Pixxel Graphix

Du dynamisme à revendre!

Claudine Metcalfe
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Lors de la soirée des Prix Arc-en-ciel, deux jeunes femmes se sont fait applaudir à tout rompre : Caroline Daigle et Sabrina Tremblay, âgées de 24 ans, lauréates de la première édition du concours du Jeune entrepreneur gai, organisé par la Chambre de commerce gaie du Québec, en collaboration avec la Fondation du Maire de Montréal et le magazine Fugues. Les deux jeunes femmes d’affaires viennent tout juste d’ouvrir leur boutique, Pixxel Graphix, une boutique de décoration doublée de services de graphisme et de multimédia. Elles ont ouvert à la mi-juillet, juste à temps pour la période de la fierté, et, déjà, les commandes ne cessent d’affluer : elles confectionnent des sites web, font des cartes d’affaires, du lettrage pour les autos ou des enseignes, de la broderie sur tout (lors de ma visite, elles terminaient de broder le logo de la banque BDC sur des serviettes de golf pour leur gros tournoi annuel), personnalisent des t-shirts et font la conception de logos corporatifs, de menus pour restos branchés (comme celui de la nouvelle image du bistro Girly’s). La section articles gais roule très bien avec les rideaux de douche et robes de chambre confectionnés à la main, les serviettes, bougies odorantes, sels de bain, autocollants, tables d’appoint, articles de bois, t-shirts et autres découvertes.

D’un naturel enjoué et très sociable, Caroline fait office de porte-parole et veille au marketing, tandis que Sabrina, maniaque des ordis depuis toujours, voit à l’inventaire et à la comptabilité. Rien ne pouvait laisser deviner, il n’y a de cela que six mois, que Caroline et Sabrina seraient devenues des femmes d’affaires!

Les deux amies se sont rencontrées à l’école, étudiant toutes deux en programmation multimédia. "Tout de suite, je savais qu’elle était gaie! Toi, tu ne l’as pas vu tout de suite", taquine Sabrina, en parlant de Caroline. "Non, non, je l’ai tout de suite dit à ma blonde, qu’il y avait une autre lesbienne dans mon cours!" se défend Caroline. On sent une grande amitié et une belle complicité entre les deux, ce qui est l’ingrédient parfait pour partir en affaires.

Cette belle amitié se reflète à la boutique et l’atmosphère qui y règne est sereine, très agréable. "Ce qui fait notre force est le service à la clientèle. Il y a de la concurrence dans le domaine, mais nous recevons tout le temps le client comme un roi. C’est lui qui décide du graphisme pour ses cartes d’affaires, par exemple, pas un employé à l’air bête qui ne semble pas se préoccuper du client!" lance la toujours souriante Caroline.

Caroline a travaillé en télémarketing avant qu’elle ne décide d’étudier en programmation multimédia, domaine où elle se sent à l’aise. Sabrina était graphiste à son compte quand elle a voulu parfaire sa formation en découvrant la programmation, ce qui complète son expertise. L’hiver 2002, elles travaillent ensemble à quelques contrats de graphisme et de service internet quand elles ont l’idée de génie. C’est coincées dans le trafic qu’elles décident de créer ce projet innovateur. "Nous pensions d’abord à un café internet, puis au projet mixte que nous avons finalement développé, et nous nous disions qu’il fallait absolument avoir pignon sur rue. Nous voulions que notre vie prenne un tournant important et étions bien conscientes que seules nous-mêmes pouvions créer des emplois à notre goût", explique Caroline. Ces deux jeunes femmes dynamiques ne voulaient pas faire comme plusieurs jeunes et s’apitoyer sur leur sort. Se lancer en affaires était pour elles un pas vers la réussite de leur vie, et elles ont décidé de foncer…

Tout de même, ce n’est si facile que ça de partir en affaires, quand on n’a que 24 ans et qu’on est sans le sous "Nous avions l’énergie du désespoir par moments! Nous avons tellement travaillé, parfois sans vraiment réfléchir! Quand il y avait une embûche, on ne se décourageait pas, au contraire, on se concentrait à trouver rapidement une solution!" raconte Sabrina. Son père, comptable, les a beaucoup aidées à monter leur plan d’affaires et à rester réalistes dans les projections. Comme elle se remettait d’une rupture, Sabrina a relevé ses manches et s’est entièrement investie dans le projet, avec cœur.

Fières de leur projet, elles frappent à la porte de la banque…où après plusieurs rencontres stressantes et une tonne de paperasses à remplir, elles obtiennent un prêt pour le démarrage d’entreprise. C’est l’euphorie! Elles trouvent ce local sur la rue Amherst, le rénovent entièrement, se mettent à la confection de milliers de chandails et vêtements — chez la maman de Caroline, à Grand-Mère, qui aime la couture —, cherchent les fournisseurs… le tout alors qu’elles sont encore à l’école! Une vie de fou! Tout le monde met la main à la pâte : Ève, la conjointe de Caroline, les parents, des amis. "Nos soupers de famille ressemblent à des réunions d’un conseil d’administration!" lancent-elles! Elles commencent à avoir hâte que la poussière retombe et qu’une certaine vie normale reprenne!

"Au début, nous voulions faire de l’imprimerie." Mais les coûts exorbitants les poussent à changer leurs méthodes. Elles pensent à une espèce de ruban qui serait cousu, mais c’est top cher et trop compliqué. Elles découvrent finalement la broderie et l’existence d’un programme informatique offrant des possibilités illimités couplé à une machine à broder! "Jamais de ma vie je n’aurais pu dire que j’allais devenir une spécialiste de la broderie!" confie en riant Sabrina. "Mais c’est passionnant de pouvoir prendre un dessin et programmer la machine à broderie pour le reproduire! C’est génial pour une fille comme moi qui a beaucoup d’imagination!" dit Caroline.
C’est en lisant Fugues que Caroline et Sabrina prennent connaissance du concours de la Chambre de commerce gaie pour les jeunes entrepreneurs gais. "C’est fait pour nous!" s’exclamaient-elles. Entre toutes leurs occupations, elles montent l’exigeant dossier et finissent devant neuf autres candidatures de jeunes entrepreneurs gais. Quand Louis Charron, le président de la Chambre de commerce gaie du Québec, leur a annoncé la bonne nouvelle, elles ont sauté de joie les larmes aux yeux! Elles ont reçu la première partie de la bourse et la deuxième suivra dans quelques mois, après avoir prouvé que leur plan d’action de démarrage a bien fonctionné et qu’elles ont atteint les objectifs des trois premiers mois d’exploitation. C’est un programme ardu mais très bien pensé. Des experts viennent nous donner un coup de main, comme des conseils en comptabilité, en marketing. "Nous sommes très heureuses et fières, confiantes que notre entreprise sera florissante" disent nos jeunes boursières, tout en invitant les gens à aller les voir à la boutique.

Pixxel Graphix, 1440, rue Amherst.
tél. : (514) 845-9595