Questions d’identités

Déchirée entre l’identité noire et l’identité lesbienne

Claudine Metcalfe
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Lucie Joseph a 20 ans, elle est "une super vraie Québécoise dans l’âme et dans le quotidien", mais aussi une lesbienne "dans l’âme". Cette dernière affirmation prend une saveur plus triste, parce que, dit-elle avec chagrin, "je le suis dans l’âme, mais contrairement à ma totale assimilation au Québec, j’ai beaucoup de difficulté à vivre mon lesbianisme.

Je le suis, mais ne le vis pas et j’en suis triste. Même si je trouve que les Québécois sont souvent racistes, je dois reconnaître que c’est plus facile d’être acceptée comme lesbienne par la société blanche, alors que dans ma communauté, c’est encore scandaleux. J’ai perdu mes deux meilleures amies quand je leur ai dit que je pensais être gaie. Personne ne parle de ce sujet à la maison, ni en mal ni en bien. Pour les Noirs, c’est quelque chose qui n’existe pas dans notre communauté. Lorsque les jeunes gars en parlent, c’est toujours pour s’en moquer. Alors je garde le silence sur cet aspect de ma vie." La jeune femme sans histoire a compris l’an dernier que son malaise chronique, sa dépression incessante, ne venait pas tant de sa différence raciale que de son orientation différente. "Je n’ai jamais eu le goût d’avoir de chums, même si je fais rire de moi. L’an dernier, je suis tombée amoureuse d’une fille. Elle ne l’a jamais su, mais moi, j’ai compris que jamais je ne tomberais amoureuse d’un gars! J’ai compris quelque chose dans ma vie! Je ne l’ai pas dit à la maison parce que mes parents sont très traditionnels. Ma mère a à peine 40 ans, mais a la mentalité de sa mère! Pour elle, une fille doit se trouver un bon gars et avoir des enfants. C’est la seule voie. Mes parents ont connu une enfance difficile et veulent, pour mes deux sœurs, mon frère et moi, une vie aisée, sans soucis. Ils ne veulent pas que nous vivions du rejet comme eux l’ont vécu en arrivant ici." Presque par hasard, une connaisssance de Lucie lui parle, l’an dernier, du groupe Jeunesse Lambda, et elle se décide à y faire un tour. "Ce que je trouve difficile dans la communauté gaie à Montréal, c’est que c’est totalement blanc et francophone d’un côté, et anglophone de l’autre! Je ne fréquente donc pas souvent les groupes, ni ne sors dans le Village, parce que je suis trop gênée! Je sens que tout le monde me regarde! J’ai l’impression qu’ils se disent : "Voici une femme Noire! Est-elle lesbienne? Wow! C’est rare!" Mais personne ne se demande si c’est rare parce que nous n’osons pas sortir! Je pense que, lorsque j’aurai une blonde, je serai plus capable de m’assumer. En attendant, je continue l’école et j’ai une petite job, j’aide maman à la maison. Je mène une bonne vie, alors mes parents ne s’inquiètent pas, et cela est important pour moi!"

 

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Questions d’identités

Déchirée entre l’identité noire et l’identité lesbienne

Je le suis, mais ne le vis pas et j’en suis triste. Même si je trouve que les Québécois sont souvent (...)

Publié le 21 mars 2002

par Claudine Metcalfe