Comment faire progresser la condition homosexuelle

Atelier action sociopolitique

Cohorte Omega
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L’action sociopolitique est l’instrument qui permet de travailler à faire évoluer les choses dans le sens souhaité. À l’instar des autres ateliers, un groupe de personnes ont exprimé leur désir de mettre en place des moyens d’action ou, encore mieux, des leviers d’action qui permettent la réalisation des objectifs énoncés lors de ce colloque.

En premier lieu, il incombait de définir le sens de l’action sociopolitique voulu par la Table :

n L’action sociopolitique est l’ensemble des moyens et actions à mettre en place en vue de faire progresser la condition homosexuelle.
n La Table privilégie l’action sociopolitique non partisane. Toute association qui aurait pour but d’avantager un parti au détriment d’un autre doit être évitée. Par ailleurs, elle doit être capable de reconnaissance envers ses alliés et être aussi capable de dénoncer ceux qui feraient montre de mépris.
n La Table doit susciter les engagements de chacun des partis politiques, créer un intérêt pour la condition homosexuelle.
n La Table informe les collectivités gaies et lesbiennes des propositions de chacun des partis.
n La Table considère que la sensibilisation de l’opinion publique et la promotion de la reconnaissance sociale de l’homosexualité sont des moyens d’action sociopolitique.
n La Table valorise le « coming out » et dénonce le « outing » sauf si un gai ou une lesbienne en situation de responsabilité fait montre d’un comportement préjudiciable envers les personnes homosexuelles.

La tenue du colloque répond au principe de la planification en déterminant les objectifs à rencontrer. La tenue d’un événement semblable est l’occasion pour les participants d’exprimer leurs préoccupations et leurs souhaits. Il va de soi que tout ce qui est énoncé mérite une attention et doit faire l’objet de considérations. Toutefois, il faut privilégier certains objectifs et assurer la mise en place de moyens d’actions. Ce sera le rôle de l’action sociopolitique de travailler à la mise en place de leviers d’action capables de permettre la réalisation des objectifs énoncés.

Les échanges pendant l’atelier peuvent se résumer comme suit :

ß Autrefois, on comptait surtout sur l’intervention d’amis proches des pouvoirs politiques pour faire progresser des dossiers; de plus, on se contentait souvent d’effectuer des actions ponctuelles.
ß La Coalition québécoise pour la reconnaissance des conjointes et conjoints de même sexe, qui a œuvré à l’adoption de la loi 32, a eu le grand avantage de juxtaposer divers groupes sociaux aux organismes gais, ce qui accentuait leur crédibilité auprès de la population en général.
ß L’émergence de divers groupes de défense des droits des travailleuses et travailleurs gais à l’intérieur des grandes centrales syndicales est dorénavant un atout supplémentaire.
ß Les partis politiques, au pouvoir et dans l’opposition, se montrent de plus en plus intéressés à discuter avec nos communautés de nos besoins.
ß Il est souhaitable que des interlocuteurs hétérosexuels crédibles continuent de joindre leurs voix à nos prises de position.
ß La présence d’élus connus ouvertement comme homosexuels, tant à l’Assemblée Nationale qu’à la Chambre des Communes, est un autre avantage indéniable.
ß Il faut encourager la participation des gais et lesbiennes aux partis politiques
ß Les partis politiques devraient intégrer les questions gaies et lesbiennes dans leurs programmes officiels.
ß Les dirigeants des partis politiques devraient être amenés à exprimer leurs positions sur ces mêmes questions.
ß Le discours de certains organismes gais, faisant référence constante à notre statut de minorité, contribue à entretenir une image négative de la communauté gaie et lesbienne.
ß Le débat actuel, dans certains milieux, qui met en doute l’existence réelle d'une telle communauté gaie et lesbienne, est stérile.

Au bilan des réussites et des échecs :

ß Tout en reconnaissant que la loi 32 a contribué à aplanir beaucoup de difficultés, il subsiste de nombreuses inégalités au sein du Code civil du Québec; on peut se demander s’il y a actuellement une volonté politique des élus pour aller plus loin.
ß Marché du travail : rien n’a encore été fait pour supporter les gais et lesbiennes qui sont discriminés à l’embauche.
ß On reconnaît que les tribunaux jouent un rôle très important pour faire progresser nos droits.
ß Pour les lesbiennes, l’accès à l’insémination artificielle et la reconnaissance de la responsabilité parentale de la conjointe de la mère lesbienne sont des dossiers non réglés.

Quant aux moyens d’action

ß Le lobby est un moyen qui s’est avéré efficace pour convaincre les députés fédéraux qui s’étaient prononcés contre l'adoption du projet de loi C-23; il faudrait le réutiliser au besoin.
ß Le Défilé annuel de Divers/Cité pourrait servir de catalyseur pour faire connaître nos revendications.
ß L’Internet est un médium qu’on devrait utiliser davantage; il a l’avantage de pénétrer dans une multitude de foyers québécois.
ß Lors de grands événements futurs, il faudrait penser à inviter les intervenants sociaux tels les syndicats, les regroupements de femmes, etc.
ß Il y a un urgent besoin pour qu’un organisme ciblé devienne le porte-parole principal de la communauté gaie et lesbienne.
ß Il serait important que la Table de concertation des lesbiennes et des gais du Québec devienne membre du groupe pancanadien Egale.

Problématiques de compétence fédérale

ß Les candidats à l’immigration ou au statut de réfugiés sont victimes de discrimination s’ils sont porteurs du VIH ou du sida.
ß L’intégration au marché du travail des immigrants gais et lesbiennes ne se fait pas facilement.
ß On doit profiter des programmes d’infrastructures pour les immobilisations, telle que le futur Centre communautaires des gais et lesbiennes à Montréal.
ß Il faut voir à ce que le Ministère du Développement économique, responsable du tourisme, subventionne enfin Divers/Cité.
ß Un suivi auprès du Ministère de la santé est nécessaire quant à question de la prévention, du traitement et de la recherche sur le sida.

Solidarité et sentiment d’appartenance envers leur communauté

ß On déplore le manque de solidarité des gais et lesbiennes, en général, envers leurs organismes communautaires.
ß On souhaite que les organismes projettent une image positive et progressive de l’homosexualité.
ß On propose a création d’un groupe de travail pour trouver des solutions au financement des organismes. Des pistes de solution : création d’une fondation? récupération d’une partie des profits liés à l’argent rose? sollicitation des commerces gais?

Les réalités régionales

Un rapprochement entre d’une part, la Table de concertation des lesbiennes et des gais du Québec, et d’autre part, la Coalition gaie et lesbienne du Québec, est souhaitable.

Recommandations (Se donner des leviers d’action) :

Obtenir un engagement des partis politiques en vue de faciliter la mise en place d’un organisme de recherche et de support à la condition homosexuelle. Le statut et la forme de cet organisme demeure à établir. À titre d’exemple, il pourrait s’agir du Secrétariat québécois de la condition homosexuelle (SQCH).

Demander la nomination d’un ministre délégué à la Condition homosexuelle. Les gais et les lesbiennes constituent sans doute le seul groupe minoritaire non représenté au Conseil des ministres. Ce ministre serait responsable du SQCH.

Chercher à s’associer aux grands acteurs sociaux susceptibles de provoquer le changement tels les centrales syndicales, les groupes de défense des droits, la Fédération des femmes etc. L’exemple de la Coalition québécoise pour la reconnaissance des conjoints et conjointes de même sexe est à retenir.

Encourager les gais et les lesbiennes à militer dans tous les partis politiques et à chercher à se faire élire sans cacher leur orientation sexuelle.

Inviter la Commission des droits de la personne et de la jeunesse à dispenser des programmes d’éducation et à tenir des audiences publiques sur la discrimination systémique dans le monde de l’éducation.

Favoriser le recours aux tribunaux, un excellent moyen de lutte contre la discrimination.