Les portraits de Sylvain Lessard

Variation sur un même titre

Denis-Daniel Boullé
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Le titre de l'exposition de Sylvain Lessard, Portraits égarés de clones, pourrait induire en erreur le public. Cette série de portraits qui se retrouvent sur les murs de la lunetterie George Laoun, sur la rue Saint-Denis, évoque effectivement des clones, mais génétiquement modifiés.

. À partir d'un portrait, certains diront d'un autoportrait, Sylvain Lessard décline la thématique jusqu'à en épuiser les variations. Si les grands visages émaciés au long cou ne sont pas sans rappeler l'art africain ou les sculptures de Giacometti, l'artiste ne veut pas limiter son champ créatif par un style. L'exploration du portrait s'aventure au-delà des frontières du figuratif pour appréhender l'abstraction la plus épurée dans les lignes. Le visage n'est plus qu'une silhouette aux frontières dissoutes saturées de couleur. Le portrait n'est plus alors qu'un signe ésotérique, une trace indéchiffrable, une écriture énigmatique. Sylvain Lessard joue sur la dépersonnalisation de l'être, l'effacement, la disparition, la dissolution jusqu'à la tache organique. Clairement, il aime la couleur et la matière et en soutire une force, parfois une violence, qui contraste avec l'inanité de l'existence. Les portraits de Sylvain Lessard sont des miroirs, miroirs du peintre, mais aussi les propres miroirs de ce que nous sommes ou de ce que nous devenons. Sylvain Lessard renoue avec un des rôles de l'artiste : celui de réveiller les consciences.

Les clônes égarés de Sylvain Lessard, Georges Laoun opticien, 4012, rue Saint-Denis (coin Duluth), Montréal.
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