Un accueil chaleureux pour l’expo Stone à Toronto

André-Constantin Passiour
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Du 23 mai au 22 juin, la Galerie O'Connor de Toronto accueillait une rétrospective de l'oeuvre du photographe montréalais Alan B. Stone. Stone, dont l'important fonds de plus de 20 000 photos et négatifs garnit la collection des Archives gaies du Québec (AGQ), a connu un grand succès lors de trois expositions montréalaises, dont deux à l'Écomusée du Fier monde. Décédé en 1992 des suites d'une longue maladie, ce photographe dit "commercial" réalisait pourtant des photos d'une grande beauté, d'une sensibilité certaine et d'un esthétisme indéniable. "C'est la première fois qu'une exposition sur Stone sort du milieu muséal et je dois avouer que la réponse est fantastique. D'avance, des photos laissées en dépôt, au mois de mars, se sont très bien vendues. C'est une galerie privée, donc un lieu où les gens sont habitués d'acheter des œuvres. L'argent a, ici, une valeur de reconnaissance sociale de l'artiste. Mais aussi, lorsque j'ai prononcé une conférence sur Stone devant la Canadian Gay & Lesbian Archives, l'accueil a été extraordinaire", indique le conservateur des expositions Stone, Jean-François Larose.

La fameuse galerie de la Ville-Reine offre à son public une rétrospective de la carrière d'Alan B. Stone qui s'étend sur plus d'une quarantaine d'années. L'exposition réunit ainsi des œuvres provenant des trois présentations montréalaises et regroupées autour des thèmes chéris par le photographe, notamment les culturistes, les travailleurs, les sportifs, les scouts et les cow-boys. Ensuite, on retrouve des photos de ses voyages dans l'Ouest canadien et de l'ère industrielle du canal Lachine et du port. En tout, question d'espace, 28 tirages prenaient place sur les murs de la galerie. Avant même le vernissage, toutes les photos avaient été vendues. Certaines, comme celle montrant des marins torse nu en train de peindre un bateau, ont trouvé plusieurs fois preneurs, et ce, au coût de 600$ pièce. Cette image des marins s'est vendue particulièrement parce que cela rappelle aux gens de 50 ans et plus "leur jeunesse, les sports, le monde du scoutisme, mais aussi ce qu'ils ont vu ou vécu, et cette photo aurait pu être une page couverture du magazine Life de l'époque", de dire M. Larose.

On peut dire que Stone a ainsi conquis le cœur des Torontois, même si "Stone est un nobody là-bas : il n'y a pas eu de promotion à grande échelle ni d'articles dans les magazines gais locaux, mais, comme c'est une œuvre d'une grande profondeur, elle a séduit énormément de gens", commente M. Larose. Cet argent est bienvenu pour les AGQ qui pourront donc investir dans la consolidation et la conservation du fonds Stone. Il faut dire que des centaines d'images ne sont qu'à l'état de négatifs. Une première impression s'impose donc afin d'en vérifier la teneur et la qualité. "On y découvrira sûrement d'autres trésors cachés qui y dorment. Mais cette unique opération coûtera déjà plusieurs milliers de dollars", estime le conservateur. Il se pourrait qu'une deuxième expo voit le jour à Toronto dans deux ans, chez O'Connor. La série des cow-boys serait envisagée. Il se peut également que, pour les Jeux gais de 2006, une exposition sur la thématique masculine puisse présenter quelques œuvres de Stone. Malheureusement, le projet de livre avec Alain Stanké est tombé à l'eau. Il semblerait que l'entreprise acquise dernièrement par Québécor ne veuille pas investir dans cette publication.


Alan B. Stone a Retrospective, jusqu’au 22 juin, O’Connor Gallery, 97, Maitland, Toronto. Tél. : (416) 921-7149. www.oconnorgallery.com