Gais égyptiens emprisonnés

Les appuis s'organisent à Montréal

André-Constantin Passiour
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Le mois dernier, nous vous parlions de 52 jeunes hommes arrêtés au Caire, en mai, et poursuivis, entre autres motifs, pour homosexualité et mépris de la religion (islamique). Après un procès retentissant, la Haute Cour de sûreté de l'État a rendu son verdict le 14 novembre : 29 ont été libérés faute de preuves, tandis que 23 autres ont reçu des peines allant de un à cinq ans de prison ferme avec des travaux forcés pour certains. Un des principaux accusés, Mahmoud Allam, a écopé de cinq ans. Un mineur de 16 ans aurait aussi été condamné à trois ans de pénitencier selon la section montréalaise d’Amnistie Internationale. À Montréal, le Réseau de soutien des droits des lesbiennes et gais d'Amnistie Internationale a organisé une vigile près du consulat d'Égypte, à la Place Ville-Marie, le 10 décembre dernier, parce que, "suite au verdict de la Cour, on est en droit de craindre des conditions d'emprisonnement inacceptables et, pour ceux qui seraient éventuellement libérés, le rejet par la société dans son ensemble, fort probablement sous formes de violence", a indiqué le communiqué. Plus d’une quarantaine de personnes ont ainsi manifesté leur solidarité. Chandelle à la main, ils ont maintenue une vigile silencieuse sur les marches de la Place Ville-Marie.

"Nous allons appuyer la démarche des gens d'Amnistie parce qu'on ne peut pas laisser passer une telle chose. Il faut que nous soyons solidaires de ces homosexuels égyptiens, il ne faut pas les oublier, et nous allons être à la vigile", de dire pour sa part le président de la Table de concertation, Pierre Valois. Le GRIS, Jeunesse Lambda et l'ALGI, entre autres organismes, seraient aussi du nombre.

À l'initiative du secrétaire d'État à l'Accueil et à l'intégration des immigrants, André Boulerice, l'Assemblée nationale du Québec adoptait à l'unanimité une motion d'appui aux gais égyptiens, le 20 novembre dernier. "Que l'Assemblée nationale blâme sévèrement la condamnation par les tribunaux égyptiens de 23 personnes en raison de leur orientation sexuelle", stipulait la motion. Donnant la réplique à M. Boulerice, la députée libérale de Mercier, Nathalie Rochefort, a salué cette solidarité et cet appui, mais a souligné cependant l'incapacité du député de Sainte-Marie-Saint-Jacques de fournir un soutien efficace pour garder en vie Dire enfin la violence. "Il faut aussi qu'il s'occupe de trouver de l'argent pour que l'organisme puisse continuer ses activités, sinon il va fermer ses portes".

Signalons que les décisions de ce tribunal égyptien d'exception, jugeant d'habitude les causes de terrorisme, sont sans appel. Dans le cas du jeune de 16 ans qui avait été jugé séparement devant le Tribunal de la jeunesse du Caire, le résultat de l’appel logé par celui-ci devrait être connu le 19 décembre. "On veut créer une coalition de solidarité pour faire des pressions et mettre tout en œuvre pour faire libérer ces gens-là", a dit pour sa part Jorge Flores, un organisateur d'Amnistie Internationale.

Dans cet esprit, la Coalition créée autour d'Amnistie a envoyé une lettre au ministre des Affaires extérieures, John Manley, lui demandant que le Canada intervienne auprès des autorités égyptiennes. On désire également faire signer un texte par le plus de monde possible, texte qui sera remis par la suite au consul d'Égypte à Montréal (ce texte se retrouve dans la section courrier des lecteurs de la présente édition de Fugues). Quelques jours après l’Assemblée Nationale, c’est le Conseil de l’Europe qui s’est prononcé, tandis que plusieurs membres du Congrès américain ont aussi décrié ce procès.