Expo d'affiches sur le sida

Parce que la lutte n'est pas finie

André-Constantin Passiour
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Depuis les vingt dernières années, le VIH/sida a fait beaucoup de victimes, 22 millions approximativement, et infecte encore plus de 15 000 personnes quotidiennement! Cette maladie qui a fauché beaucoup de jeunes hommes gais a généré tout un matériel de prévention, de sensibilisation, et ce, un peu partout sur la planète. C'est pourquoi les Archives gaies du Québec, en collaboration avec l'Écomusée, veulent partager avec le public une partie des affiches qui ont été récoltées à travers les années, des affiches dépeignant parfois la mort et toute son horreur mais aussi la sensualité, la beauté et l'érotisme... Le 5 juin dernier, on commémorait un bien triste anniversaire. C'est en effet à cette date que, en 1981, dans le bulletin hebdomadaire émis par les Centers for Desease Control (CDC) d'Atlanta, l'on rapportait pour la première fois cette maladie. On y parlait de cinq jeunes homosexuels de Los Angeles atteints d'une infection mortelle inconnue jusqu'alors. Les mots «cancer gai» apparaissaient jusqu'à ce que les professeurs Gallo (aux É.-U.) et Montagnier (en France) isolent et découvrent le terrible virus du VIH/ sida. On connaît la suite.
C'est donc pour commémorer cet événement que les Archives gaies du Québec (AGQ), et en particulier leur fondateur, Ross Higgins, organisent cette exposition d'une cinquantaine d'affiches. Mais attention! «l'expo n'est pas historique puisque la lutte n'est pas finie, et les statistiques démontrent une remontée de l'infection chez les jeunes gais aux États-Unis, donc, l'expo vient rappeler aussi que la lutte n'est pas gagnée», précise M. Higgins.

Une image vaut mille mots
Parfois les autorités de la santé, mais très souvent les groupes communautaires de lutte contre le sida et d'aide aux personnes atteintes, ont dû faire appel à l'imagination et à la créativité d’artistes et de graphistes pour concevoir des affiches qui vont frapper «autant par des slogans que par l'imagerie visuelle qui va marquer les campagnes», de dire Ross Higgins. On assiste ainsi à l'émergence de plusieurs styles de publicités. Veillant au droit des malades d'être soignés et cherchant à ce que les gouvernements subventionnent les groupes et la recherche, des associations comme Act-Up, par exemple, adopteront un style basé sur la confrontation en lançant des vagues de contestation.
D'autres organisations orchestreront de véritables «campagnes de peur et d'épouvante, inspirées de pays des Caraïbes et d'ailleurs, où l'on voit des morts et des squelettes sur les affiches ou encore la «grande faucheuse» que l'on ramenait pratiquement du Moyen-Âge pour la cause», indique le fondateur des AGQ. Mais voyant que ce genre ne fonctionnait pas, ça et là, dans la foulée de campagnes de prévention des MTS, on va créer des publicités et du matériel à l'imagerie plus ou moins érotique et sensuelle, montrant de la nudité frontale ou les courbes de corps étendus pour convaincre les gens d'enfiler un condom. «C'est la première fois qu'on voyait ce genre d'imagerie qu'on n'avait pas osé utiliser auparavant», indique l'organisateur de l'expo.
Divisée en cinq sections, l’exposition «Si le Sida m'était conté...» ne sera qu'un mince survol des 500 affiches gardées précieusement aux Archives, et ce, sans compter des caisses et des caisses de matériel. Le Fonds Ken Morrisson, à lui seul, dénombre 400 affiches. C'est donc uniquement un dixième de toute la collection qui sera exposé : «C'est horrible d'essayer d'en choisir 50 sur les 500, mais on n'a pas le choix, étant donné l'espace restreint et la grandeur variable des affiches, il fallait se limiter», poursuit-il. Les affiches varient en effet entre 8,5 x 11 po et 5 x 3,5 pieds et proviennent d'aussi loin que la Bolivie et le Sri Lanka! On pourra aussi admirer des dépliants, cartes postales, «kits de safe sex», t-shirts et autres objets de promotion.

Impacts de la maladie
La première section viendra raconter comment le sida a fait son apparition à Montréal et ailleurs. Ensuite, «Vivre avec le sida» nous plongera au coeur des campagnes destinées à des clientèles particulières de gais (cuir, latinos, etc.), aux prostitués, aux toxicomanes, etc.
La troisième partie retrace l'histoire de l'épidémie spécifiquement à Montréal. C'est en 1985-86 que les premiers outils de prévention font leur entrée à Montréal et au Québec, avec des organismes comme le Comité sida-aide Montréal (CSAM), entre autres. «Sida et création», quant à elle, mettra en valeur les activités culturelles et artistiques organisées autour du VIH et illustrées par de superbes images.
Enfin, «Le Sida aujourd'hui» clôt l'exposition sur une note aigre-douce en traitant des derniers développements scientifiques qui permettent d'espérer des jours meilleurs, mais aussi des inquiétudes soulevées par l'augmentation du taux d'infection chez les jeunes gais américains et la croissance incroyable de la maladie en Afrique en raison de l'inaccessibilité des médicaments...
Comme complément à l'exposition, les AGQ ont pensé réserver un espace de «Commémoration» aux personnes décédées à Montréal, un endroit où les visiteurs pourront laisser des textes, photos et autres souvenirs que les AGQ conserveront par la suite. «Le décor n'est pas encore déterminé, mais ce sera simple et de bon goût, on veut que les gens se sentent à l'aise d'y laisser un souvenir et donc de participer eux aussi à cette exposition», d'ajouter Ross Higgins.
Si le Sida m'était conté... : Images d'une pandémie. Du 27 juin au 26 août à l'Écomusée du Fier monde, 2050, rue Amherst (angle Ontario). Info: (514) 528-8444. On peut aussi visiter le site des Archives gaies du Québec : www.agq.qc.ca