Ce que vous devez savoir sur les REÉR

Quelques trucs pour améliorer votre retraite future

Yves Lafontaine
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Nous commençons tous à nous préparer à la retraite à des moments différents de nos vies. La stratégie la plus efficace consiste à le faire dans la vingtaine ou dans la trentaine, en ouvrant un premier régime enregistré d'épargne-retraite (REÉR). Une bonne stratégie vous mènera facilement à la retraite - avec l'assurance de savoir que vos moyens financiers vous suffiront toute votre vie. Quel que soit votre âge, il faut commencer tout de suite à planifier votre sécurité matérielle pour plus tard! Voici donc, pour vous aider à y voir clair, quelques informations concernant les REÉR et conseils pratiques pour vous préparer à cette période de la vie où vous ne voulez surtout pas manquer d’argent. L’ABC du REÉR
La cotisation REÉR maximale pour l’année 2001 demeure plafonnée à 18% du revenu admissible au calcul de la contribution REÉR (jusqu’à un maximum de 13 500$). Les droits de cotisation REÉR des années précédentes non encore utilisés s’ajoutent à ce plafond. Cette limite touche à vrai dire les travailleurs qui ne contribuent pas à un régime de pension d’employeur. Les chanceux qui bénéficient d’une caisse de retraite d’employeur sont assujettis à un facteur d’équivalence, qui vient réduire leur cotisation au REÉR.

Vous trouverez le montant maximal admissible pour l’année 2001 sur l’avis de cotisation que Revenu Canada vous a fait parvenir après avoir étudié votre déclaration de revenus de 2000. Chaque année, Revenu Canada se fait un devoir de calculer lui-même le montant cumulatif des droits de cotisation à votre REÉR.
Combien représentent vos contributions et celles de l’employeur au régime de pension de votre entreprise? Et dans quelle limite affectent-elles votre contribution maximale pour l’année? Les travailleurs qui contribuent à un fonds de pension d’employeur (régime de pension agréé, régime de participation différée aux bénéfices) doivent composer avec un facteur d’équivalence pour déterminer le montant des droits de cotisation à un REÉR pour l’année en cours.

Une solution rentable, si vous manquez d’argent pour investir dans votre REÉR, aller voir votre institution financière est d’emprunter le montant requis. À une condition cependant : remboursez l’emprunt REÉR le plus rapidement possible. Supposons qu’investir dans votre REÉR vous permet de récupérer 35 % du montant investi. Si l’emprunt REÉR coûte 10% d’intérêt, il vous restera encore 25% du montant investi dans vos poches.
Les droits de cotisations au régime d’épargne-retraite dépendent des revenus de l’année précédente et non de l’année courante. Par exemple, la cotisation maximale pour l’année 2001 repose sur les revenus touchés en 2000, plus les droits de cotisations des années antérieures non encore utilisés.
Si vous n’avez pas les liquidités requises pour contribuer au REÉR, vous pouvez transférer certains titres dans un REÉR autogéré en guise de contribution. Il peut s’agir d’obligations, d’actions, de RÉA, etc. Vous pouvez aussi encaisser des placements hors REÉR pour effectuer une contribution au REÉR.
Jusqu’à la fin de 1995, on avait le droit d’accumuler jusqu’à 8 000$ de cotisations excédentaires dans un REÉR (autrement dit de cotiser plus que la limite de 18% du revenu admissible). Le gouvernement fédéral a sabré dans cette marge. Le maximum de cotisations excédentaires est maintenant de 2000$. Les cotisations excédentaires qui dépassent cette limite des 2000$ sont frappées d’un impôt de 1 % par mois.
Vous n’avez pas pleinement cotisé au REÉR les années passées ? Pas de problème, vous avez jusqu’à l’année de vos 69 ans pour vous prévaloir de vos droits non utilisés, ou davantage si votre conjoint est plus jeune

C’est payant, le REÉR
Bien des gens se demandent si un investissement dans un REÉR vaut vraiment la peine. Comme ils devront payer de l’impôt sur les éventuels retraits du REÉR, ils se demandent s’ils n’échangent pas "quatre trente sous pour une piastre".
Rassurez-vous. Dans un REÉR, les revenus de placements s’accumulent à l’abri de l’impôt. Certes, un jour, vous allez devoir verser des impôts sur les retraits du REÉR ou du FERR (Fonds enregistré de revenu de retraite). Mais, ce qui restera, net, dans vos poches sera de toute évidence supérieur au montant d’argent que vous aurez amassé hors- REÉR. Comme vous le savez, le fisc frappe tous les revenus annuels des placements hors REÉR.
S’il est avantageux pour les entreprises de payer le plus tard possible l’impôt sur leurs bénéfices, il en va de même avec les placements REÉR. Après tout, les placements REÉR font eux aussi l’objet d’impôt différé.
Supposons que vous investissez dans votre REÉR 2000$ par année, à 10% de rendement, et que votre taux marginal d’imposition est de 50%. Le tableau ci-après vous indique le montant net qu’un placement REÉR procure après un certain nombre d’années. Le calcul tient compte des économies obtenues au moment de la contribution au REÉR.

Placement de 2000 $ / année à 10 % de
rendement annuel
Nombre d’années Avantage net REÉR
Après 10 ans 792 $
Après 15 ans 3 616 $
Après 20 ans 11 144 $
Après 25 ans 27 894 $
Après 30 ans 61 618 $
Après 35 ans 125 384 $

Pour les fins de la comparaison, nous avons tenu pour acquis que tout le REÉR sera vidé à terme. Ce qui, dans les faits ne survient pas nécessairement, les gens ayant fiscalement avantage à étirer les retraits REÉR ou FERR sur la plus longue période possible. En conclusion, le plus longtemps l’argent fructifie à l’abri de l’impôt ou à l’intérieur du REÉR ou du FERR, le plus rentable est l’investissement après impôt.

Des REÉR syndiqués
Ne jouons pas à l’autruche. Si on investit ses épargnes dans les RÉER du Fonds de solidarité de la FTQ ou dans le Fondaction de la CSN, c’est principalement à cause des avantages fiscaux qu’ils offrent aux investisseurs qui veulent bien leur faire confiance.
Car les REÉR de la FTQ et de la CSN rapportent des rendements modestes. Modestes mais, avouons-le, compétitifs par rapport aux placements conservateurs comme les certificats de placement garantis, les obligations d’épargne, les fonds hypothécaires, etc.
Mais, investir dans les REÉR de la FTQ et de la CSN rapporte en partant une économie d’impôt additionnelle de 30 % par rapport aux autres placements REÉR. Ce qui est très alléchant.
L’avantage fiscal sera d’autant plus significatif si on réinvestit les économies d’impôt supplémentaires dans l’achat d’un RÉER additionnel ou dans le remboursement accéléré de l’hypothèque.
Avec une telle stratégie, on ne peut se tromper, malgré le fait que les REÉR FTQ et CSN soient moins performants à long terme que les portefeuilles diversifiés. Assurez-vous d’avoir un revenu suffisamment élevé pour pouvoir bénéficier des avantages fiscaux de ces REÉR syndiqués. Pour économiser de l’impôt, encore faut-il en payer…
Après avoir tenu compte de tous les crédits d’impôt et déductions fiscales auxquels vous avez droit, si vous n’avez pas d’impôt à payer sur votre revenu, oubliez le RÉER. Conservez plutôt vos droits de cotisation pour les années où votre revenu sera suffisamment élevé pour être imposable.
Il peut être coûteux de geler vos épargnes dans un REÉR si cela ne vous procure aucune économie d’impôt.
En effet, les retraits du REÉR ou du FERR (le véhicule de retraite qui prendra la relève de votre REÉR) à la retraite seront possiblement imposables. Or, vous allez verser de l’impôt sur un placement qui, à l’origine, ne vous a procuré aucune économie d’impôt ! Si tel est le cas, vous serez victime de ce qu’on appelle une double imposition.

Quand arrive la retraite
Vous pouvez prendre votre retraite quand bon vous semble. Mais, chose certaine, plus vous la prenez tôt, plus vous allez gruger votre cagnotte. Et les revenus de retraite seront d’autant réduits.
Supposons que vous optiez pour la stratégie contraire, à savoir de prendre votre retraite le plus tard possible. Financièrement, ce sera très profitable puisque les revenus de vos placements REÉR s’accumuleront encore plus longtemps à l’abri du fisc.
Cela dit, dans l’année de vos 69 ans, vous serez obligé de convertir votre pécule de retraite en rentes viagères ou en FERR.
Notez que les retraités dont les économies sont dans un compte de retraite immobilisé CRI devront pour leur part opter pour un fonds de revenu viager ou l’achat d’une rente.
Quel véhicule de placement choisir entre les rentes viagères et un FERR ? Le FERR vous permet d’investir vos épargnes dans n’importe quel type de placement, allant des obligations d’épargne ou certificats garantis aux portefeuilles et fonds d’actions.
Les contrats de rentes viagères, pour leur part, sont vendus par les compagnies d’assurance-vie. Plus les taux d’intérêt sont élevés, plus les rentes offertes sont généreuses. Dans le contexte actuel de taux d’intérêt très modestes, les rentes le sont tout autant.
Si le retraité décède au cours de la période garantie, la succession va recevoir un montant forfaitaire représentant le solde des rentes non encore versées.
Si le rentier vit au delà de la période garantie, il va continuer d’encaisser sa rente, mais celle-ci prendra fin quand il décédera. La succession n’obtiendra rien de cette rente.
Il y a des écarts importants dans le montant des rentes versées par les assureurs.
Par ailleurs, vous pourriez opter pour un FERR ou un FRV. Dans les deux cas, il faut effectuer des retraits minimums, mais le FERR n’impose aucune limite en ce qui concerne les retraits maximums, contrairement au FRV.
Au décès, le solde après impôt du FERR ou du FRV sera récupéré par la succession.
Quel véhicule de revenus de retraite choisir entre une rente viagère et un FERR ? Peut-être faut-il couper la poire en deux !

Les conjoints
L’âge limite pour contribuer à un REÉR est l’année de ses 69 ans. Mais, il est grandement avantageux de continuer d’investir dans le REÉR du conjoint s’il est plus jeune.
Contribuer au REÉR du conjoint est cependant assujetti à une condition fondamentale : ce dernier ne doit pas effectuer de retraits du REÉR durant la période comprenant les trois prochains 31 décembre. Autrement, vous serez imposé sur ces retraits.
Une question souvent posée aux spécialistes : peut-on transférer en franchise d’impôt des revenus de retraite dans le REÉR du conjoint ? Non, cela n’est plus permis. Mais, si le conjoint peut encore contribuer au REÉR, avancez-lui les fonds requis.
Investir dans le RÉER du conjoint est une bonne stratégie. Pour ce faire, il faut puiser dans nos propres droits de cotisation, réduisant d’autant notre marge de cotisation à notre propre REÉR. Par exemple, si vous avez le droit d’investir 4000$ dans votre REÉR cette année et que vous mettez 2000$ dans le REÉR de votre conjoint, la cotisation maximale à votre REÉR ne sera plus que de 2000$.

En fonction de l’âge
Investir dans les REÉR du Fonds de solidarité ou du Fondaction sera très rentable si vous effectuez votre placement à quelques années de votre retraite ou de votre préretraite. Vous pouvez y contribuer jusqu’à l’âge de 64 ans, à condition d’avoir un revenu d’emploi minimum de 3 500$. L’argent devra cependant demeurer dans le REÉR au moins deux ans.
Plus jeune vous commencez à contribuer au REÉR, la plus importante sera la cagnotte à la retraite. À un taux d’intérêt égal et constant, un jeune qui investirait 100$ par mois dans un REÉR, entre 22 et 30 ans inclusivement, accumulera plus d’argent à sa retraite qu’un épargnant qui met dans son REÉR 100$ par mois à compter de 30 ans, jusqu’à 65 ans.
La majorité des épargnants attendent la quarantaine pour commencer à investir sérieusement dans leur REÉR. Mieux vaut tard que jamais, mais c’est tard. C’est même dramatique pour la majorité des gens. Plus de la moitié des Québécois ne bénéficient pas d’un fonds de pension d’employeur. Leur retraite s’annonce difficile s’ils ne réussissent pas à accumuler un portefeuille REÉR raisonnable.

Des stratégies payantes
Vous avez investi dans un REÉR ordinaire, ou dans le REÉR de la FTQ ou de la CSN. Votre placement est mathématiquement judicieux si, avec vos économies d’impôts, vous remboursez une partie de votre hypothèque, de votre solde de prêt personnel ou de votre solde de carte de crédit.
Investissez dans le REÉR du Fonds de solidarité ou dans le REÉR Fondaction (on peut y investir jusqu’à 5 000$) et portez les remboursements d’impôt obtenus dans un REÉR conventionnel. Ainsi, pour le prix d’un seul REÉR, vous obtenez en prime six dixièmes d’un autre. Plus d’autres économies d’impôt à venir. Bref, vous doublerez votre mise !