Du 8 septembre au 3 novembre 2002

Le Corps gay : la représentation de l’homosexualité masculine dans l’art

André-Constantin Passiour
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Jamais encore réalisée dans une institution muséale, Le Corps gay se veut donc une première tant par la qualité des artistes gais présentés que par la quantité d’œuvres. Cette exposition présentée à Saint-Jérôme porte sur la représentation de l'homosexualité masculine dans l'art actuel. Le corps, en tant que symbole d'identité, se décline ici de diverses manières, exprimant ainsi la réalité ou l'imagerie gaies. De Lukacs à Laliberté, de Zits à Goulet, le corps prend plusieurs formes et devient le ciment qui les unit. Une table ronde relancera aussi le débat entourant l'existence d'un "art gay". Du 8 septembre au 3 novembre, le Centre d'exposition du Vieux-Palais accueille donc une exposition tout à fait gaie, comprenant près de 80 œuvres: peinture, sculpture, photographie, installation, hologramme, etc. "C'est la première fois qu'il y a une exposition thématique gaie dans le réseau muséal officiel. C'est donc effectivement une exposition d'importance qui réunit beaucoup d'artistes et qui ne se tient pas dans une galerie, un resto ou un café", de dire fièrement Karl-Gilbert Murray, le commissaire de l’exposition.

Dans un travail patient de recherche et de contacts, M. Murray a passé plus d'un an et demi à préparer cette exposition et à rencontrer personnellement la majorité des artistes y participant. "J'ai choisi des artistes reconnus internationalement et d'autres qui n'ont pas encore atteint une notoriété publique générale, mais qui sont des vedettes du milieu montréalais", de poursuivre M. Murray. Artistes québécois, ontariens ou des Prairies (Lukacs, Fabo, etc.) se retrouvent donc ici côte à côte.

Que ce soit par la peinture, la sculpture, la photo, le collage ou autres, les artistes gais ont tous, à un moment ou l'autre de leur production, consacré des oeuvres au corps masculin, et ce, de maintes façons. Un peu comme les artistes masculins hétéros ont représenté à satiété le corps féminin, les artistes gais, peu importe le courant dans lequel ils s'inscrivent, ont façonné l'imagerie gaie à travers des représentations de corps masculins dans des contextes allant de personnages skinhead adaptés à l'imaginaire biblique de l'Eden, signés Lukacs, aux corps nus de Martial qui, par un élan poétique, recherchent l'amour, la tendresse et la compréhension comme rêve qu'essaient de vendre les lignes de rencontres.

Si, au début, la question du corps ne se posait pas pour M. Murray, elle s'est imposée d'elle-même par la suite en analysant l'ensemble des œuvres qu'il avait rassemblées. "Je remarquais que, dans l'art américain surtout, l'iconographie du corps était importante, indique-t-il. Les artistes ont imaginé des marins, des cow-boys, des hommes en cuir, etc., tandis que d'autres ont toujours travaillé à partir du corps, mais en faisant d'autres choses, en le représentant autrement."

Les œuvres ont donc été regroupées selon quatre thèmes principaux. "Le corps masqué: le travesti, le cowboy et l'homme de cuir" attire l'attention sur les habillements identitaires. L'acte sexuel comme geste de revendication politique ou encore l'intimité du couple sont réunis dans la section "Le corps performé: actes et pratiques au quotidien". Le troisième thème fait référence à la préoccupation qu'ont eue les artistes face au VIH/sida et à la menace encore présente de cette maladie. Enfin, "Le corps exhibé: le masculin comme signifié" met en évidence la construction du genre masculin comme mode d'expression de l'identité gaie à travers un questionnement sur la position sociale et historique de l'homme gai.

"L'exposition se veut un peu comme un pied de nez à la représentation populaire et omniprésente des hommes nus, musclés, bronzés, poursuit Karl-Gilbert Murray. Il y a d'autres choses dans l'art, et les artistes ont une préoccupation plus large aussi et plus proche du vécu des gais, une représentation qui va au-delà de l'acte sexuel, qui est porteuse de messages..."

Le 5 octobre, une table ronde sur le sujet "Existe-t-il un art gay?" réunira Réjean-Bernard Cormier, Louis Godbout, Denis Lessard, Thomas Waugh et M. Murray lui-même pour une discussion qui ne manquera pas de soulever les passions. Ensuite, le film Celluloid Closet (v.f.), des cinéastes R. Epstein et J. Friedman, nous fera découvrir les subterfuges utilisés maintes fois pour parler d'homosexualité à Hollywood et échapper à la censure. Il sera présenté le 30 octobre.

Du 8 septembre au 3 novembre. Le Corps gay. Vernissage, le dimanche 8 septembre à 14h, au Centre d'exposition du Vieux-Palais, 185, rue du Palais, Saint-Jérôme (sortie 43 de l'autoroute 15 Nord). Le 5 oct.: "Existe-t-il un art gay?", à 14h, au Centre. Celluloid Closet, 30 oct., à 19h, à la Salle Anthony-Lessard du Centre. Ouvert du mardi au dimanche, horaire varié. Info: (450) 432-7171 ou cevp@laurentides.net.