Effet secondaire des tri-thérapies

Lipodystrophie : encore un mystère?

André-Constantin Passiour
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La lipodystrophie ou le "trouble de la redistribution de la masse graisseuse" est une condition dont souffrent de plus en plus de séropositifs. Mais est-ce à cause du virus, des traitements ou de l'interaction des médicaments? Pour l'instant, cela reste sans réponse. Toutefois, on connaît maintenant un peu plus les conséquences de ce trouble. C'est ce qu'est venu livrer le Dr Junod à un public du CPAVIH très attentif. Plus d'une centaine de personnes se sont déplacées, le 27 novembre dernier, au Centre de l'Association sportive et communautaire Centre-Sud pour entendre trois conférences organisées par le CPAVIH dans le cadre de la Semaine nationale de sensibilisation au VIH/sida qui se déroulait du 25 novembre au 1er décembre. Tout d’abord, le Dr Bruno Turmel, de la Santé publique, a expliqué le nouveau système de déclaration obligatoire du VIH qui suscite encore des discussions. Par la suite, on pouvait assister soit à la présentation du Dr Bernard Willems, du CHUM Hôpital Saint-Luc, sur la "Coinfection VIH/hépatite C", soit à celle du Dr Patrice Junod, de la Clinique médicale du Quartier Latin, sur la "Lipodystrophie".

Ce qui a surtout retenu l'attention, c'est le phénomène de la lipodystrophie. Revenant d'une conférence internationale qui a eu lieu à Athènes plus tôt en automne, le Dr Junod a brossé un portrait sommaire de ce que l'on connaît actuellement sur cette condition.

Le Dr Junod a révélé les résultats de trois cohortes de patients. Après un an, le médecin australien Carr a rapporté que 49% de ses patients en ont montré des signes. Du côté de l'étude HOPS, après deux ans, 30% des cas étaient légers, 13% modérés et 6% sévères. Après deux ans, 20% des patients de l'enquête MACS en étaient atteints.

Essentiellement, la lipodystrophie se caractérise par la lipoaccumulation, soit l'accumulation de gras dans les viscères intra-abdominales et dans le cou (bosse de bison), ainsi que dans les seins pour les femmes. Les jambes et les joues s'amincissent aussi (lipoatrophie) puis qu'il y a perte de gras dans ces parties-là du corps. Et il ne faut pas penser que la liposuccion va marcher pour la "bédaine" puisque "le gras y est plus profond", de dire le Dr Junod.

Le pourquoi, on ne le sait pas trop encore. Quelques pistes portent à croire qu'il s'agirait de l'interaction des médicaments. La lipoatrophie serait causée par des médicaments tels que l'AZT mais plus encore par le d4T. Tout comme on croit que les inhibiteurs de la protéase (IP) seraient responsables de la lipoaccumulation. Mais il y toute une série de facteurs qui entrent en ligne de compte: l'âge du patient, la durée de l'infection (l'action du virus) et la durée du traitement. Plus cela fait longtemps que le patient est traité, plus il y a de risques, et le sexe.
Il peut survenir également une augmentation des triglycérides (gras) et du cholestérol. Chez les IP, le Ritonavir est réputé pour accroître les triglycérides (TG) alors que l'Amprenavir augmenterait le choléstérol. La combinaison de Lopinavir/Ritonavir ferait grimper les TG et le cholestérol de 40%. Le risque est plus faible avec les autres familles de traitements (INTI et INNTI), mais encore là, le risque est plus important lorsque la personne souffre déjà de cholestérol.

Le meilleur remède autant pour contrôler la lipodystrophie que le cholestérol est de faire de l'exercice et de manger "santé" (ou diète). Il se peut que l'on ait recours à une injection de graisse au niveau des joues, tandis que des stéroides anabolisants peuvent aider à augmenter la masse musculaire. Le médecin pourrait aussi décider de changer de médicaments, mais cela n'a parfois pas d'effets non plus.