Conseiller régional de l'Île-de-France

Jean-Luc Romero

Denis-Daniel Boullé
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Victime de outing en octobre 2000, Jean-Luc Romero, membre du comité politique du RPR, conseiller régional de l'Île-de-France et aspirant à un grand avenir politique, avait réglé ses comptes avec un livre : "On m'a volé ma vérité", qui dénonce entre autres le outing, le manque de solidarité de son parti politique, mais aussi les conséquences directes de cet événement sur sa vie privée, comme le départ de son amant et le lâchage de ses amis politiques. Avec Virus de vie, son deuxième livre, Jean-Luc Romero ne veut plus être pris de vitesse par des révélations de journalistes. On lui a volé son homosexualité, on ne lui volera pas sa séropositivité. Mais Jean-Lur Romero veut plus qu’être le premier homme politique français dont la séropositivité est connue, il souhaite surtout secouer l'inertie des pouvoirs publics devant l'augmentation de séroconversion en France. Dans Virus de vie, Jean-Luc Romero révèle qu'il est séropositif depuis 17 ans. Lui qui avait hésité longtemps à parler ouvertement de son homosexualité rappelle que, depuis plusieurs années, il se bat pour améliorer la lutte contre le sida. "En 1995, j'ai créé Élus locaux contre le sida, déjà pour sensibiliser les décideurs au plus haut niveau. Aujourd'hui, il y a un retour de l'épidémie, avec une explosion des maladies transmissibles sexuellement (MTS). Malgré l'arrivée des thérapies, la maladie reste mortelle et, cependant, plus personne n'en parle vraiment. Il n'y a pas que les dirigeants politiques qui sont responsables de ce silence, mais aussi les médias, qui se désintéressent totalement du phénomène, et la population." Plus qu'un témoignage, Virus de vie est une réflexion sur les politiques à mener pour améliorer la situation des personnes atteintes et pour renforcer la prévention. "Les propositions que je fais reçoivent le soutien de la plupart des associations de lutte contre le sida en France comme AIDES, l'une des plus importantes. L'une des propositions est de déclarer le sida cause nationale, et je la porterai devant le prochain gouvernement."

Jean-Luc Romero sait que son combat se mène d’abord face à la peur et à l'incompréhension de beaucoup d'élus de droite, dont il dénonce l'hypocrisie aussi bien face à l'évolution des mœurs que face au sida. Ses propos ne sont pas tendres pour les élus de droite, dont certains homosexuels, qui ont participé à la marche anti-Pacs organisée par Christine Boutin. Les slogans du genre "Les homosexuels au bûcher" l'ont profondément touché, mais la gauche n'est pas épargnée quand il rappelle que, parmi les députés qui ont porté le PaCS devant l'assemblée, plusieurs mènent une double vie depuis des années avec une épouse-écran. Il n'a pas de leçons à recevoir d'eux. Tout comme il souligne que de nombreuses initiatives pour lutter contre la propagation du virus ont été adoptées par des gouvernements de droite. Mais sur la question du outing dont il fut victime, il y reste totalement opposé, même pour des homosexuels qui auraient des propos homophobes. "Il n'y a aucune raison morale qui peut justifier le outing. D'une part, c'est faire le jeu de l'extrême-droite qui va récupérer ces informations pour discréditer la personne "outée". D'autre part, vivre ouvertement homosexuel comme homme politique, ce n'est pas encore simple, surtout quand on est élu dans une région éloignée en France. On ne peut imposer à quelqu'un de le dire. Il faut respecter le cheminement de chacun. Ce outing a eu des effets néfastes sur ma carrière politique. Je devais être candidat aux élections municipales dans le 3e arrondissement de Paris, mais je ne voulais pas être l'homosexuel de service. Je n'ai pas reçu le soutien de mes amis et de ma famille politique comme cela aurait dû être le cas. Pourtant, tous mes proches savaient que j'étais gai, je me suis engagé dans la lutte contre le sida en 1995 et j'ai soutenu avec Roselyne Bachelot l'adoption du Pacs, tout comme je participais depuis plusieurs années au défilé de la Fierté gaie à Paris. Je n'étais pas un homosexuel honteux complice de propos homophobes."

Outé par un journal gratuit, propriété de Gai-Pied, insulté par Pierre Bergé, propriétaire de Têtu, lors d'un défilé de la Fierté gaie, parce que ce dernier trouvait impensable qu'en France on puisse être homosexuel et de droite, Jean-Luc Romero considère que sa place reste à droite, même s’il y a beaucoup de travail à faire. "Les faits de société comme l'homosexualité, le sida, la dépénalisation des drogues douces ne sont pas le monopole de la gauche. Bien sûr, il y a des résistances au sein des élus de droite, mais il y en aussi parmi la gauche. On l'a bien vu lors de la dernière campagne présidentielle, aucun des candidats, excepté celui des Verts, ne s'est prononcé pour le mariage des homosexuels ou encore en faveur de l'homoparentalité. Beaucoup d'hommes et de femmes politiques manquent de courage. Ils sont frileux et parfois en retard sur l'évolution des mentalités. Le dernier grand geste politique remonte à 1981, quand François Mitterrand a aboli la peine de mort, alors que la majorité des Français étaient contre. Quelques années plus tard, la France, à plus de soixante-dix pour cent, était d'accord avec l'abolition de la peine de mort. Je me sens donc beaucoup plus utile dans un parti politique de droite que dans un de gauche. Il faut aborder les grands faits de société sereinement et sans hypocrisie."

Du courage, Jean-Luc Romero n'en manque plus. Après des années passées à hésiter à dire publiquement qu'il était gai, puis séropositif, deux étapes majeures de sa vie ont été franchies. "Il faut atteindre une certaine force pour supporter le regard des autres, comme gai, comme séropositif, mais curieusement, de l'avoir dit, cela m'a rendu encore plus fort." À 42 ans, l'homme souhaite que son témoignage, mélange de réflexions et d'autobiographie, soit un déclencheur pour rappeler que nous ne sommes pas sortis encore de l'ère du sida, et qu'il nous concerne tous. On découvrira aussi à travers ces lignes que, si le chemin de l'affirmation est parfois difficile, il est ô combien libérateur. Comme l'écrit Jean-Luc Romero : "Vivre au grand jour est un luxe inestimable. Il vous donne une force incontestable."

Virus de vie : Édition Florent Massot ,2002.
On m'a volé ma vérité : Edition du Seuil ,2001.