Le Couple

Se marier ou ne pas se marier ?

Yves Lafontaine
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Si dans les années soixante-dix le couple, en tant que symbôle trop criant de la dictature hétérosexuelle, était critiqué dans les milieux homosexuels, aujourd'hui nous assistons à un retour en force de la valorisation du couple institutionnalisé au sein même de la communauté gaie. Se définir par opposition à la norme sur un point ne signifie pas qu'on le soit (ou veuille l'être) sur tous les points, même si cela est plus ou moins avouable. Évidemment, au sein même de la communauté gaie et lesbienne, certains ne sont pas d'accord avec le mariage et considèrent que, pour les gais et les lesbiennes, se marier signifierait entrer dans une des normes les plus prégnantes de la société. Pourtant, être hors d'une norme - les homosexuels n'ont pas une sexualité qui corresponde à celle du plus grand nombre et, en cela, ils sont hors-normes numériquement -, ce n'est pas systématiquement être en rupture par rapport à l'ensemble des normes ambiantes.
Dans la longue marche vers la pleine égalité entre hétérosexuels et homosexuels, le mariage représente donc - avec l'adoption et l'insémination artificielle - le dernier bastion à conquérir. La question n'est évidemment pas de savoir s'il faut se marier ou non. Loin de moi l'idée d'affirmer que les gais et les lesbiennes en couple devraient se marier. L'idée n'est pas de les forcer à se marier, mais de permettre à ceux et celles qui le désirent de pouvoir le faire. Il est inacceptable que deux personnes qui désirent s'unir officiellement et légalement devant leurs amis et leurs familles ne puissent le faire.
Dans cette vague qui déferle en Occident pour donner un cadre formel aux conjugalités gaies et lesbiennes, le Québec se taillait une place de choix en adoptant la loi 32, en 1999, qui octroyait les mêmes obligations et les mêmes droits aux conjoints de même sexe qu'aux conjoints hétérosexuels. Un an plus tard, le Canada faisait de même avec la loi C-23. Au-delà de cette avancée législative importante, ces lois prenaient aussi une valeur symbolique. Certes, le Québec et le Canada étaient prêts à ce changement, mais ces lois, et la visibilité médiatique qui les ont entourées, accéléraient un peu plus le rythme du changement, non pas dans la banalisation de nos relations, mais bien plus en leur donnant une place légale dans les champs social et politique. Le couple de même sexe recevait ainsi l'aval des plus hautes instances étatiques. Ce n'est pas rien. Une avancée sociale que les instances politiques ont encore du mal à intégrer (où sont les campagnes visant à faire connaître l'application de ces lois?) : en faisant adopter la loi C-23, le gouvernement Chrétien a cru nécessaire de rappeler que le mariage était réservé aux couples hétérosexuels.
La loi 32 autant que le loi C-23 ne sont pas parfaites et ne règlent pas tout. Pour entièrement reconnaître la pleine égalité des droits aux homosexuels, il faudra octroyer aux gais et aux lesbiennes le droit de se marier, car au-delà de la reconnaissance légale du couple, c'est la reconnaissance sociale du couple homosexuel qui est maintenant revendiquée par le mariage. Une reconnaissance qui touchera tous les gais et toutes les lesbiennes, même ceux et celles qui ne s'en prévaudront pas.