Retour sur le dossier concernant la communauté gaie à la SRC

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Après une publicité intensive et accrocheuse annonçant un dossier sérieux et en profondeur, la Société Radio-Canada, à Québec, présentait à la mi-novembre trois reportages "spéciaux", en autant de soirs, de quelques minutes chacun, sur la communauté gaie de la région. Le diffuseur comptait, semble-t-il, en si peu de temps remonter brièvement dans l’histoire, parler des organismes, traiter de la tolérance de la population et montrer la vitalité des infrastructures commerciales de la communauté...Tout cela en six ou sept minutes? Big deal! diraient les Américains. Bref, un sujet d’importance ramené à trois nouvelles allongées... Le résultat, cela était prévisible après avoir visionné la première émission, a été catastrophiquement décevant: de l’approximatif, du survol, des clichés, des raccourcis, de la facilité et de la redite. À la décharge de la journaliste et du diffuseur, car c’était là un choix éditorial, les reportages faisaient partie intégrante du bulletin général de nouvelles, coincés entre des accidents, des causes judiciaires ou autres éléments de l’actualité, alors que le sujet se prêtait davantage à la portion "magazine" du bulletin d’une heure. À leur décharge, reconnaissons toutefois les intentions louables et le traitement pondéré de ces mêmes acteurs de l’information.
Or, quelle était la teneur de ces reportage? Que la région de Québec était ultra-tolérante (même au 17e siècle semble-t-il!), que la communauté est dynamique et ouverte sur les autres, que plusieurs associations et organismes y oeuvrent, que le nombre de commerces, installés à la haute-ville, a crû considérablement et reflète la vivacité de la communauté. Bien sûr, rien de tout cela n’est faux...Mais, cela n’est pas totalement véridique non plus...

La population de la région est-elle tolérante? Elle l’est. Mais l’est-elle autant que cela? Qu’il se produise un événement scabreux et, immédiatement, les préjugés jailliront à nouveau et inévitablement, cela affectera négativement la communauté. Et si elle la population était tolérante autant qu’on l’affirme, pourquoi nombre de gais et lesbiennes cachent-ils encore leur double vie (diurne et nocturne)? Pourquoi d’autres évitent de fréquenter les commerces, propriétés de gais ou lesbiennes, de peur d’être identifiés à la communauté?

Et les commerces, maintenant. Il est vrai, là aussi, que le milieu peut compter sur une structure bien organisée et assez diversifiée depuis quelques années... Mais les commerces doivent se battre à deux niveaux. Ils doivent concurrencer ceux de Montréal qui conservent encore la faveur d’une partie de la clientèle régionale, alors qu’ils offrent souvent la même chose ou mieux, à des prix très satisfaisants, et ils doivent aussi affronter la crainte d’une bonne partie de la communauté de les fréquenter. Et puis non, les commerces ne sont pas tous dans la haute-ville (il y en a à Saint-Roch, à Saint-Sauveur, à Sainte-Foy et sur la Rive-Sud). Et, dernier élément, il eut fallu aborder la déstructuration des entreprises de divertissement à laquelle on assiste depuis quelques années (fermetures de bars).

Enfin, il est vrai que nombre d’organismes et d’associations fournissent des services et des activités à la communauté. Proportionnellement, la région est presque couverte mur à mur avec sa quarantaine de regroupements de toutes sortes... Mais à la vitesse que ce sujet a été abordé, un téléspectateur non averti devait faire acte de foi et aurait peut-être aimé en savoir davantage sur la diversité de ces services.
En résumé, et cela est fort dommage, on a eu droit à un rendez-vous manqué... Tant qu’à analyser une communauté qui prend sa place, on aurait pu VRAIMENT la fouiller en profondeur par l’étude des comportements des membres de la communauté gaie et lesbienne, sur l’évolution de celle-ci, l’étude de l’offre et de la demande interne et externe (clientèle touristique, efforts de promotion de la Communauté urbaine pour attirer la clientèle extérieure par la publicisation de ce que la communauté offre), et signaler le manque d’événements spéciaux attrayants et la difficulté du milieu à se concerter et à s’harmoniser en vue de gestes collectifs et communautaires... Parce qu’une communauté aussi vivante et aussi dynamique soit-elle ne doit pas craindre d’assumer entièrement ce qu’elle est, ses bons côtés comme ses moins bons...