L'intimité masculine dévoilée, du 16 au 18 mai

Moment’hommes

Denis-Daniel Boullé
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Depuis plusieurs années, Tangente propose un regroupement de chorégraphies à saveur gaie. En mai 2002, trois chorégraphes seront au rendez-vous pour un moment fort du festival. Le Vancouverois Alvin Erasga Tolentino, le Belge Pedro Pauwels, et le Québécois Stéphane Deligny. Si Alvin Erasga Tolentino reprend Swan Diva, une chorégraphie de 1998, Stéphane Deligny présentera ses toutes récentes créations, Zombre I, Zombre II et Anamnesis. Pour sa part, Pedro Pauwels livrera un duo, L'Étal. Alvin Eragsa Tolentino est un chorégraphe à part. Né aux Philippines et installé à Vancouver depuis 1983, il allie par son œuvre la pureté avec la sensualité, l'abstraction à la spiritualité. Le corps devient alors le vecteur de l'âme, l'interprète des sentiments, des contradictions, mais aussi des réflexions. En 1998, il réinterprête un classique parmi les classiques, La mort du Cygne, crée en 1907 par Michel Fokine pour la ballerine Ana Pavlova sur une musique de Camille Saint-Saëns. Dans ce solo pour femme, Alvin Eragsa Tolentino voit moins la mort que la renaissance, la métamorphose. Bousculant habilement les limites identitaires imposés, le cygne d'Alvin Eragsa, n'est ni homme, ni femme, ni Diva, mais tout cela à la fois. Métaphore pour ce chorégraphe qui laisse enfin s'épanouir la vraie et complexe nature de celui qui revendique sa double appartenance minoritaire en tant que gai et noir.

Curieusement, Pedro Pauwels a lui aussi repris la mort du cygne de Fokine, mais comme interprète et avec une chorégraphie écrite par des femmes. En renversant le duo Fokine/Pavlova, Pedro Pauwels s'attaquait à un mythe et se jouait, tout comme Alvin Eragasa, des frontières imposées par le sexe d'une œuvre historiquement réservée aux interprètes féminines. Étal, qui sera présenté à Moment'Hommes, est un duo d'hommes nus étendus sur un support lumineux. Le corps inerte est avant tout matière qui perd toute signification, sinon celle de ses composantes physiques et organiques. Le corps, qui a pris une place prépondérante dans nos sociétés modernes, peut se révéler cruellement intéressant, vide de sens, et bien vulnérable dans son exposition à l'état brut. Stéphane Deligny, quant à lui, représente la nouvelle génération de choréraphes québécois. Originaire de France, il danse pour la célèbre compagnie, Le Carré des Lombes, et signe depuis 1999 ses propres chorégraphies. Les trois pièces, Zombre I, un duo, Zombre II, un trio, et Anamnesis, un quator, ont été présentées au Centre culturel Calixa-Lavallée en janvier 2001. Jouant sur les contrastes de l'ombre et de la lumière dans Zombre I et II et sur la mémoire du corps dans Anamnesis, Stéphane Deligny demande aux interprètes de se mettre en avant de la danse et non de se cacher derrière. Un défi qu'ils relèvent avec brio