Disparition d’un des personnages les plus colorés de la communauté

Bobette n’est plus

Claudine Metcalfe
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Un de nos plus colorés personnages nous a quitté. En effet, Bobette est décédé le 23 décembre dernier de mort naturelle. Ce sont des amis qui l’ont découvert. Inquiet de ne pas avoir de nouvelles et voyant que son fauteuil était à la porte d’entrée de son appartement du complexe Jeanne-Mance, son ami Pierre Del Vecchio (anciennement de La Bellevue) est entré pour voir s’il était correct. Il a immédiatement téléphoné à Armand Larivée, connu également sous le nom La Munroe. "Pierre me criait : Bobette est blanc, il est froid! Qu’est-ce que je dois faire!" raconte La Munroe.

Aussitôt appelées, les autorités n’ont pu que constater la mort naturelle. Sans maquillage, sans perruque, comme personne ne le voyait jamais, même dans l’intimité. Connaissant Bobette, on sait que jamais il ne se laissait voir en public sans "être arrangé". "Évidemment que Bobette s’est couché en filant bien, ne s’attendant pas à ce qui allait suivre dans son sommeil" souligne Munroe.

La famille a succédé aux amis pour la suite des événements. Des funérailles sobres et intimes ont eu lieu dans le bas de la ville. La communauté gaie n’était pas invitée et les amis de Bobette non plus. Bobette a été incinéré. Comme le souhaite la famille, son nom ne sera pas révélé.

La famille acceptait Bobette, mais avait de la difficulté à tolérer le mode de vie gai des folles nuits de Montréal. Il faut dire que Bobette a été à l’avant-garde pour cette époque avec ses allures flyées. Il n’était pas un personnificateur féminin puisque, certes, il avait toujours la perruque et un maquillage flamboyant, mais il portait le pantalon, les habits, jamais de robes. Il aura été notre première drag queen dans les années 70. Un précurseur!

Né à Ville Émard en novembre 1940, il a connu ses heures de gloire en remportant le titre de Monsieur Montréal, un concours de culturisme prestigieux au début des années ’60. Par la suite, il a commencé sa carrière dans le showbizz. Rapidement, il est devenu un personnage important de notre communauté. Il a été un des piliers de plusieurs bars en tant que portier, homme à tout faire, barman et organisateur des spectacles, par exemple au bar Le Saguenay et la taverne Bellevue. Il a aussi a été fondateur du premier et second Entrepeau, puis il s’est retrouvé au cabaret lesbien les Ponts de Paris de la rue St-André. Par la suite, ce bar est devenu le sien dans les années 80, Chez Bobette. Ses soirées étaient très courues et on y a même vu Lise Dion dans ses premières prestations en public.

Rappelons qu’il est de ceux qui ont transporté la vie gaie dans l’Est, avec les Jussaume et Rousseau.

À l’affût de tout ce qui se tramait en coulisses, notre reine des bars a commencé à écrire ses potins et ses plogues dans le mensuel Attitude, l’ancêtre de Fugues. Avec l’arrivée de Fugues, Bobette y a continué quelque temps ses potinages avec la chronique Voyage inoubliable, en direct de Québec, et colorait de sa personnalité excentrique le contenu du magazine.

Bobette avait le sens du spectacle comme pas un. Même jusqu’à la fin, alors que sa peur de l’opération au dos le clouait dans son fauteuil, Bobette a su garder son esprit théâtral : il déambulait en vitesse avec sa voiturette, sourire aux lèvres pour qui le saluait, comme s’il gambadait encore dans le monde trépidant du cabaret. Certes, il avait des airs intimidants, mais c’était un cœur d’or sous un bouclier tough. "J’étais son ami, je m’occupais de lui deux fois par semaine. J’ai su le comprendre, l’admirer et aimer l’homme derrière le personnage", confie Munroe.

Il venait d’avoir 62 ans et laisse dans le deuil, en plus des membres de sa famille, des amis sincères et toute une communauté qui perd un pionnier. Toutes nos condoléances à la famille et aux proches de notre inimitable Bobette, la reine des nuits de Montréal.

 

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Disparition d’un des personnages les plus colorés de la communauté

Bobette n’est plus

Aussitôt appelées, les autorités n’ont pu que constater la mort naturelle. Sans maquillage, sans per (...)

Publié le 23 janvier 2003

par Claudine Metcalfe