Sida : Le retour à une vie plus normale

Réinsertion des PVVIH

André-Constantin Passiour
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Pour une personne vivant avec le VIH (PVVIH), le retour à une "vie active normale" semble parfois irréalisable, et ce, en raison d'une multitude de facteurs. Isolées, parfois encore incertaines de leur avenir ou de leurs capacités, ces personnes ont peur d'être rejetées ou de ne pas pouvoir garder un emploi à cause de leur état de santé. Elles ont donc besoin d'appui, de suivi ou d'un coup de pouce afin de "repartir" dans la vie. À la fin mars, la COCQ-sida publiera un guide qui pourra aider les groupes communautaires sida à répondre à ce besoin de plus en plus criant des personnes atteintes et à mettre en place des services adéquats. "Quand on parle de réinsertion des personnes avec le VIH/sida, on part de deux constatations: d'abord, on parle de retour au travail ou de maintien au travail; ensuite, il s'agit de la réinsertion à la vie active, à la vie sociale et de briser l'isolement", d'expliquer le directeur général sortant de la COCQ-Sida, Roger Le Clerc.
Voici les difficultés auxquelles sont souvent confrontées les personnes atteintes : le fait de ne pas se sentir assez en forme pour retrouver son emploi; le peur d'être découvert par son employeur ou l'assurance; une aversion pour son ancien travail; la peur de retomber malade; l’appréhension des effets secondaires et des explications à fournir pour expliquer les absences; a force psychologique pour affronter les entrevues de sélection; le refus à reprendre une position stressante qui nuira à sa santé.

Bien sûr, ce ne sont pas toutes les PVVIH qui vivent avec de tels problèmes. Toutefois, ces questions reviennent souvent. Pour faire un guide, il fallait d'abord déterminer à quel type de clientèle on s'adresse afin de pouvoir proposer des solutions qui répondent efficacement aux besoins. Il y a essentiellement trois groupes de séropositifs.

D'abord, il y a ceux que M. Le Clerc appelle les "désorganisés", des gens isolés socialement, qui ont des problèmes de toxicomanie, de santé mentale ou d'itinérance, etc., et qui n'ont peut-être jamais été sur le marché du travail. Ils constituent de 12 à 15% des PVVIH. "On part vraiment de loin ici, commente M. Le Clerc. Il faut donc un partenariat beaucoup plus soutenu et serré entre les organismes sida et, par exemple, la Maison du Père pour qu'elle travaille avec les itinérants séropositifs ou encore avec les intervenants en toxicomanie. Il faut donc une jonction entre le gouvernement et les groupes sida et toxicomanie pour aider les utilisateurs de drogues injectables (UDI). Il y a donc de l'espoir de ce côté-là." En santé mentale, les choses ne sont pas évidentes puisqu'il n'y a pas de liens.

Ensuite, il y a les gens qui ont été malades, qui ont connu le sida, qui ont quitté un emploi, qui se sont retrouvés sur la Sécurité du revenu (BS) et qui vivent à l’intérieur du "ghetto sida", qui fréquentent les groupes de soutien pour briser leur isolement, mais dont tout le réseau (de soutien et d’amitiés) est tissé autour du sida. Ces groupes pourraient collaborer avec d'autres groupes de loisir ou institutions pour sortir ces gens de l'isolement, établir avec eux un plan selon leurs désirs et ce qu'ils veulent faire. "En partenariat avec des groupes, on va aider ces gens à s'inscrire à des loisirs, à des cours; on va s'assurer que ce service est accessible, mais on ne l'offrira pas nous-mêmes. On va sensibiliser ces groupes spécifiques et le grand public aussi à ce qu'est le VIH", poursuit M. Le Clerc.

Enfin, il y a ceux qui n'ont pas été trop malades, qui ne sont pas exclusivement dans le circuit sida, qui bénéficient de la facilité qu'offrent les nouveaux traitements, de sorte que cela ne paraît pas lorsqu’ils travaillent. Ils comptent pour 70% des PVVIH. L'effort des groupes sera porté sur le maintien au travail ou sur la réinsertion par une campagne grand public anti-discrimination sur les PVVIH et le VIH/sida, campagne qui devrait se dérouler ce printemps. On va appuyer ces séropositifs en les informant de leurs droits et en les encourageant à reprendre une vie active normale.

La philosophie qui sous-tend ce guide en est une d'espoir et de changements: s'inspirer d'expériences positives existantes dans certains organismes (comme au BRAS de l'Outaouais, à MIELS-Québec, à la Maison du Parc et à Plein Cœur) et diffuser ces possibilités.

"Les groupes sida avaient développé une culture d'accompagnement à la mort, mais ce n'est plus le cas. Il faut maintenant aider les gens à vivre pleinement, c'est un changement culturel important dans la pratique quotidienne des intervenants", dit Roger Le Clerc.

"L'objectif est d'outiller les groupes pour la réinsertion, pas seulement à l'emploi, mais aussi à la vie sociale. On veut leur proposer des modèles de partenariat. Ce seront des outils très simples", indique Jorge Flores, qui travaille sur le guide depuis le mois d'octobre dernier. Après la sortie du guide, le Comité de vie active de la COCQ-Sida sera chargé d'informer les groupes et d’ouvrir leur personnel et bénévoles à ces nouveaux horizons.