c’est lui!». L’amour gai existe !
Ceux qui sont au courant pour moi sont mes parents, mes frères, mes belles-sœurs et mes amies à l’école car les filles sont souvent plus tolérantes.

Je voudrais pouvoir le dire à tout le monde comme je l’ai fait avec eux, mais je crois que je n’ai pas besoin de souligner le problème qui m’en empêche et qui est que l’on vit dans un monde hétéro intolérant.
Comme je le disais au début, la vie d’un jeune est compliquée, surtout quand il s’agit d’amour et surtout quand il est gai.

Mais il n’y aura plus ce problème le jour où les gens pourront nous comprendre avant de nous juger.