Un Québécois à Sydney

L’arrivée

Sébastien Thibert
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Simon Xavier est en Australie pour un an (le chanceux!). Il nous fera découvrir, au cours des prochains mois, la vie gaie en Australie, à travers les billets personnels qu’il nous enverra sur les événements d’envergure qui se déroulent au cœur de la communauté, sur l’effervescence en prévision des Jeux Gais, sur les Jeux eux-mêmes qui auront lieu en novembre prochain et, évidemment, sur les gars de Sydney... Malgré que l’un des agents de bord est sexy à croquer, c’est complètement zombi que j’attrape, à la course, ma correspondance Honolulu-Sydney. Janvier 2002. "Tu pars même si les feux font rage?" Ça m’en prend plus que ça pour m’empêcher de traverser la planète. J’ai quand même survécu à tous les partys du dernier Black & Blue. À moitié exténué, après plus de vingt heures d’avion, j’arrive à Sydney. Blanc comme je suis, je fais touriste parmi ces Australiens bronzés. En ligne pour passer les douanes, je sacre. Aussitôt passé, je saute au bras de mon boyfriend venu me chercher, j’oublie ma journée où j’ai étéconfiné à un petit siège inconfortable au milieu d’une rangée.
Mi-janvier, les incendies sont éteints depuis quelques jours. La chaleur reste omniprésente. À peine les bagages déposés à l’appartement, il a tout préparé pour mon arrivée, j’oublie temporairement ma faim.
Dix-huit heures, le soleil brille toujours, c’est l’été, il ne fera noir que vers vingt et une heures. À Sydney, les fruits de mer sont de royaux délices. Ils sont tout simplement exquis. Ils sont frais. Ils arrivent à chaque jour du Pacifique. Dans un endroit tout à fait séduisant, au Balkan Seafood (215 Oxford St), nous commandons un repas pour deux. Buvant du vin blanc, je déguste de la pieuvre, d’immenses crevettes, des moules et du poisson. Le prix est abordable. En Australie, les prix indiqués incluent la taxe et le pourboire. Le dollar australien valant quatre-vingt sous canadiens, on mange et on se régale à petit prix.
À mes précédents passages au pays des donw-under, je faisais la tournée des discothèques dès ma première soirée. Tout en sachant que j’en aurais pour la semaine à me remettre de mon décalage horaire. Tout de go, je devais tout voir. Je ne devais rien manquer. Le voyage serait trop court. Le soir de ma nouvelle vie, les choses sont différentes. Nous rentrons à l’appartement. Je tombe de fatigue. Je dors peu dans les avions. Je l’enlace. Pour la première fois, j’ai la quasi-certitude que la fidélité viendra à bout de ma fougue. Fidélité. Tout un mot! Je n’avais jamais cultivé ce principe lors de mes dernières relations. J’étais passé maître dans l’art de dévier les conversations et de contourner les vérités. Mon dernier mois passé à Montréal, celui qui vient de se terminer, je m’étais éclaté au maximum. L’extase était omniprésente au Bal des Boys, au Rialto. Je savais ce qui m’attendait. Je l’avais choisi. Un gros changement dans ma vie arrive. Ce soir-là, dans ses bras, je crois qu’être fidèle, ça se peut.
Dans le village gai, sur Oxford St, près de Flinders St, je me sens tel un morceau de viande. C’est lui qui me fait la remarque. Nous nous promenons et, tout en parlant, sans fixer quelque chose en particulier, je regarde à droite et à gauche. À ma première visite, j’avais constaté que les gais à Sydney agissent autrement qu’à Montréal. On se retourne sur mon passage, mais jamais on ne me suit. À Sydney, on ne vas pas acheter une pinte de lait au dépanneur pour ne revenir que deux heures plus tard en ayant oublié d’acheter la pinte de lait en question.
Les Australiens sont des gens de partys. En groupe, ils viennent rarement voir un nouveau visage. Je fais les premiers pas et je suis étonné de l’accueil chaleureux qu’ils me réservent. Je deviens rapidement un grand chum. L’été dernier, ça ne faisait pas une journée que j’étais arrivé que l’on m’invitait à me joindre au groupe pour une soirée à l’Arq. L’Arq, c’est le Unity des derniers étés, c’est le Sky de l’été prochain. L’Arq, c’est aussi les meilleures soirées au Stéréo. Un soir où tout explose. On arrive à l’Arq vers deux heures du matin. À l’intérieur, ça fourmille de mecs. Il est difficile de circuler, malgré les deux planchers de danse. Le deuxième plancher de danse est immense, plus grand que celui du Unity, et il possède une mezzanine. Presque immédiatement, je me retrouve torse nu. Il est gêné. Il garde son gilet. Il n’a pas l’habitude de ces grandes discothèques. À l’Arq, tous les vendredis, tous les samedis et tous les dimanches prennent les allures d’un rave. L’alcool coule à flot, sans qu’il n’y ait d’heure limite pour en vendre. En constatant le nombre de bouteilles d’eau qui circulent, je vois que le party atteindra bientôt son apothéose. On danse, on danse, on danse. Vers huit heures du matin, on ferme le plancher du haut. La foule s’est un peu décimée. Tous descendent au sous-sol pour la suite de l’extase... On peut y passer la journée. On peut partir au milieu de la nuit, aller dormir un peu et revenir au matin. L’Arq reste ouvert du vendredi soir au lundi midi sans interruption. Le samedi soir, il en coûte vingt dollars pour venir y danser et, le dimanche soir, cinq dollars.
À mon retour à Sydney, ce janvier 2002, j’y retourne pour la première fois. Mon premier dimanche. Je suis en forme, prêt à m’éclater. Les dimanches sont les meilleures soirées — les gens sont plus amicaux —, alors que les samedis c’est pour les gens de la banlieue. C’est hautain et snob. Le dimanche, c’est les vrais, les gens de la place, les Sydneyistes, les gens de party. Je danse, je danse, je danse. On m’offre un joint. L’hiver dernier, je l’avais accepté. Mais cette fois, mon chum est non loin de moi, il a horreur de ces substances, il ne sait pas que j’en fais usage. Je me suis conditionné à ce qu’elles soient histoire du passé. Je refuse le joint. Je continue à danser.

En milieu de nuit, la faim me dévore. The Californian (177 Oxford St.) est le restaurant de prédilection. La nourriture n’est guère le summum de la gastronomie, mais elle est excellente pour une fringale nocturne. C’est le Club Sandwich du Village. Ce restaurant à aire ouverte où quelques tables gisent sur le trottoir, possède une ambiance charmante et relaxe. Il est deux heures du matin. La rue grouille de gens. Les passants déambulent sur le trottoir. C’est janvier. C’est l’été. J’ai l’impression d’être sur Saint-Denis, un soir de juillet. J’avais commencé la soirée au Stonewall (175 Oxford St.). Ce pub possède trois étages. J’ai dansé un peu au dernier étage. Après mon petit snack, je me rends à l’Arq.

Quelques jours après mon arrivée, je me retrouve à Bondi Beach, la plus importante plage de Sydney. Elle se trouve à vingt minutes en autobus du centre-ville. Quand le soleil reflète dans l’eau, les récifs font que l’océan prend de sublimes teintes turquoises. Bondi Beach, c’est un peu : "Je suis torse nu, regardez-moi, je suis beau!" La veille, j’y ai rencontré une fille de Montréal.

J’amène Dominique — c’est son nom — à Tamarama Beach, la première plage au sud de Bondi Beach et la plus belle plage à mon avis. Pour y parvenir, il faut serpenter le littoral australien par un sentier qui suit le haut des falaises. Le paysage est à couper le souffle. Cette petite plage remplie de beaux mecs plus bronzés les uns que les autres est la plage gaie de Sydney. Je vais au vestiaire. J’enfile mon speedo. Ici, tous en portent. Un gars me lorgne. Il fixe mes fesses. Il est beau. Il mesure plus de six pieds, est bâti, costaud, très masculin et viril. Je me retourne et je cesse de le regarder avant de durcir complètement. Je sors de la bâtisse. Son image me harcèle. Ma bite me gêne. Je vais retrouver Dominique. Nous allons dans la mer. Les vagues sont immenses. Elle me parle. Je suis distrait. Je repense au mec. Son image m’obsède. Deux semaines que je suce la même bite. Je plonge. La vague me projette au fond que je heurte. Je manque d’air, me débat et oublie le mec.
Périodiquement, sautant pour prendre les vagues, je parle avec Dominique du Sydney Gay+Lesbian Mardi Gras Festival 2002 qui arrive. Deux amis de Honolulu et deux amis de Montréal viendront me visiter. Je leur ai fait parvenir l’adresse du site qui donne l’horaire des activités des trois semaines de l`événement (www.mardigras.com.au).

Le tout commence le 8 février. Des milliers de personnes se regroupent dans les marches de l’opéra de Sydney pour ressentir la fierté d’être gai. Le lendemain, c’est le premier party : un beach party. Les festivités se terminent le 2 mars avec le party, The Mardi Gras Party au Fox Studio. Pendant quatre fins de semaine, il y a deux partys. Les billets sont déjà en vente. Pour certains partys, ils sont déjà tous vendus. Plusieurs gens en achetent huit, le maximum possible par personnes. Avec une belle gueule, il sera certainement possible de s’en procurer dans les pubs de Sydney la semaine précédant l’événement.

Pour ma part, je me suis promis d’être sage. Mon chum ne serait pas heureux d’apprendre que j’ai fait usage de ces petites substances. Le mois est jeune et les partys approchent à grands pas. Pour la première fois, je commence à douter de ma capacité à ne pas transgresser mes nouvelles résolutions de fidélité. J’ai déjà en ma possession des billets pour tous les événements du Mardi Gras (merci Fugues!). Adviendra ce qui adviendra.