Ces animaux qui partagent nos vies

On les aime donc!

Claudine Metcalfe
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Selon la ville de Montréal, les secteurs où il y a le plus de chiens sont le Plateau Mont-Royal, Rosemont et le Centre-Sud, des quartiers où, omme par hasard, il y a une forte concentration de gais et de lesbiennes! Tentant alors d’affirmer que nous possédons plus d’animaux que les autres! Il semblerait que ce soit vrai, mais il n’y a rien de vérifiable scientifiquement parlant. Selon les spécialistes rencontrés (commerces de nourriture pour animaux, animaleries, centres de beauté, crématorium), une grande partie de leur clientèle est gaie. Et la plupart des gens d’affaires ont adapté leur mise en marché en fonction du mode de vie des gais et des lesbiennes.

Au niveau de la popularité, il semble que nos amis préférés demeurent les chiens et les chats.

La drague
Il appert que d’avoir un toutou est le meilleur moyen pour draguer de nos jours. "C’est vrai, m’assure Serge, le propriétaire d’un joli labrador. Je fais une promenade à tous les jours à l’enclos du parc Lafontaine, et laissez-moi vous dire que c’est plus efficace que la plage à côté de la statue! Les gars ne me regardent pas, mais mon chien, oui! Alors, veut, veut pas, ils finissent par me parler… et, à partir de là, tout est possible", affirme Serge.
Pour Louis, ce n’est pas le chien qui aide à faire des rencontres, mais il permet de trier le genre de gars qui pourraient entrer dans sa vie. "Je sais que j’exagère, mais les gars qui n’aiment pas les chiens ou en ont peur, je ne les trust pas. Je mets donc de côté tous ceux qui font la grimace quand je leur parle de mon boxer. Je sais que ce n’est pas mon genre de gars anyway! Je ne perds plus de temps depuis que j’ai ce truc!"
Est-ce que les promenades quotidiennes sont pour quelque chose dans ce bien-être amélioré? Sûrement. Les vétérinaires préconisent 20 minutes de marche pour Fido et, quand le maître prend soin du pitou, il en profite aussi, car ces minutes précieuses correspondent à ce dont le sédentaire urbain a besoin pour se décrasser!

L’affectivité
La majorité des propriétaires consciencieux donnent beaucoup de soins à leur animal de compagnie. René, lui, donne toute son affection à son chien. "Je sais bien que certains pourraient dire que je suis névrosé d’aimer et de cajoler ainsi mon chien. Est-ce parce que je manque d’affection? Que je transfère mes émotions sur un chien? Est-ce parce que je n’ai pas eu d’enfants? Je ne saurais dire mais depuis que j’ai un chien, je me sens mieux!" dit René.
Jacinthe est une femme un peu misanthrope et éprouve certaines difficultés socio-affectives. "Je le sais fort bien, mais la venue de mon colley, Mozart, a changé ma vie. Je fais bien plus confiance aux animaux qu’aux humains! Je sais que ça n’a pas l’air très sain … mais je pense le contraire!"
Peut-on trop aimer son animal de compagnie? Pour certains, oui. Geneviève a détecté la jalousie maladive de sa conjointe en observant son comportement avec son chien. "Elle faisait tout pour ne pas venir chez moi, prétextant qu’elle était allergique au chien, ce qui est possible. Mais quand elle faisait la moue lorsque je lui disais que mon bébé montait dans le lit, j’ai compris qu’elle n’était pas allergique du tout, mais qu’elle en était simplement jalouse. Quand je lui ai parlé de ma théorie, elle a acquiescé! Ainsi, elle tentait de m’attacher chez elle, mecoupant du monde!" dit-elle, en précisant qu’elles ne sortent plus ensemble!
Allo mesdames Minou!
Les chats sont des animaux un peu mystérieux et plusieurs affirment que les femmes les préfèrent… ainsi que les gais. "Je voue un amour très particulier aux chats, affirme Sylvain qui demeure avec son chum dans le Village. Ils sont indépendants et leur comportement est imprévisible… sauf quand ils viennent chercher leur dose d’affection, avec leurs ronrons! Nous en avons quatre, tous plus mignons les uns que les autres!" dit Sylvain.
Ce qui plaît avec les chats, c’est qu’ils ne demandent pas autant de soins et sont pourtant si affectueux. Daniel habite une tour à appartements sur Sherbrooke, où les animaux sont défendus. "Mes deux chats sont si tranquilles que personne ne peut savoir qu’ils existent! Ils sont opérés et très propres, il n’y a aucune odeur d’urine qui émane de l’appartement. Je me suis procuré une nouvelle litière auto-nettoyante et franchement, même si c’est dispendieux, ça vaut le coût (600$). Je peux partir sur la brosse pour un week-end et tout est propre à mon retour!" affirme Daniel.

Le stéréotype veut que les lesbiennes de style plus flyé en ont plusieurs à la maison. "Dans les années 70 où on trippait ben fort sur l’astrologie et la sorcellerie, les chats avaient une place prépondérante dans nos vies! Ce n’est pas exagéré de penser que les lesbiennes et les chats entretiennent un lien plus que particulier, et c’est encore vrai aujourd’hui", me lance Céline, avec un sourire!

Les autres amis
Bien que notre communauté soit souvent considérée comme plus originale, il ne semblerait pas que nous soyions de grands adeptes d’animaux exotiques, du moins, pas plus que dans la population en général.
Certes, l’achat d’animaux exotiques est en hausse, on voit des iguanes, divers reptiles et autres animaux exotiques de plus en plus souvent dans les maisons. Mais il semble que ce soit plus l’apanage de gars hétéros. Peu de reptiles et autres dans les appartements des gais. "Je ne pense pas qu’une femme ou un gai, si sensibles, aiment ces animaux froids et inutiles", dit Jeanne. Pour Annick qui a des tortues, au contraire, "elles sont si mignonnes avec leur petite gueule souriante et leur condo sur le dos!"
Pas beaucoup donc de serpents, de hamsters et de souris (animaux des enfants) et de perroquets chez les gais, peut-être parce qu’ils demandent plus de soins…

Bien sûr, l’engouement pour le feng shi, préconisant que la présence d’aquariums à la maison est bénéfique, a déferlé chez les gais et lesbiennes, comme partout. Peut-être même encore plus que dans la population en général, parce que les principes du feng shui sont difficilement applicables avec une marmaille, et les gais et lesbiennes peuvent plus facilement s’adapter à ses règles exigeantes. On voit donc de plus en plus de magnifiques aquariums avec des habitants colorés et bien tranquilles.

De plus, comme la nouvelle mode des baby boomers est l’observation d’oiseaux, les gais emboîtent le pas, ayant tout le temps d’y consacrer leurs loisirs. Mais bien que les oiseaux en cage trouvent preneur dans les appartements ensoleillés, on ne note pas une popularité plus importante que celle créée il y a 15 ans avec le début. Les gais et lesbiennes ont des oiseaux à la maison, mais pas plus que la population en général.
Le rapport avec son animal est toujours très particulier. Mais ce lien est encore plus marqué chez les gais et lesbiennes, sûrement à cause de notre mode de vie : souvent sans enfants, plus libres, plus indépendants. Alors nos chiens et chats n’ont pas fini de se faire bichonner!