Dernier Conseil de quartier Ville-Marie

Un débat houleux au sujet du Sky

André-Constantin Passiour
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Dernière réunion du Conseil de quartier Ville-Marie avant l'entrée en vigueur de la nouvelle ville, la rencontre du 4 décembre n'a pas échappé à la tradition. Les travaux du Sky ont monopolisé entièrement la séance qui a vu défiler au micro des citoyens en colère réclamant des garanties quant au bruit. Autant les fonctionnaires de la Ville que des experts ont tenté tant bien que mal de les rassurer, mais les résidants demeuraient amers et sceptiques. De son côté, Peter Sergakis, le propriétaire du Sky, a dit vouloir régler les problèmes. "Je voudrais remercier toutes les personnes qui ont participé aux rencontres depuis trois ans maintenant. Il y a eu du plaisir, il y a eu des arguments, et, parfois, on s'est presque tiré les cheveux... Mais cela a été un plaisir d'être avec vous, et je vous remercie tous", a dit, quelques instants avant d'ouvrir la séance, le président du Conseil et conseiller sortant de Sainte-Marie, Serge Lajeunesse.
La soirée a débuté par une présentation des travaux qui seront effectués au complexe Sky. Carte géographique et photos numérisées à l'appui, Marie Caron, du Service du développement économique et urbain, a fait le tour des environs du Sky (rues et ruelle, bâtisses, etc.) et a présenté les plans des travaux réalisés jusqu'à présent et à venir. Elle a fait état de l'ajout de 250 m2 au 2e étage de l'édifice (qui comprend le bar de danseurs Nirvana et le Cabaret) et d'une modification au 3e étage. Alors que les premiers plans indiquaient une mezzanine, c'est bien un étage complet qui sera réalisé afin d’aménager une discothèque. On apprenait aussi que le promoteur a l'intention d'installer un café-terrasse sur le toit (à l'avant de l'édifice, le long de la rue Sainte-Catherine), qui pourra accueillir une centaine de personnes. À la fin, Mme Caron a indiqué que son service était d'accord avec ces changements, donc il n'y avait pas d'empêchements à l'adoption du règlement. De l'autre côté de la salle, le propriétaire du Sky, Peter Sergakis, et son équipe écoutaient religieusement.
Tour à tour, les citoyens riverains du Sky ont critiqué le projet d'agrandissement, l'ajout de la discothèque et de la terrasse. Les locataires du 1310, Alexandre-de-Sève, surtout, se sont plaints du mur installé sur le toit (pour couper le son en provenance de la terrasse) qui leur enlèvera la lumière du jour, et du bruit anticipé, généré par les activités du complexe et par la terrasse.

Pour sa part, l'expert acousticien engagé par le Sky, Jean Krinsky, a essayé de rassurer les citoyens. "On va installer des parois d’une densité de 600 kilos du m2 pour ne pas que le son aille vers les zones d'habitations, c'est plus qu'un mur de cinéma. (...) L'objectif de la construction actuelle, c'est de ne rien entendre à 100%, et on va le réaliser en cours de route", a dit M. Krinsky.

"Je ne suis pas convaincue, je ne sais pas d'où vous avez pris vos mesures du son, mais je vous inviterai chez moi et vous entendrez le bruit", a rétorqué une des résidantes. L'expert a cependant reconnu que du bruit émanait du rez-de-chaussée mais que "nous sommes en train de corriger la situation". "Je veux rassurer les gens du quartier qu'on n'est pas là pour causer des problèmes, on a pris un bâtiment en carton et on l'a amélioré. C'est sûr qu'il y a eu des problèmes de bruit pendant la construction, mais tout cela sera réglé quand ce sera terminé", a plaidé M. Sergakis.

Par la suite, le conseiller Sammy Forcillo a voulu avoir des éclaircissements sur un certain nombre de points: la superficie qu'occupera la terrasse, le bruit, la nature des activités de discothèque et de spectacles (au 3e étage). Autant les fonctionnaires de la Ville que M. Krinsky ont dû répondre à un Sammy Forcillo tenace. C'est finalement là qu'on a su que la terrasse occupera un peu moins de 2000 pi2 sur les 5000 pi2 de superficie totale et que des plantations seront aménagées. Avec des calculs, on en est arrivé à une centaine de clients, et pas plus, sur cette terrasse. "Peut-on indiquer dans le règlement qu'il n'y aura que cent personnes de permis?" a demandé M. Forcillo. Ce à quoi le chef du service, Guy Bazinet, a répondu que le règlement peut être modifié en conséquence. "Il n'y a pas de problème à limiter cela à 100 personnes", a dit M. Sergakis. M. Forcillo a également demandé à l'acousticien de déposer son rapport d'expertise; sans quoi, il ne voterait pas pour le règlement lors du Conseil municipal du 17 décembre.

La question des modifications à ce règlement permettant la réfection du Sky a donc monopolisé la soirée. Ce n'est que vers 23h que les conseillers Lajeunesse et Forcillo ont adopté la motion de recommandation au Conseil municipal "avec réserves". Le règlement impose aussi une clause d'analyse du son six mois après la fin des travaux. Dans le cas où le Sky ne respecterait pas ses engagements, de nouvelles recommandations pourront être portées à l'attention du nouveau Comité exécutif ou du Conseil d'arrondissement.

Même si elle n'était pas complètement rassurée, la porte-parole de l'Association des résidants et résidantes des Faubourgs, Lise Béland, a tenu à saluer le courage et la patience des conseillers à entendre les citoyens tout au cours de leur mandat qui s'achève en leur remettant à chacun un beau bouquet de roses jaunes, et ce, sous les applaudissements des gens du quartier.

La prochaine fois que les citoyens auront des doléances, ils devront les porter devant le nouveau Conseil d'arrondissement Ville-Marie qui sera composé de Louise O'Sullivan Boyne (district de Peter McGill), de Robert Laramée (Saint-Jacques) et de Martin Lemay (Sainte-Marie). D'ailleurs, ces trois conseillers élus le 4 novembre étaient présents.