Jacques, 31 ans

"Le Village fait partie de ma vie, mais ne la résume pas."

Yves Lafontaine
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Jacques, cheveux courts, pull marin, étudiant en psychologie, a 29 ans.

"Dès le départ, sortir souvent, quelquefois presque tous les soirs, me procurait une euphorie dont je me suis tout de suite méfié. Elle me paraissait masquer quelque chose de négatif."

Après sa période yeux-cernés-quatre-soirs-par-semaine, qui aura duré un an et demi, ses études ont repris le dessus ; un échec amoureux douloureux aura servi de déclencheur. "Le décalage entre l’euphorie du moment et l’insatisfaction qui restait m’a alors sauté à la face. Je me suis construit une partie de mon identité dans les bars du Village — au Sécurité maximum, au Bronx, au K.O.X., au Max —, je m’y suis affirmé comme gai et puis je suis passé à autre chose".

Aujourd’hui, selon lui, son rapport au milieu est moins addictif. "J’ai pris une certaine distance avec lui, mais quand je n’y suis pas allé depuis un certain temps, il me manque. Alors j’y retourne, comme pour une piqûre de rappel! Mais je n’y vais plus souvent seul, j’y vais avec des amis." Cette relation ambivalente d’attraction-répulsion qu’il définit lui-même par un désir de sortir et une réticence tenace l’accompagne depuis son arrivée à Montréal en 1991, alors qu’il débutait ses études universitaires.

"À l’époque, le Village représentait pour moi un mélange de mes fantasmes et de ce qu’en disaient d’autres étudiants gais de l’université. Ma vision correspondait sans doute aussi à mes blocages de l’époque. Ça ne me disait rien d’y aller!" Et puis un soir, en manque, Jacques se décide à y aller et y rencontre un gars, avec lequel il ne s’est rien passé sexuellement, mais qui deviendra son meilleur ami de sorties. Avec lui, j’ai perdu mes inhibitions et j’ai rencontré beaucoup de gars. C’est vrai que le Village, par le nombre des établissements gais qui s’y trouvent, permet aux gais de rencontrer beaucoup de gais. Mais après, on fait le tri ou le tri se fait lui-même, entre les amis qu’on garde et ceux qu’on ne revoit plus. Et ça se fait forcément sur d’autres critères que des critères sexuels."

Y. L.