La bitch

Corps à corps

Mado Lamotte
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Je t’offrirai des croissants de soleil pour déjeuner, la la la … Le printemps est arrivé, c’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau. Les bourgeons viennent à peine d’éclorent, les oiseaux gazouillent de bonheur, les passants ont retrouvé leur sourire, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et moi je dis “Bonjour la vie !”Miaowwww ! J’ai la fièvre du printemps. J’ai rangé mes grosses bottes lunaires en poil d’ours polaire et j’ai entreposé mon beau mouton de perse synthétique chez Zirbain.Enfin, je respire. Je peux fermer le chauffage et ouvrir mes fenêtres pour aérer la maison.Hum, comme ça sent bon le printemps. Rien de tel qu’une bonne p’tite sniffe de vieilles poubelles, de crottes de chiens et de marde de pigeons pour me faire oublier le frette de l’hiver et surtout pour me rappeler que l’été n’est plus tellement loin. J’enfile une petite laine( en avril ne te découvre pas d’un fil et en mai fais ce qu’il te plait !) j’crisse ma chatte Shirley dans son pousse-pousse et je descends la Mont-Royal en gambadant comme une jeune collégienne, le cul en l’air prête à me faire renifler la rosette par le premier mâle en chaleur venu. Les vitrines des boutiques sont déjà toutes en fleurs. Tri lou lou, je m’arrête un instant pour admirer les jolies petites robes d’été chez Croteau, c’est le retour des imprimés hawaiens, youppi j’vais être à la mode cet été. Je salue un couple de moumounes sur mon passage, on discute coiffure et chiffons et j’en profite pour les inviter à mon super Bingo sur Internet le 13 mai au Sky Pub.( j’me plogue)Les hommes arrêtent pas de me regarder, mon doux dis-moi pas que j’vais pogner c’t’été!Ca doit être le pousse-pousse, ils doivent penser que je suis une fille-mère pis que j’promène mon bébé. Même les p’tites vieilles fumeuses qui trainent en face du McDo se sont faites avoir : “Oh la belle petite fille, couchi couchi, comment c’qu’a s’appelle ?”Naiseuse ! Ajuste tes doubles foyers, C’pas un bébé, c’est ma chatte, pis fais ben attention, elle est lesbienne et elle adore les vieilles suceuses de peppermint. Je rebrousse chemin en direction du Galaxie Diner où je pourrai asseoir mon steak deux minutes sur la petite terrasse en respirant la boucane des chars sur la rue St-Denis tout en sirotant un grand milk shake au chocolat (le meilleur en ville) et reposer mes mollets fatigués par trop de marche en grosses gougounes plateformes Dr. Schnoll. Seigneur, le mal de l’air vient de me pogner. Je réalise que je n’ai pas encore commmencé à chercher un nouvel appartement alors que toutes mes chums de filles ont déjà signé leur nouveau bail depuis un mois. Ste-Babine, cossé m’a faire ! J’vais encore me retrouver au mois de juillet dans ruelle en arrière de chez nous avec ma causeuse, ma télé pis ma plante caoutchouc à attendre qu’un appartement me tombe du ciel. Ste-Émilie de l’énergie laisse moi pas toute seule dans la misère, pognée pour dormir dans les vidanges du Pizza Madona !Bon ça va faire le niaisage Madeleine, fais une folle de toi, sors tes patins à roulettes pis va te chercher un trou pour nicher ta couvée.
Le printemps c’est pas seulement le retour du beau temps et la fonte des neiges. C’est aussi le retour des bourrelets et la fonte des graisses. Dire qu’il va encore falloir que je me tape deux mois intense d’aérobie, de jogging et de vélo si je veux me débarrasser de ma jeune bédaine de bière et de mon bacon de cuisses pour être capable de rentrer dans mon bikini rouge et jaune à p’tits pois et pour avoir un tant soit peu de chair ferme à exposer cet été sur le bord de la piscine de l’île Ste-Hélène. Heureusement que j’ai pas de fesses sinon j’étais due pour la liposuccion. Vas-y ma Mado, prends ton courage à deux mains et fonce ! Un dernier petit coup d’oeil dans mon miroir amincissant pour admirer mon physique de Johanne Blouin et pour constater que je n’ai plus une seconde à perdre si je ne veux pas finir mes jours chez les Weight Watchers ou sur la couverture du Lundi à raconter n’importe quoi sur ma diète miracle que je suis depuis 10 ans et qui marche même pas! 527 2427….dring dring. “Allo Katherine, c’est Mado,ça va? Moé pas pantoute! Je vieillis,chu laide, j’me trouve grosse, j’pogne pus, quand j’baise ça me prend de plus en plus de temps à venir, pourtant quand j’me crosse ça sort tout seul, j’ai quitté mon serin, j’m’ennuie, j’ai des boutons sur les fesses, le chien de la voisine pisse sur mes bégonias pis chu ben écoeurée d’entendre dire que la guenon de cirque à Jean Charrue va être notre prochain premier ministre. ( s’il gagne j’déménage viarge! Non mais, réveillez-vous bande de nunuches, c’est juste une grosse patate pillée qui dit n’importe quoi qui veut rien dire et qui fait bander les p’tites vieilles qui mouillent leur couche fiable dès qu’elles apercoivent sa grosse face rouge tomate de curé de paroisse de banlieu! ) A part ça ma catin, donnes-tu encore tes cours de Gayrobite? Quoi! 6 jours par semaine. Tu vois ben qu’est folle! C’est super. Attends-moi, je saute dans mon short en ratine de velours, j’enfile mon t-shirt “Pussy Power”, je chausse mes running shoes Pepsi pis je m’en viens faire des stepettes avec tes tapettes!Aussitôt dit, aussitôt fait.
Lundi soir, 19h30, dans un grand local blanc hopital, une cinquantaine de personnes ( 48 moumounes et 2 filles perdues qui étaient venues pour le cours de claquette ) attendent impatiemment l’arrivée de leur diva, Katherine St-Jean, la prof d’aérobie la plus flyée en ville qui en à peine une petite heure et demi va réussir à nous faire croire que d’ici quelques semaines nos corps mous de mangeux de hot-dogs steamés alldress pas d’oignons vont se transformer comme par magie et qu’on va tous se retrouvrer avec des pectoraux de super-héros, des abdominaux de nageurs et des cuisses de belle pouliche. Si vous voulez savoir, dans mon cas, ça risque plus de ressembler à des totons de fille de 8 ans, à une bédaine d’Homer Simpson pis à des cuisses de poulet frit Kentucky! Heureusement, j’ai cru remarquer que je n’étais pas la seule qui avait profité grassement des partys du temps des fêtes et du chocolat de Pâques. Tant mieux, ça m’encourage. Attention,la prof vient de faire son entrée de star; p’tit kit d’aérobie techno vert limette ( j’y dis tu que les années 80 sont finis?) grande couette blonde de Barbie Girl, corps de Spice Girl et sourire Close Up. 1,2,3,Go, c’est parti mon kiki. “Je suis prête. Etes-vous prêts?” Premier réchauffement, les fifs sont en forme, ça crie, ça hurle, ça gigote, non mais tu vois ben qui sont folles! Génial, enfin du monde trippant, pas des poteaux de club qui ont peur d’avoir des ronds de sueur en d’ssous des bras pour pas salir un de leur 22 t-shirts blancs Calvin Klein. La musique part et l’hyper active en avant gueule les mouvements à exécuter dans son petit micro Fisher Price: “ break vine-jumping jack-shuffle-en avant-en arrière-tournez à gauche-à droite-une jambe en l’air-plus haut-encore plus haut…” Wooh back Gina! Chu pas Josée Lavigeur moé là! Ca faisait même pas cinq minutes que le cours était commencé que j’avais déjà hâte au break. “ On continue, j’accélère le rythme, deuxième chorégraphie, c’est le Rap de Minifée, c’est la toune à Mado,aaaaah! Vas-y Mado montre-nous que t’es capable!” Quoi! J’ai déjà assez de misère de même à me souvenir des paroles pis tu voudrais que je me mettes à danser en plus de ça? Non, non, non, non, non!!! J’me sens mal de pas suivre, me semble que tout le monde me regarde. Ca fait que j’me rentre le ventre, j’me remonte les boules pis je prends une grande respiration et j’embarque dans le tas. C’est pas grave si chu toute mêlée dans mes mouvements pis que j’me trompe. J’pars pas du bon bord, j’fonce dans le monde, j’ai l’air d’une vraie nouille, la fille à côté de moi est crampée, les gars me font des sourires, moi je regarde les bizounes r’voler dans leur p’tits shorts Adidas, j’rentre dans le miroir, ayoye! Ca rit, ça crie, ça tape des mains, le party est pogné ben raide, c’est quétaine, j’aime ça pis j’trippe au boutte. J’m’en côlasse si chu toute fuckée, chu pas la seule. Juste comme je pensais que c’était fini, on sort le Step, ça recommence, monte, descend, monte, descend (aye, ça pogne dans le gras de jambe c’t’affaire-là.) passe par dessus, saute, virevolte, pirouette, tourniquette, y’en a même une plus folle que tout l’monde qui fait du Ballet Jazz sur son Step! Naturellement, chu encore toute à l’envers, je m’enfarge dans ma marche, je r’vole sur la fille d’à côté, on s’ramasse à quatres pattes à terre, on part à rire, on se relève et on continue. Envoye la smatte, t’as voulu maigrir, faire de l’exercice, t’entrainer pour faire ta fraiche la bédaine à l’air dans les clubs cet été. Ben endure ma noire, que j’me suis dit. J’commence à avoir chaud, je sue comme une truie, ouach y’en a un qui me dégoûte dessus, viarge que ça sent le yable tout à coup, on dirait un vestiaire de joueurs de hockey. Force m’est de constater mesdames qu’un homme sera toujours un homme, staight ou gai, quand ça sue un homme ça pue! Une chance que ça m’excite. C’est correct de sentir le sûri, ça fait sortir le méchant, la graisse de patates frites pis toutes les cochonneries que j’mange. Cette bienfaisante séance de shakage de gras va se terminer couchée par terre sur le plancher sale, dans les sueurs de gras de boeuf à se détendre en écoutant de la musique de film que la maitresse s’amuse à nous faire deviner. Ah mes enfants, quelle belle aventure! Mais cette expérience ne serait pas complète sans le traditionnel Club Sandwich et la poutine de L’Avenue que j’me tape après le cours avec Katherine et ma chum Manoune. Ah, pis au yable le corps de mannequin, chu pas venue icitte pour réaliser l’impossible, j’étais là pour avoir du fun. Pis croyez-moi mes enfants, j’en ai eu en tabaslack! La morale de cette histoire: Mieux vaut être bien dans sa peau que mal dans la peau d’un autre. Allez, trippez mes chéris, c’est le printemps viarge!