Raymond & Maurice

Une relation sous le signe de la discrétion

Claudine Metcalfe
Commentaires
Ils se sont rencontrés il y a 18 ans chez des amis, un soir de party de la St-Sylvestre. Ils sont ensemble depuis. Aujourd’hui âgés de 63 et 54 ans, Raymond et Maurice vivent leur petit bonheur tranquille en banlieue. Raymond a un petit commerce de type dépanneur-casse-croûte et Maurice est agronome. Ils n’ont pas eu le coup de foudre dévastateur l’un pour l’autre, "mais tout de suite, j’ai su que c’était l’homme de ma vie, que c’était plus que de l’amitié, bien qu’il n’était pas mon genre!", commence tout de go Raymond. "Je préfère les hommes trapus et forts, et Maurice est plutôt élancé, mais pas efféminé. Pour moi, ça c’est important, surtout dans ce temps là", avoue-t-il, soudainement gêné de ses propos.

Mais il explique que la famille ne le sait pas, ("ou s’en doute") et que c’est plus facile à faire passer de dire que tu es comme ça si ton conjoint a l’air d’un gars correct, qu’il ne sent pas le scandale. "Ce n’est pas que je suis gêné d’être gai, mais il y a des choses que je trouve difficiles, comme les gars qui provoquent. Je suis discret sur ma vie privée." Maurice travaille dans un milieu traditionnel et cache bien le fait d’être gai. "Je ne saurais pas répliquer aux blagues de mes confrères qui ne sont pas toujours subtils envers les femmes qui travaillent avec nous, alors j’imagine ce qu’ils diraient à un gai!", explique-t-il.

Raymond dit de lui qu’il a été le bâton de vieillesse de ses parents, le vieux garçon toujours prêt à aider ses frères et sœurs, le bon diable qui n’a pas rencontré de femmes. "Je passe pour un homme bien sage, mais c’est qu’ils ne savent pas ce que l’on a fait dans les saunas! Ce n’est pas là qu’on rencontre les vrais enfants de cœur!", dit Raymond en riant. "Nous vivons notre vie d’hommes entre nous!"

Est-ce à dire que leur relation est ouverte? "Nous sommes fidèles", réplique Maurice, "mais on n’est pas dupe! Je connais peu d’hommes chastes. Quand l’envie nous prend, nous nous donnons le droit d’aller voir ailleurs. Au début, nous étions sages, mais après la huitième année, alors qu’il est plus difficile de résister aux tentations, nous avons décidé d’un commun accord de nous donner de la liberté. C’était ça ou la rupture, nous ne vivions pas de difficultés", dit-il. Ils tentent de se parler le plus possible, bien que souvent, ils se connaissent tant qu’ils n’ont pas besoin de se parler pour se comprendre.

Le mariage, dans tout ça? "Nous vivons comme des colocataires depuis 18 ans. Nous ne pensons pas, du jour au lendemain, nous enregistrer comme conjoints officiels. Nous pensons aussi que notre vie est différente de celle des hétérosexuels qui ont besoin de papiers pour les enfants. Nos vies sont différentes de la majorité, comme elles sont différentes de celles des femmes. Nous avons chacun nos choses dans la maison, nous n’avons rien en commun et c’est notre gage de justice en cas de pépin, de séparation ou de mort", conclut Raymond.