Molyda

S’assumer dans la joie !

Claudine Metcalfe
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Molyda Yos a 21 ans. Indépendante, elle vit avec une coloc, a une jobine et recherche une vie stable. Issue de la communauté culturelle cambodgienne, elle a toujours vécu à Montréal. "J’ai été élevée dans un milieu restreint, en côtoyant diverses communautés culturelles, pas seulement des Cambodgiens. Je n’ai pas eu à souffrir du racisme", dit-elle dans un accent très pure laine.

C’est à 15 ans qu’elle découvre son homosexualité, "en tombant en amour par-dessus la tête avec… une hétérosexuelle! Quand je lui ai parlé de mon amour pour elle, elle m’a dit que j’étais probablement lesbienne, mais pas elle. Une quoi? Je n’avais jamais entendu ce mot, je ne savais pas ce qu’était l’homosexualité", se rappelle-t-elle.
Molyda vivait dans un milieu strict et jamais on n’avait abordé ce sujet, tant à la maison qu’à l’école. "J’étais vraiment prise au dépourvu. Je le prenais très mal. Non pas tant que je sois lesbienne, mais j’étais tellement à l’envers de vivre cette peine d’amour si souffrante. J’ai mis deux ans à m’en remettre, deux ans de transition où je sortais quand même avec des gars, mais ce n’était pas satisfaisant."

Pas facile de vivre cette étape, quand le silence règne et qu’on ne possède aucune information sur l’homosexualité. À 17 ans, elle commence à s’assumer, tentant de se renseigner un peu tout en gardant son masque. Dès qu’elle a une occasion pour ses travaux scolaires, elle choisit l’homosexualité.

Le coming-out?
"Au cégep, dans mon cours de psycho, je devais faire une entrevue avec le parent d’un homosexuel. J’ai donc demandé à ma mère si elle voulait répondre à mes questions!" Elle avait 18 ans, et sa mère fut bien sûr étonnée, mais pas scandalisée. "Trois jours après, maman m’a dit qu’elle était bien contente que je sache qui je suis et qu’est-ce que je veux faire de ma vie. Elle m’a dit que je faisais preuve de maturité." Comme la communication avec son père n’est pas très bonne ("chez nous, les hommes cachent leurs émotions et je n’ai pas de liens intimes avec papa"), c’est sa mère qui lui a annoncé. "Mes parents sont ouverts d’esprit, je suis chanceuse." Le plus touchant a été que sa mère l’ait remerciée de la confiance qu’elle lui porte. "Nous sommes devenues de vraies amies depuis, dit-elle avec émotion. Maman m’a demandé de ne pas le dire à ma famille élargie, de le garder pour moi et d’attendre d’être bien établie avec une vie stable pour ne pas avoir de bâtons dans les roues. Elle m’a donné un sage conseil, je crois." Son frère de 14 ans semble bien le prendre, bien qu’il la taquine, en disant que c’est dégueulasse! "Je crois qu’il fait des farces, il ridiculise tout ce que je fais, c’est de son âge! Pourtant, il est très gentil quand j’invite une copine et lui demande si elle deviendra sa belle-sœur!"

Molyda a dû apprendre par elle-même la vie gaie. Elle a commencé à fréquenter le milieu avec le défunt groupe pour asiatiques gais, le GLAM. Elle y a connu quelques amis, peu de Cambodgiens. En bonne sportive, elle joue au basket-ball dans la ligue gaie et sort au Drugstore, à l’étage du billard. "Quand je me tenais au Unity, j’avais beaucoup d’amis. Mais la vie sociale a des hauts et des bas. Je recommence à sortir et j’ai plusieurs connaissances avec qui j’ai du plaisir. Je n’ai pas entendu de sarcasmes ni de blagues racistes du fait que je suis asiatique." Elle a bien hâte de rencontrer l’âme sœur, une fille un peu plus vieille qu’elle ("les filles de 19-20 ans ne savent pas ce qu’elles veulent!"), une fille féminine, mais sûrement Asiatique d’origine. "Les différences culturelles sont trop grandes, et c’est un véritable fossé que je retrouve entre la culture québécoise et la mienne. Les Québécoises que je rencontre me disent tout le temps : ‘’Ah! Ce n’est pas grave ce que tes parents en pensent!’’ Elles sont plus détachées et émancipées. Elles ne peuvent pas comprendre la dynamique de nos familles", déplore-t-elle.

Ainsi, bien que ses parents acceptent son homosexualité, Molyda mène une double vie. Son autre vie est celle qu’elle mène chez elle, avec ses amis, sa famille gaie. "Je n’ai pas le choix de vivre cette double vie, c’est la mentalité chez nous. Je sais que c’est difficile à accepter pour les Québécois, mais c’est ainsi. Je dois porter un masque, mais je ne m’en plains pas, je suis très heureuse!" affirme-t-elle.

La jolie jeune femme a un surnom qui lui ressemble : Boomie. Alors, à la maison, c’est Molyda, mais dans son autre vie, si vous la voyez dans le Village, c’est Boomie qu’il faut l’appeler! Et ce surnom lui va à ravir avec son énergie et son dynamisme.

 

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Publié le 21 mars 2002

par Claudine Metcalfe