Je me souviens

Yves Lafontaine
Commentaires
Simon-Antoine, 28 ans "Dans le Village, tout est facile." "On a tout sous la main. Tout est possible : les regards, les rencontres, sortir avec quelqu’un, mais aller voir ailleurs en même temps… Moi, ca correspond à ce que je veux à ce moment-ci de ma vie. Sans doute que dans dix ans, je serai rendu ailleurs et que j’aimerais alors plus de stabilité, Cela dit, ma vie ne se limite pas à ça. Plusieurs de mes amis gais et straights, qui ne fréquentent pas le Village, ou très peu, me disent de me méfier, que ça ne correspond pas à ce que je suis vraiment. Ils ont un rapport totalement fantasmé avec le Village, qu’ils ne connaissent pas et qu’ils n’associent qu’à la cruise, aux saunas et aux rencontres sexuelles. Mais surtout, ils semblent ne pas me faire confiance… Ils ne comprennent pas que, bien que j’y demeure et que j’y sorte fréquemment, ma vie ne tourne pas autour du cul, que ça en fait partie, mais que ça ne la résume pas!" Roger, 45 ans
"Je trouve essentiel qu’un quartier comme le Village existe."
Homme d’affaires prospère originaire de la Beauce, Roger est arrivé à Montréal, il y a 23 ans. "Mon premier contact avec la communauté gaie, c’était à travers les bars, le lieu de mes premières expériences. Je m’y suis immédiatement senti physiquement et moralement en sécurité, et cela même si je n’étais pas à l’aise avec la démarche de coming-out que j’entreprenais. Avant le village, je fréquentai les bars de l’Ouest, mais c’était surtout parce que j’avais un besoin physique à satisfaire. Je ne m’y sentais pas à l’aise. Le village a d’abord été pour moi une manière de réaliser mon désir pour les hommes sans devoir me cacher. Le Village à ses débuts, garantissait un certain anonymat. Il n’y avait pas grand monde d’autre que des gais, le soir, sur la Catherine, il y a 20 ans. Avant d’arriver à Montréal, je n’avais aucune idée qu’il existait d’autres hommes qui étaient comme moi. Alors, tu peux t’imaginer que la première fois que je suis entré au Max, j’ai eu un choc. Plein d’autres gars qui, comme moi, dansaient sur une musique endiablée. Même si je sors beaucoup moins qu’avant dans les bars — j’ai un chum depuis onze ans maintenant et un cercle d’amis que je vois fréquemment —, je trouve essentiel qu’un quartier comme le Village existe. Dans mon cas, il a eu une importance immense dans le fait de mieux m’accepter comme gai.



Jean, 47 ans
"Le Village n’a rien d’un ghetto, bien au contraire."
Professeur de sociologie dans un cégep de Montréal, Jean est également un résidant du Village depuis 18 ans. Il n’a jamais eu l’impression de vivre dans un ghetto. Pour lui, "le terme de ghetto désigne, dans son sens original, les quartiers résidentiels où les Juifs étaient forcés d’habiter. Et, dans son sens le plus large, un lieu où une communauté vit séparée du reste de la population. S’il est vrai que le Village (comme le Plateau, il me semble) est composé d’une population où l’on compte une forte représentation de gais, on ne peut toutefois parler de ghetto pour le définir. D’autant plus que le terme est péjoratif, alors que le Village n’a rien de négatif. Le Village n’a rien d’un ghetto, bien au contraire. Mais surtout, ce n’est pas un quartier que les gais ont été forcés d’adopter, il s’est créé, comme vous [Fugues] le mentionniez dans l’entrevue avec le prof d’université [Frank Remiggi], suite à la volonté de promoteurs gais qui y on ouvert des commerces que les gais ont ensuite adoptés et que les hétéros ont toujours fréquenté. Que fait-on d’ailleurs dans le Village? On va, on vient sans entrave, on discute, on flâne, on mange, on cruise, on baise, on danse, bref on consomme à tout va. Si pour certains, il n’est qu’ un grand centre commercial gai, un lieu où on s’amuse, c’est pour moi un lieu de socialisation, un lieu où les rapports entre gais sont facilités. Moi le Village, je l’aime!"