Atelier action socioculturelle

Cohorte Omega
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L'atelier socioculturel a porté sur le thème de l'image médiatique des lesbiennes et des gaies. Cet atelier visait à faire le point sur la représentation des lesbiennes et des gais dans les médias généralistes et les médias gais, et à discuter des moyens d'action à entreprendre pour améliorer cette représentation et promouvoir les cultures de nos communautés. En première partie, un débat questionnant la qualité et le contrôle de l'image a permis de mettre en lumière cinq constats faisant état de la réalité actuelle.

1) Les personnes présentes se sont d'abord dites préoccupées par le manque de diversification des modèles, tant dans les médias généralistes que dans les médias gais. Cette réalité se traduit par la persistance de stéréotypes, tels que "boy toy" et "butch", dans tous les types de médias et le fait que les cultures lesbienne et gaie y soient occultées.

En ce qui a trait à la télévision traditionnelle, les participants.tes ont avancé comme exemple le manque de visibilité des gais et des lesbiennes dans la publicité et dans les téléromans québécois. Pour ce qui est de la presse écrite, l'inexistence de chroniques gaies et la réduction des questions touchant nos communautés aux simples faits divers ont été mentionnées.

Quant aux médias gais, le contrôle de la représentativité a été illustré par le fait que ces médias mettent trop souvent l'emphase sur les mêmes individus, entre autres lors d'importants débats publics, ainsi que sur les mêmes sujets et/ou événements traités. Les participants.tes ont fait ressortir que la difficulté d'exploiter une plus grande variété de représentations positives, à l'image d'une communauté lesbienne et gaie diversifiée, pouvait être associée à la méconnaissance que les gais et les lesbiennes ont de leur propre culture, outre le fait que le traitement de la couverture médiatique puisse dépendre de l'appui des commanditaires.

2) La discussion sur ce manque de représentation diversifiée a conduit à évoquer la différence
fondamentale existant entre l'image médiatique des gais et des lesbiennes véhiculée à Montréal et celle qui prévaut dans le reste du Québec.

Pour ce qui est des médias généralistes de la Métropole, les participants.tes ont noté que la façon d'y traiter les réalités gaies et lesbiennes dépendait surtout du type de médias (les médias visuels offrant plus d'espace que les médias écrits), de la langue (les médias anglophones se sont ouverts aux réalités lesbiennes et gaies depuis des années, à l’exemple de ce qui se passait aux États-Unis) et de l'orientation sexuelle du journaliste. S'il leur semble que le seuil de visibilité acceptable n'y soit pas atteint, certains.nes participants.tes reconnaissent la visibilité nationale que peuvent apporter des émissions telles que la transmission du défilé de la Fierté gaie à Quatre-Saisons depuis deux ans.

En ce qui concerne les médias gais de Montréal, si quelques-uns ont dit ne pas s'y reconnaître, d'autres, tout en concédant qu'il y avait encore beaucoup de travail à accomplir, ont souligné leur contribution à l'évolution d'une image plus positive des gais et des lesbiennes dans la société, ces médias accordant notamment une place plus importante à leurs groupes.

La présence des journaux et magazines gais ne se retrouvant que dans les grands centres urbains, il semble que l'image des gais et des lesbiennes soit beaucoup moins catastrophique à Montréal que dans les villes de moindre importance, où la seule représentation véhiculée demeure celle des médias généralistes dans lesquels on fait rarement mention des événements culturels d'importance comme le Festival Image et Nation, quand ce n'est pas l'invisibilité qui prévaut.

3) La banalisation médiatique des réalités lesbiennes et gaies en région ne fut pas sans rappeler
aux participants.tes la difficulté d'adaptation que vivent les jeunes gais et lesbiennes vivant hors des grands centres, difficulté qui s'explique notamment par le fait que les modèles reçus soient basés en grande partie sur des stéréotypes.

4) Si les participants.tes ont déploré le fait que les médias généralistes et les médias gais étaient loin d'exploiter toutes les facettes de leurs communautés, occultant du même coup leur richesse culturelle et historique, certains.nes personnes ont fait remarquer le net progrès accompli quant à leur perception de la communauté gaie. De fait, si on associait jadis les revues gaies à des revues pornographiques, il appert que ce ne soit plus le cas aujourd'hui.

Mais le débat concernant le contrôle médiatique de l'image des gais et des lesbiennes a fait ressortir qu’il existe encore une tendance à l'homogénéisation, une tendance qui s'explique davantage par le fait qu'à l'intérieur des médias gais il soit difficile d'exprimer son droit à la dissidence. Pour illustrer ce besoin d'une plus grande tribune réservée à la contre-opinion, les participants.tes ont rappelé l'accueil fait à la sortie de placard (coming out) d'André Boisclair et de Daniel Pinard, regrettant que différentes opinions sur ces "coming out" ne se soient pas faites entendre. Certains.nes personnes se sont alors demandés.ées comment il était possible de refléter toute la diversité de nos communautés, sans qu'il y ait procès d'intention, quand les gens ne participent pas à des débats dans leurs propres médias.

4) En rapport avec la difficulté de pouvoir rendre compte d'une certaine diversité, voire de faire
montre de plus de tolérance dans leurs propres médias, il n’y a pas eu de consensus. Quant à la question de savoir qui doit contrôler l'image des gais et des lesbiennes: les participants.tes ont fait valoir que cette image ne doit appartenir à personne.

Recommandations :

Pour contrer la tendance à l'homogénéisation, qui caractérise encore la représentation des gais et des lesbiennes dans les médias, les participants.tes ont proposé quatre moyens d'actions visant à rapprocher leurs communautés des médias gais et généralistes, et vice-versa, dans une tentative, d'une part, d'éduquer le public et les salles de presse par rapport aux diversités qui les caractérisent et, d'autre part, d'encourager le processus libérateur qu'est la sortie de placard (coming out).

Ces quatre moyens d'actions sont:

- Que soit créé un comité de sensibilisation des groupes de presse aux différentes réalités lesbiennes et gaies. Un tel comité n’aurait aucun mandat de censure. Il serait très souhaitable que les professionnels.les de la presse lesbienne et gaie s’impliquent au sein de ce comité.

- Que soit mise sur pied une rencontre annuelle avec la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), ayant pour but de faire le point sur les grands dossiers qui préoccupent nos communautés;

- Que soient créés des prix et des bourses d'études visant à encourager l'émergence de projets novateurs réalisés par des gais et des lesbiennes, afin de permettre une plus large diffusion de leurs oeuvres, ouvrages et/ou recherches et, inversement, de contrer la méconnaissance que nous en avons;

- Que soit créée une chaire d'études lesbiennes et gaies, justifiée par l'ensemble des raisons énumérées plus haut.