Stratégies pour 2003

Pas tous les œufs dans le même panier

André-Constantin Passiour
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Depuis déjà trois ans, avec l'éclatement de la "bulle" technologique, beaucoup d'investisseurs y ont laissé leur chemise. Les lendemains du 11 septembre 2001 n'étaient guère meilleurs, plongeant la bourse dans des descentes effrénées. Pour 2003, selon certains spécialistes, il semblerait qu'il faille diversifier nos placements REÉR afin de conserver un tant soit peu de sécurité. Il y a eu le 11 septembre qui a plongé l'économie américaine, particulièrement le secteur de l'aéronautique, dans le marasme et la crainte de futurs attentats. Comme si tout cela n'était pas déjà suffisant, on en a rajouté avec les scandales financiers en 2002. La dégringolade s'est donc poursuivie : en fin d'année, le S&P 500 (Standard & Poors) accusait une baisse de 22%, le Nasdaq (technologie) a atteint le fond avec -30%. "On a terminé 2002 encore dans le négatif pour le Dow Jones avec -16%. C'était la troisième année consécutive à la baisse. La dernière fois que cela s'est produit, c'était lors de la crise de 1929 et de la Deuxième Guerre mondiale. Et aujourd'hui, on se retrouve encore face à la possibilité d'une guerre en Irak", de dire Pierre Dufour, conseiller en placement chez Demers Conseil.
Pour ne pas perdre de gros sous, il faut donc, selon les spécialistes du milieu, équilibrer son portefeuille. "La diversification, actuellement, c'est la meilleure stratégie pour éviter ce qui s'est passé avec la bulle technologique, alors que c'était la frénésie et que bien des gens y ont laissé beaucoup d'argent", de dire Frédéric Houle, conseiller en finances personnelles à la Caisse Desjardins Des Faubourgs.
"Il faut diversifier parce que 80% de ce qu'on place dans le portefeuille est choisi en fonction des rendements futurs attendus, tandis que les 20% restants sont des placements un peu plus sécuritaires que l'on fait dans de petites entreprises américaines qui équivalent à de grandes firmes canadiennes", d'expliquer Patrick Desmarais, conseiller en sécurité financière chez Polygone.
"Une bonne stratégie [pour 2003] équivaut à une bonne répartition obligataire et une bonne répartition boursière, soit des investissements dans des entreprises à très forte capitalisation. C'est une stratégie plus conservatrice mais qui est plus sécuritaire", croit pour sa part Pascale Imbeau, la consœur de M. Dufour chez Demers Conseil. Pas tous les œufs dans le même panier semble donc, être le credo des spécialistes afin de rassurer les épargnants et investisseurs.

Investir régulièrement
En plus de diversifier ses avoirs, les experts sont unanimes quant à la nécessité d'investir périodiquement, par petits montants. Encore une fois, on veut éviter les écueils du passé. "Au lieu d'essayer de découvrir à l'avance ce qui va se passer sur les marchés, il faut faire des placements intelligents et acheter sur une base fréquente. On profite ainsi des hausses et des baisses du marché et cela permet au client de profiter du moment, ce qui signifie que le coût moyen du placement baisse au bout d'un certain temps", indique Pascal Turner, conseiller en sécurité financière chez Clarica.
Mais, pour M. Turner comme pour d'autres conseillers financiers, il est important de se fixer des objectifs et de bien définir le seuil de tolérance au risque du client. Selon M. Turner, il y a trois types d'objectifs : la sécurité pour le client qui ne veut pas prendre de risques, le revenu et la croissance à long terme. "Si on prend sa retraite dans cinq ans, ce n'est pas la même chose qu'un jeune qui a 30 ans pour investir : on sera plus conservateur et on va éliminer les risques. dit-il. Si on a 10 ans, 15 ans ou 20 ans pour investir, la composition du REÉR sera complètement différente selon la tolérance au risque, la durée du placement et le montant qu'on est prêt à y consacrer."
Établir ses objectifs deviendra donc une priorité en 2003. Il faut non seulement s'asseoir avec son conseiller pour faire un bilan de ce que l'on possède, mais aussi discuter et soupeser la prise de risques. "Si on vise un portefeuille de 10% de rendement, il faut être plus agressif, mais cela veut dire aussi prendre plus de risques et peut-être essuyer des baisses, souligne l'ex-président de la Chambre de commerce gaie du Québec, Patrick Desmarais. Par exemple, si on a une certaine tolérance au risque, on peut intégrer à son REÉR des fonds obligataires, des fonds monétaires et quelques fonds d'actions."

Des recettes pour l'avenir?
Sans jouer aux "diseurs de bonne aventure", ne possédant pas de boule de crystal pour connaître le futur, les conseillers en finances personnelles y sont tout de même allés de quelques suggestions en spécifiant cependant qu'en 2003, il n'y aura pas de miracles, que les taux d'intérêt ne grimperont pas et que tout, en définitive, dépendra de l'entrée (ou non) en guerre des États-Unis contre l'Irak.

Selon Pierre Dufour, on peut encore investir dans le secteur des technologies, mais attention, seulement dans des entreprises qui ont fait leurs preuves, surtout après la débandade des pointcom. "On a besoin de la technologie, renchérit M. Desmarais de chez Polygone, que ce soit du cellulaire, des ordinateurs, des composantes, etc. On ne peut plus s'en passer et on veut que cela aille toujours plus vite. Donc, on peut encore investir dans les technos, mais à plus long terme parce que la reprise sera lente."

M. Desmarais croit que "tant que le taux d'intérêt n'augmentera pas à 6 ou 7 %, il sera intéressant d'investir dans un fonds mutuel pour les cinq prochaines années. Après, on verra." "Les rendements vont dépendre des stratégies et objectifs de chacun, mais il n'y aura pas de miracle. On peut s'attendre à un rendement de 5 à 8% d'ici les trois ou quatre prochaines années", croit quant à elle Mme Imbeau. Toutefois, contrairement à M. Desmarais, Mme Imbeau et M. Dufour préconisent plutôt de travailler avec des actions de très bonnes firmes dans des secteurs particuliers plutôt qu'avec des fonds mutuels. Pour eux, on n’obtiendra de bons rendements qu'en n’accumulant pas plus que 5 à 8% de la valeur totale du portefeuille dans un secteur donné.

Comme on le sait, on peut détenir dans un REÉR jusqu'à 30 % de contenu étranger. Pour M. Houle, une partie du succès reposera donc sur l'atteinte du maximum de cette portion du REÉR parce que "si cela va mal quelque part, le marché peut aller mieux ailleurs et il faut en profiter". Malgré l'incertitude, les économistes prévoient qu'en 2003, la bourse canadienne sera l’une des meilleures du G7 avec un rendement moyen d'environ 8%. D'ailleurs, l'économie canadienne s'est mieux portée que celle de bien des sociétés industrialisées. Pour 2003, Frédéric Houle de chez Desjardins croit qu'il sera particulièrement intéressant d'investir dans le marché canadien et les fonds canadiens.

À très court terme, donc, les spécialistes s'entendent pour dire que l'or, le pétrole et le gaz, surtout à cause des perspectives de guerre, sont des valeurs refuge alors qu’à long terme, le secteur de la biotechnologie/pharmaceutique sera intéressant en raison du vieilliessement des baby-boomers.
"Pour 2003, les investissements dépendront, en grande partie, de ce qui va se passer en Irak. Mais si on attend que tout se règle pour investir, on va attendre longtemps car il y a toujours eu des guerres et si on attend, on peut passer à côté d'une bonne occasion", de conclure Pascal Turner de Clarica. Comme M. Houle, M. Turner pense qu'on peut investir de manière sécuritaire au Canada, notamment dans des fonds mutuels des 30 à 50 plus grandes entreprises.