Maisons de retraite

Bienvenue aux gais et aux lesbiennes retraité(e)s

Denis-Daniel Boullé
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Est-ce que vous avez été marié? Avez-vous des enfants? Voilà les questions auxquelles doit répondre toute personne qui fait une demande dans une résidence pour personnes âgées. Il n’est pas toujours évident de répondre à de teles questions quand on est gai ou lesbienne. Est-ce qu'il ne vaut pas mieux passer pour un vieux garçon ou une vieille fille sans famille? Est-ce que le fait de dire son orientation sexuelle sera mal perçue par le personnel, par les autres résidents? Est-ce que les ami(e)s gais ou lesbiennes qui sont «plus voyants» pourront venir sans être jugés? Vieillir gai ou lesbienne ne fait pas disparaître comme par magie cette négociation perpétuelle de cette petite différence avec la norme. Il ne faudrait pas croire que parce qu'on est âgé, l'orientation sexuelle s'estompe au profit d'une seule appartenance, celle d'une classe d'âge.

Elle est assise dans la cuisine, en compagnie de l'aide-cuisinier, et elle relaxe tranquillement après le souper. Si elle apprécie d'être à la Résidence Alainfini et l'ambiance qui y règne, elle répond «pas un mot à dire, il n'y a rien à dire», ce qui semble dans la bouche de cette toute petite dame, le summum du compliment. Pas très loin, d'autres chambres sont ouvertes et d'autres pensionnaires regardent la télévision. Le concept est simple. Serge Brochu, le propriétaire, et Alain Dallaire, le directeur, ont créé une ambiance familiale et sont très proches des résidents. Autre concept simple et surtout sympathique : les gais et les lesbiennes sont les bienvenus. Attention, la Résidence Alainfini n'est pas réservée qu'aux gais et aux lesbiennes : elle accueille les autres résidents et la vieille dame profitant de la soirée dans la cuisine serait sûrement surprise qu'on la prenne pour une autre. Cette précision est en fait une grande différence qui a germé dans la tête de Serge Brochu, ex-infirmier en milieu hospitalier. «Quand j'étais au service des admissions, et que je posais des questions pour remplir les formulaires, je me rendais compte que certaines personnes étaient mal à l'aise, qu'elles ne savaient pas si elles pouvaient parler en toute franchise. Je me suis dit que dans les résidences de personnes âgées, cela devait être le même problème», nous raconte le directeur. «Chez nous, les personnes homosexuelles savent qu'elles seront les bienvenues. Elles n'auront à subir aucun préjugé de la part du personnel, pas plus que des autres résidents. Nous voulons que chacun se sente respecté pour ce qu'il est. Nos résidents gais peuvent ainsi partager leur expérience de vie avec les autres résidents, du fait qu'il n'y a plus la peur d'être rejeté ou ridiculisé. En plus, ils peuvent recevoir la visite de leurs amis gais sans que cela ne choque les autres résidents.» Depuis cinq ans d'existence, la résidence Alainfini a eu son lot de résidents gais, qui ont séjourné en bonne harmonie avec les résidents hétéros.
Comme l'expérience a fonctionné à une petite échelle — le Pavillon Latour des résidences Alainfini compte une quinzaine de chambres —, Serge Brochu et Alain Dallaire ont décidé de la reproduire en ouvrant une seconde résidence de plus de 30 chambres. Serge Brochu est intarissable quand il parle de l'acquisition de cet ancien bureau de poste de la rue Sainte-Catherine, dont la dernière vocation était déjà d'offrir des chambres aux ainés. Nouveau défi, pour ces deux hommes qui jugent très important d’offrir une ambiance personnalisée et chaleureuse. De nombreux travaux seront d’ailleurs réalisés pour améliorer la qualité du service offert tout en préservant la majesté de la façade donnant sur la rue. Des idées, Serge Brochu n'en manque pas. Il veut exploiter au maximum la façade arrière de la maison qui s'ouvre tout naturellement sur le Saint-laurent, plus à l'Ouest, et sur le Pont Jacques Cartier, pour le plus grand désir des résidents.
Ouverte en novembre, le Pavillon Le Château des résidences Alainfini accueille déjà une vingtaine de personnes qui, selon leur goût, peuvent choisir une chambre en fonction de son cachet particulier : des hauteurs de plafond pour les chambres du rez-de-chaussée à la pièce mansardée au troisième étage. Qu'importe les difficultés pour se déplacer, puisque l'ascenseur hydraulique laisse facilement passer le fauteuil roulant pour se rendre dans les nombreuses pièces et salons. Serge et Alain veulent recréer l'ambiance familiale, suivant l'exemple de la première résidence. Au centre de la surface de chacun des planchers sont disposées les nombreuses toilettes, douches et salles de bains, toutes à proximité des chambres. De la cave aux combles, le propriétaire ne se lasse pas de détailler les faces cachées de l’édifice : des fournaises au système sophistiqué de contrôle de l'ascenseur, en passant par le grenier idéal pour un loft ; des fenêtres condamnées à réouvrir pour donner plus de lumière aux salons du sous-sol, au coin coiffure, avec lavabo, chaise et miroir, pour la visite du coiffeur. Des grands travaux jusqu'aux petits détails, Serge Brochu veille à tout et, avec son complice et associé, propose tous les services que l'on retrouve dans les autres résidences pour personnes âgées, et même plus.
Alors, pour tout gai et toute lesbienne qui se demande comment gérer son orientation sexuelle au moment de magasiner une résidence, sachez que les deux maisons de Serge Brochu et Alain Dallaire doivent être considérées comme des alternatives fort intéressantes.
Informations : (514) 527-0122. Pavillon Latour, 3460, rue Bercy, Montréal; Pavillon Le Château, 3130, rue Sainte-Catherine Est, Montréal.