vins, bières et spiritueux

Faire la dinde

Francis Lagacé
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À force d'expérience, vous constaterez qu'environ une bouteille sur dix est défectueuse : bouchon, oxydation, tourne, moisissure, etc. Si vous achetez de 12 à 15 bouteilles par semaine, vous retournerez une bouteille par semaine, parfois deux, parfois aucune. Aussi serez-vous fort étonné si vous entendez un commis de succursale vous lancer : "Vous avez déjà retourné du vin, vous, votre nom me rappelle quelque chose." Comme si retourner du vin ne devait arriver qu'une fois dans la vie! Cherche-t-on à vous décourager de retourner des bouteilles? On sait que l'objectif avoué du monopole d'État est de faire des profits. D'ailleurs, il paraît que les prix augmenteront en janvier de 3 % en moyenne pour compenser l'absence d'accroissement des ventes de cette année. Donner le good example
Notre très souverainiste et francophile gouvernement permet à son monopole de créer un système d'enregistrement électronique des fournisseurs de vin sous le nom Global Wine & Spirits. C'est aussi le nom d'un newsletter (autrefois, ça s'appelait un bulletin d'information, mais ce n'est sans doute pas assez moderne) pour le système en question.
Par ailleurs, le gouvernement a autorisé les fabricants de vin à commercialiser une marque qui leur appartient en s'associant à un distributeur ou agent autorisé. Ainsi, les épiceries pourront vendre leur marque maison. Le syndicat des employés de magasin et de bureau de la SAQ craint que les 20% des produits qui assurent 80% des revenus de la SAQ ne se retrouvent sur les tablettes des épiceries, ce qui délesterait les succursales de leur rentabilité et conduirait, à terme, à leur privatisation.

Contradiction ?
Si le gouvernement peut taxer à son goût sans se donner la peine de faire la vente ni d'assurer la qualité, il y trouve son compte. Au début, les marchands se feront concurrence pour fidéliser leur clientèle, puis se contenteront des produits les plus courants vendus au prix qui leur convient. Le rapport qualité-prix? Il ne sera peut-être pas au rendez-vous.

Pourtant, les Québécois sont satisfaits du système actuel. Le journal Les Affaires du 22 septembre 2001 dévoilait un sondage donnant 47 % des répondants contre la privatisation, 40 % pour et 13 % sans opinion.

La dinde farcie
Avec la visite et la dinde du jour de l'An, selon la complexité de votre préparation, conviennent des vins de haute qualité comme des vins simples et rustiques. Toutefois, une bonne concentration en tanins est nécessaire. Pour la dinde bien farcie, arrosée de jus et accompagnée d'une sauce riche, faites confiance au Cornas Domaine de Rochepertuis, cuvée tradition, 1998. De couleur pourpre aux reflets violets, il mélangera ses arômes de salsepareille et de réglisse à ceux du gros volatile fumant. En bouche, son tanin solide et puissant aura raison de toutes les sauces brunes et des farces les plus assaisonnées. Il complétera les condiments avec ses touches de fenouil et de fruits noirs qu'on détecte derrière une attaque de cuir. Il peut vieillir en beauté, mais vous séduira tout de suite (no 917666, 28,40 $, B+).

Un peu moins cher et plus complexe, le Quinta do Crasto 1999 d'appellation Douro tiendra tête à votre oiseau cuisiné. Pourpre profond au nez presque de viande crue, il fond en bouche comme du chocolat avec ses notes de mûres, de vanille et ses tanins à la fois fermes et souples. Sa finale épicée s'alliera à merveille avec la farce (no 904391, 20,50$, A-).

Pour les restants de dinde ou pour les plats de semaine, un autre portugais, très agréable, conviendra parfaitement au budget d'Oncle Charles : le Quinta de Bons-Ventos 2000, vinho regional estremadura. Jolie robe rubis, nez de vanille macérée, il est très fluide en bouche malgré des tanins très présents. Vin de consommation domestique ou imprévue, on pourrait le comparer à un bel éjaculateur précoce. Très charmant, il attaque tout de suite avec vanille et tanin, puis se dégonfle. Après avoir éclaté en étoile sur votre langue, il y laissera une légère sensation d'engourdissement semblable à l'effet du clou de girofle. Beau rapport qualité-prix. Pour tout plat cuisiné ou impromptu de semaine (no 897496, 10,45 $, C+).

Le meilleur apéritif est toujours le vin blanc. Pour faire escorte à vos petits fours variés, le très original Gewurztraminer 1998, vin d'Alsace, de la maison Jean-Louis Schoepfer s'habille de jaune clair. Il se parfume de fruits exotiques et d'une petite touche beurrée. Quand on le tâte, il est gras, rond, très fruité, on croque le raisin avec juste un tout petit zeste. Long en bouche, il a une tenue remarquable qui lui donne de la consistance. Très beau vin (no 912501, 17,75 $, B+).

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