Vision d’avenir

Festival des Arts du Village — du 3 au 7 juillet

André-Constantin Passiour
Commentaires

Au Québec, quantité de localités célèbrent les arts visuels et l'artisanat par des festivals. À travers le monde, certaines communautés gaies et lesbiennes tiennent des activités où l'on retrouve des artistes et des artisans. Le plus renommé de ces événements est certainement le Folsom Street Fair de San Francisco, un festival gai cuir qui en est à sa XIXe édition. Dans tout cet éventail, le Festival des arts du Village essaie de se démarquer, autant des autres festivals d'arts généralistes québécois que d'événements à caractère plus sexuel, tel le Folsom. Les organisateurs veulent d'abord et avant tout donner des assises permanentes à l'événement, se distinguer en favorisant la création et en invitant des artistes de haut calibre. On veut donc redynamiser le secteur par la voie des arts et de la créativité.

Durant tout l'été et jusqu'au début de l'automne, plusieurs villes québécoises consacrent généralement une fin de semaine à la mise en valeur du travail d'artistes et d'artisans locaux ou invités, parfois de grande renommée. Cap Rouge, Rimouski, Saint-Eustache, Saint-Charles-sur-Richelieu, Granby, Baie Comeau, Frelishburg ou Magog-Orford n'en sont que quelques exemples. En tout, il y en aurait, paraît-il, une soixantaine dans la province.

Dans un sens, le Festival des arts du Village suit les traces de ces villes depuis maintenant trois ans. Ce qui est ici innovateur, c'est bien sûr l'aspect urbain du festival. Alors qu'artistes et artisans exposent leurs œuvres dans un cadre quasi-champêtre lorsqu'en régions, ici, "le festival a un côté inhabituel, presque magique, festif, puisqu'il a lieu sur un corridor normalement réservé aux autos et qui est pris par les artistes", de dire Jean-Denis Lapointe, le directeur artistique du Festival. Le détournement de l'artère à des fins artistiques est une "transgression" qui plaît aux créateurs et à la population qui y afflue.

Mais le Village gai de Montréal n'est pas le premier à se tourner vers les arts. Si Philadelphie a déjà tenu un festival pour artistes gais, San Francisco et Amsterdam ont pris une tangente résolument plus cuir avec des artistes et autres exposants faisant dans l'art érotique. Et, loin de rebuter, ces festivals attirent des amateurs de partout qui y convergent Le Folsom Street Fair, avec ses 250 exposants et plus, reçoit environ 300 000 visiteurs. En 2 000, cette foire, qui est le point culminant de la Leather Week, a atteint le record de 400 000 personnes. Là aussi, et comme on semble vouloir le faire de plus en plus au Festival des arts, l'animation y est importante et toutes sortes de performances sont organisées, de la démonstration de "fessée" à des spectacles rock, en passant par des partys avec des DJs établis.

"Je ne crois pas que l'on puisse faire à Montréal un genre de Folsom, simplement parce que 50% des artistes sont hétéros [...] On attire bien des artistes ouverts aux réalités gaies, mais qui ne le sont pas. La présence de ces artistes hétéros, pour moi, cela fait aussi avancer la cause gaie", explique M. Lapointe. "Cela démontre que nous vivons dans une société bien ouverte".

Plus spectaculaire
Avec en moyenne 125 à 150 artistes, ce festival a incorporé des éléments d'animation dès sa deuxième édition, l'an dernier. En recrutant la Tribu Urbaine des danseurs de Louis Guillemette, l'organisation du festival s'assurait que les visiteurs soient divertis quelque peu. En 2001, on a donc installé une scène où chanteurs et musiciens ont mis de l'entrain.

Le comité organisateur veut donc résolument augmenter l'animation et les événements afin de plaire encore plus au public. Les commerçants aussi seront mis à contribution afin d'organiser des spectacles comme ils le faisaient lors des festivités de la fierté de Divers/Cité. "Ma volonté serait d'inviter des artistes étrangers et d'accroître les activités d'animation de rue pour plaire au plus grand nombre possible. On va aller dans cette direction-là parce qu'il y a une demande. De toute façon, à chaque fois que l'on organise des événements dans le Village, les gens aiment à ce que cela ressemble à un carnaval!" indique le directeur général de l'Association des commerçants et professionnels du Village (ACPV), Paul Haince.

La Phase II
L'ACPV, organisatrice de l'événement, veut, en parallèle à une animation accrue, établir un lieu intérieur permanent d'exposition et de création où l'on pourra tenir des performances diverses. C'est ce que M. Lapointe appelle la "Phase II". Mais attention, on ne veut pas d'une galerie conformiste, on désire plutôt une sorte d'atelier-centre d'expo qui bouge. Sauf que, comme tout projet, cela nécessite un financement adéquat permettant d'engager un personnel "permanent, à l'année, et non des employés qui travaillent 2 mois par an, comme c'est le cas actuellement", ajoute M. Haince.

Présentement, le budget oscille entre 130 000 et 140 000$. "À moyenne et longue échéance, le festival doit chercher à obtenir un fonds de roulement pour soutenir les projets. Son expansion ne dépend que des sommes investies par les partenaires. On va donc approcher des sociétés comme Loto-Québec pour des commandites", indique M. Haince. À noter, à titre de comparaison, que la méga-brasserie Miller commandite la foire de Folsom Street.

Une fois la structure mise sur pied, on invitera des artistes renommés pour une expo intérieure et ainsi rehausser d'un cran le calibre du Festival. Il sera alors possible, également, d'instaurer des expos d'art érotique qui, comme on le sait, attirent toujours. Une expo de Tom of Finland pourrait voir le jour, éventuellement. "En ce moment, nous avons un problème avec l'art érotique parce que le festival se déroule dans la rue, donc on peut déranger des gens [...] mais on pense pouvoir faire des expos dans des tentes ou dans la future galerie", dit M. Lapointe. "On ne peut pas faire un Folsom à Montréal, mais on peut faire un autre événement comme un mini-festival d'art érotique ou un symposium", rajoute M. Haince.

En attendant, le festival doit faire face à une nouvelle difficulté. Si la majorité des commerçants veulent un tel événement qu'ils trouvent profitable, d'autres ne souhaitent pas avoir d'installations devant leurs vitrines. De leur collaboration dépend l'emplacement du festival. Si les relations ne s'améliorent pas, "il faudra éventuellement que des décisions soient prises", a indiquer Paul Haince sans donner plus de détails.

Cependant, on sent l'énergie et le dynamisme des organisateurs qui, les idées plein la tête,rêvent d'un festival à des proportions quasi carnavalesques où artistes, visiteurs, touristes et commerçants se retrouveront.

 

  Envoyer cet article

Vision d’avenir

Festival des Arts du Village — du 3 au 7 juillet

Durant tout l'été et jusqu'au début de l'automne, plusieurs villes québécoises consacrent généraleme (...)

Publié le 13 juin 2002

par André-Constantin Passiour