De la mouvance dans le Village

Claudine Metcalfe
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Depuis le 1er septembre, le Club Unity fait place au Arena, une boîte de nuit à la mode dont la clientèle cible est les étudiants et les jeunes qui aiment danser et s’éclater, sans regard à l’orientation sexuelle. Ce n’est donc plus un espace «exclusivement gai». L’un des propriétaires, Pierre Viens, ne cache pas que l’ouverture prochaine du Sky a forcé la décision. «Depuis la fin du printemps, nous perdions de l’argent. Il fallait faire quelque chose et la réouverture prochaine du méga complexe du Sky a précipité la décision qui est, je crois, la plus sage. Comme nous avons décidé de miser sur la clientèle étudiante — une belle clientèle qui déjà connaissait le Unity —, nous avons fait vite pour que s’y tiennent les partys de début d’année scolaire», dit-il. Est-ce que la population gaie est trop restreinte pour voir fermer ainsi la boîte de nuit qui faisait fureur l’an dernier? «Le bassin de ce type de clientèle gaie n’est en effet pas suffisant pour remplir une demi-douzaine de grosse boîtes», ajoute Pierre Viens, en rappelant que, lorsqu’il a ouvert le Sky en 1991, le California s’est vidé en deux jours! Même chose pour le Sécurité Maximum en 1989, le Mékano, puis le Business, tous des bars auxquels Viens a été associé. Il connaît bien cette clientèle. «Les gais semblent avoir un besoin de constants changements dans leurs habitudes de sorties. Ils veulent être là où se passe l’action, là où il faut être pour se sentir in». Est-il déçu de la tournure des événements? «Pas vraiment parce que je connais la game. Mais j’avoue que cette situation remet beaucoup de choses en question comme : est-ce que cela vaut la peine d’ investir autant d’argent et de se donner corps et âme pour une période si courte?» Ce qui chagrine Pierre Viens est l’attitude des gais à la suite de la transformation du Unity en établissement s’adressant autant aux hétéros qu’aux gais. «Je trouve ça très moche que les gais chialent contre nous, alors que nous sommes là en tant qu’ hommes d’affaires et investisseurs. Nous n’opérons pas un club social! Les gens critiquent, jettent le blâme, mais ils sont les premiers à avoir déserté l’endroit! Et je suis attristé de voir qu’ils sont insultés que le bar soit maintenant ouvert aux hétérosexuels. Ils serait dommage que les gais aient à leur tour une attitude d’intolérance...», conclut Pierre Viens. Qu’adviendra-t-il du pub qui, ironiquement, remportait le 7 septembre dernier, le 2e prix du choix du public du concours Commerce Design Montréal 2001? Le Pub Unity gardera une vocation de cabaret avec une formule spectacle et bar, avec des artistes invités, le tout sous les bons soins de Marleen Ménard. À surveiller!