Attitudes des participants d’Oméga à l’égard des nouveaux traitements contre le VIH

Points de vue d’hommes gais séronégatifs sur les nouveaux traitements contre le VIH

Dans les cinq dernières années, le visage même de l’épidémie du VIH-sida dans la communauté gaie semble avoir changé, ce phénomène étant en partie lié à l’avènement des nouveaux traitements contre le VIH (combinaison triple ou multiple de médicaments antirétroviraux, incluant souvent un inhibiteur de protéase, etc.) et à leur impact sur la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH. Si le début des années 1990 avait été marqué par l’expérience répétée d’accompagnement vers la mort et de deuil pour une forte proportion d’hommes gais, la fin de cette décennie s’est plutôt caractérisée par une épidémie toujours présente, mais discrète et en sourdine. On a l’impression que les personnes vivant avec le VIH sont devenues invisibles et on ne parle plus de celles qui meurent. Pourtant, parmi les participants d’Oméga, 19 % disent avoir eu dans leur entourage immédiat, dans les deux dernières années, au moins une personne qui est décédée à la suite d’une maladie du sida et environ la moitié des participants rapportent connaître, à l’heure actuelle, une personne vivant avec le VIH (45% chez les moins de trente ans et 61% chez les trente ans et plus). Parmi les personnes connues vivant avec le VIH, 76% prendraient les nouveaux traitements contre le VIH et les trois quarts d’entre elles auraient vu leur état de santé s’améliorer à la suite de la prise de ces médicaments. Les nouveaux traitements contre le VIH ont suscité bien des espoirs, mais ils ont aussi soulevé diverses inquiétudes, tant chez les personnes vivant avec le VIH que chez les responsables de la prévention. On a craint, par exemple, que l’arrivée de ces nouveaux traitements donne l’impression que le sida n’est plus une maladie grave et mortelle et qu’elle contribue à un relâchement des pratiques sécuritaires, tant chez les personnes vivant avec le VIH que chez les personnes séronégatives, tendances qui ont été observées récemment dans d’autres communautés. C’est dans ce contexte qu’Oméga a voulu savoir ce que ses participants pensent des nouveaux traitements contre le VIH et si leur opinion à l’égard des nouveaux traitements est en lien avec leurs pratiques quant au sexe sécuritaire. Il faut rappeler que la majorité des participants ont entendu parler à l’extérieur de la cohorte des nouveaux traitements disponibles pour les personnes vivant avec le VIH (60%, un peu et 28%, beaucoup), les plus renseignés étant évidemment ceux qui ont dans leur entourage quelqu’un vivant avec le VIH et sous traitement.
Les nouveaux traitements : amélioration de l’état de santé des personnes vivant avec le VIH.
La majorité des participants reconnaissent les effets bénéfiques des nouveaux traitements sur l’état de santé des personnes vivant avec le VIH. On affirmera qu’ils retardent le développement des infections opportunistes (80%) et l’apparition des symptômes de la maladie (77%). De plus, les mécanismes d’action de ces nouveaux traitements sont compris par une bonne proportion des participants. Près de 72% diront que ces nouveaux traitements augmentent de façon substantielle le nombre de cellules CD4 (T4) et environ 63% affirmeront qu’ils baissent de façon significative la quantité de virus dans le sang des personnes infectées. En revanche, seulement 4% des participants croient qu’une personne sous traitement est moins contagieuse et la majorité accordent le même risque élevé de transmission du VIH lors du sexe anal donné ou reçu avec un partenaire séropositif, peu importe que ce partenaire soit sous traitement ou non.

Les nouveaux traitements : difficultés, doutes et inquiétudes.
Les participants sont relativement conscients des difficultés vécues par les personnes vivant avec le VIH qui sont sous traitement, puisque 80% reconnaissent que la prise de ces médicaments leur demande une discipline quotidienne sévère. Par contre, plusieurs émettent des doutes ou expriment des craintes face à ces nouveaux traitements. On a peur qu’ils contribuent au développement de virus plus résistants (44%), on dit qu’ils restent inefficaces pour plusieurs personnes (43% des participants le croient) et plusieurs pensent que les nouveaux traitements donnent aux personnes infectées seulement l’illusion d’une guérison possible (27%). Malgré tout, dans l’ensemble, on accorde une certaine efficacité aux nouveaux traitements à diminuer ses chances (probabilités!) de mourir des maladies du sida si l’on est sous traitement. En fait, 59% des participants croient qu’une personne infectée sans aucun traitement mourra inévitablement d’une maladie associée au sida alors que seulement 31% estiment que le même sort est réservé à une personne séropositive qui prend ces nouveaux traitements.

Les nouveaux traitements : relâchement de la pratique du sexe sécuritaire?
Une autre inquiétude partagée par une certaine proportion de participants est la crainte que les nouveaux traitements contribueront au relâchement des pratiques sécuritaires chez les personnes vivant avec le VIH (33%). On a peur que ces personnes se sentent moins responsables de protéger la santé des autres (14%) ou que les nouveaux traitements leur donnent l’impression qu’elles ont moins besoin de mettre le condom (12%). Ces résultats, qui reportent en quelque sorte la responsabilité sur la personne séropositive, contrastent avec la perception qu’ont les participants de l’impact de la disponibilité de ces nouveaux traitements sur leurs propres pratiques. La grande majorité affiche une attitude extrêmement prudente, puisque plus de 90% affirmeront que, tant qu’il n’y aura pas de vaccin, ils continueront à faire attention et que, traitement ou pas, ils ne veulent pas être infectés par le virus du sida. En revanche, autour de 4% des participants avouent que, même s’ils pensent qu’on doit encore se protéger, ils auront tendance à être moins stricts sur le sexe sécuritaire et qu’ils voient moins la nécessité aujourd’hui, à cause des nouveaux traitements, de toujours se protéger. Ce sont d’ailleurs ces hommes que l’on retrouve dans des proportions plus importantes parmi ceux qui ont eu du sexe anal non protégé avec leurs partenaires de statut sérologique inconnu ou séropositifs dans les six derniers mois.

Les nouveaux traitements : le sida, moins effrayant qu’avant.
Bien que la quasi-totalité des participants continuent de croire que le sida reste une maladie mortelle (95%), une certaine proportion endosse l’idée que, depuis l’arrivée des nouveaux traitements, le VIH-sida semble devenir une maladie chronique comme le diabète (18%). Près d’un homme sur quatre dira que le VIH-sida lui semble maintenant plus contrôlable et qu’il donne une image moins effrayante qu’avant. En revanche, une plus faible proportion d’hommes déclarent qu’ils auraient moins peur qu’avant s’ils apprenaient qu’ils étaient infectés (12%) et seulement 7% disent qu’à cause des nouveaux traitements, ils acceptent mieux l’idée d’être un jour infectés par le virus du sida. Encore une fois, les hommes qui ont pris des risques dans les six derniers mois sont ceux qui ont tendance à minimiser la gravité du VIH-sida, étant donné l’existence des nouveaux traitements.
Ainsi, l’arrivée des nouveaux traitements a-t-elle adouci quelque peu l’image effrayante du sida et de ses issues, sans toutefois avoir complètement enlevé les angoisses d’avoir à faire face éventuellement à cette maladie et à ce qu’elle implique dans le quotidien. Plus on banalise la gravité de cette maladie, plus on est à l’aise avec l’idée de prendre des risques; mais ce sentiment semble encore peu présent parmi les participants d’Oméga et la prudence caractérise encore la plupart d’entre eux. En revanche, plusieurs des croyances entretenues par les participants à l’égard des nouveaux traitements et de leurs conséquences sur la sexualité des personnes séropositives (ex. relâchement des pratiques sécuritaires) pourraient être à la base de nouvelles tensions ou d’un clivage plus grand entre séronégatifs et séropositifs. Les nouveaux traitements contribuent certes à l’amélioration de la santé des personnes vivant avec le VIH, mais cela se fera-t-il au détriment de leur qualité de vie sur les plans sexuel et social?