Joe & Giampaolo

La distance n’a pas d’importance...

Yves Lafontaine
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Joe Balass et Giampaolo Campi se sont rencontrés à Londres, en mars 1998, durant le London International Gay & Lesbian Film Festival. Joe y présentait son documentaire Nana, George & Me, alors que Giampaolo, qui a également tourné quelques films, était dans la capitale britannique pour finaliser la sélection du festival de films gais et lesbiens de Milan, dont il est le directeur. Leur première rencontre ne dura que deux jours. Elle a tout de même donné naissance à un amour qui grandit et s’enrichit sans cesse malgré la distance qui les sépare. S’ils concèdent tous deux qu’il n’est pas facile de vivre une relation amoureuse à distance — encore moins quand l’être aimé reste sur un autre continent — ils m’expliquent comment ils tentent de compenser pour le temps où ils sont séparés. "Nous avons appris à profiter intensément des moments où nous sommes ensemble", me dit Joe en regardant affectueusement Giampaolo, assis à ses côtés dans mon bureau, lors du dernière passage du Milanais à Montréal.

"Nous sommes chanceux d’avoir chacun un emploi du temps flexible et un travail qui nous emmène à voyager et que l’on peut faire à peu près n’importe où. Mais, il est indéniable que ça prend beaucoup d’organisation et de planification. Il faut prévoir beaucoup de choses chaque fois que l’un de nous quitte sa ville pour rejoindre l’autre pour quelques semaines ou quelques mois", poursuit Giampaolo.

Entre leurs longs séjours à Montréal ou à Milan, ces deux globe-trotters amoureux s’arrangent pour se rencontrer également dans des festivals de films en Europe ou en Amérique, question de joindre l’utile à l’agréable. Ils réussissent ainsi à se voir en moyenne six mois par année. Et ils travaillent ensemble à l’occasion : Joe aidant Giampaolo à la programmation du festival à Milan et Giampaolo collaborant au plus récent film de Joe, Le Diable dans l’eau bénite, un long métrage documentaire surprenant, tourné à Rome à l’été 2000, alors que s’y tenaient simultanément le Jubilé chrétien et la World Pride qui a attiré plusieurs centaines de milliers de gais et de lesbiennes (ce film sera présenté à Montréal lors des prochains Rendez-vous du cinéma québécois, en février, puis sortira en salle en mars).

Si, au début de leur relation, Joe s’est plutôt bien accommodé de la distance qui les séparait, le désir d’être plus souvent ensemble est maintenant de plus en plus grand. "Mon sens de l’identité incorpore Giampaolo beaucoup plus qu’avant. Le bonheur et la confiance sont plus grands quand il est là à mes côtés. C’est pourquoi il est pour moi plus difficile de me séparer de lui qu’au début de notre relation", explique Joe, qui percevait d’abord ces séparations comme des moments de pause entre des périodes de grande intensité. Quelquefois très (trop) intenses pour Joe, qui est d’un naturel réservé et introverti; tout le contraire de Giampaolo, qui a l’habitude d’être constamment entouré de nombreux amis. Mais comme bien des couples, leurs différences, bien que toujours présentes, commencent à s’estomper, la personnalité de l’un déteignant sur celle de l’autre.
Pour Joe, un juif d’origine arménienne qui a toujours été fasciné par les questions d’identité, la découverte amoureuse s’est doublée également d’une découverte culturelle très enrichissante, dont aucun des deux n’aurait pu prévoir le potentiel il y a quatre ans.

"Dès le début, je savais que je l’aimais, mais à cause de la distance qui nous séparait, je ne voulais pas trop y croire, avoue Giampaolo. Et, si je me souviens bien, nous ne nous sommes dit que nous nous aimions que six mois après notre première rencontre."
"Avec le recul, je suis assez fier de nous, poursuit-il. Nous avons été capables de surmonter la difficulté de concilier notre vie professionnelle avec notre vie amoureuse, bien que celle-ci n’ait rien de traditionnel."