Dominique & Sylvie

Dans l’attente d’une union reconnue

Claudine Metcalfe
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Dominique et Sylvie sont ensemble depuis quatre ans. L’été dernier, coup d’éclat à Sherbrooke : elles vont au Palais de justice pour demander un mariage civil. Selon l’article 365 du Code civil, elles ne peuvent se marier et elles se voient refuser cette union. Elles décident alors de porter leur cause devant la Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec qui la refuse, estimant que le droit au mariage est de recours fédéral, non provincial. "Nous ne pensions pas que les médias allaient s’intéresser à notre demande, dit candidement Dominique. Nous pensions avoir un entrefilet dans le journal local". Eh bien, elles se sont retrouvées à la une du journal La Tribune, et la télé a couvert l’affaire ainsi que les médias nationaux. Le couple a même accordé une entrevue au magazine Châtelaine.

Tout le monde, maintenant, les reconnaît au supermarché, à la caisse, au travail. Dominique enseigne au cégep et ses étudiants ont tous signé la pétition initiée par le groupe ÉGALE, sans hésitation. Sylvie, de son côté, est aussi reconnue dans son milieu de travail, une usine de contre-plaqué.
"La réaction des gens n’a été que positive, à notre grand étonnement. Les lesbiennes ont peur du rejet, nous y compris, surtout que nous vivons dans une plus petite ville que Montréal. Nous avions peur de subir de la discrimination et d’avoir toutes sortes de problèmes. Mais rien de cela ne s’est produit et nous sommes fières d’être sorties du garde-robe et d’avoir osé poser ce geste."

"Nous avons réalisé que c’est la peur qui nous mène et que si nous agissions, peut-être que les choses vont changer. Si notre geste peut aider, ne serait-ce qu’une personne, à s’accepter, empêcher un jeune de se suicider, notre sortie aura été une bénédiction", explique Dominique. "Je suis tannée du discours des lesbiennes qui justifient leur vie cachée en prétextant leur vie privée. Ce qui se passe au lit ne regarde personne, prétendent-elles. Elles n’ont pas raison, selon moi. Certes, comment elles baisent et ce qu’elles ont comme préférences sexuelles est leur affaire personnelle. Mais avec qui elles vivent leur amour n’est pas du domaine du privé. La conjugalité est une affaire de société. Tous les hétéros nous parlent sans cesse de leur orientation sexuelle, de comment ils vivent leur parentalité, leur vie à deux. Pourquoi ça serait secret pour nous?", lance-t-elle. Dominique nous explique que se libérer de ce secret lui a apporté un bien-être incommensurable et que les lesbiennes devraient s’en prévaloir.

Dominique, après un mariage chaotique, réalise ce qu’elle s’est cachée depuis longtemps : elle est lesbienne. Elle rencontre Sylvie, qui travaille alors dans le monde du multimédia. Tout à coup, sa vie bascule. Elle comprend vite qu’elle a toujours été lesbienne, mais que la pression sociale et le silence imposé ne lui ont jamais permis de vivre ouvertement son orientation. Toutes deux réalisent qu’elles sont faites l’une pour l’autre, qu’elles sont complémentaires. "Ce n’était pas facile pour Sylvie de s’impliquer rapidement. Tomber en amour avec une mère de deux petites filles n’est pas évident, et il faut être sûres, rapidement. Il ne faut pas niaiser avec les émotions des enfants", explique Dominique. Elles sont vite devenues un vieux couple, au sens positif du terme. "Nous sommes bien ensemble et nous rêvons déjà à nos vieux jours où nous allons prendre soin l’une de l’autre et où les petits-enfants viendront nous visiter!, dit Dominique en souriant. Nous espérons pouvoir célébrer notre union civile l’été prochain, mais pour nous, c’est la reconnaissance du mariage qui nous comblera vraiment."
Le secret de la réussite, pour elles, demeure la recette la plus divulguée : la communication, se parler franchement, ne pas se faire de jeux ni d’histoires, et surtout, rester simple. "Nous croyons à l’efficacité de la visibilité des gens ordinaires qui s’affichent sans provoquer. Quand les gens voient notre amour et notre sincérité, bien que l’homosexualité n’est peut-être pas bien acceptée, ils nous respectent. Voilà un bon point de gagné!" conclut Dominique.