Un potentiel de croissance immense

André-Constantin Passiour
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Les intervenants touristiques régionaux sont unanimes : Montréal est une destination de choix pour les touristes gais. Depuis plusieurs années, cette clientèle, quoique difficile à évaluer avec précision, est de plus en plus présente aux événements organisés par le BBCM et Divers/Cité. Ces derniers bénéficient maintenant de l'appui financier et technique de Tourisme Montréal et de Tourisme Québec pour promouvoir leurs événements. On veut ainsi vendre la métropole, la province, notre esprit de tolérance et mousser Montréal comme l’une des cinq premières destinations urbaines gaies au monde!

En 1994-95, les intervenants touristiques prenaient connaissance de cette clientèle. «Une niche de 16 millions de gens en Amérique du Nord seulement. Un marché qui représente 47,3 milliards de dollars américains, soit 10 % des revenus de l'industrie du tourisme», a indiqué le vice-président de l’Office des Congrès et du Tourisme du Grand Montréal (mieux connu sous le nom de Tourisme Montréal), Jean B. Chrétien, lors de la première Conférence internationale sur le tourisme gai et lesbien qui se déroulait à New York, en avril dernier.
«Les destinations ne se trouvent pas des marchés parce que ces marchés se trouvent déjà une destination. Autrement dit, on ne réinvente pas la roue : Montréal était, d'avance, une destination gaie et on n'a fait qu'embarquer pour appuyer ce phénomène et [...] on a voulu essayer d'encadrer l'offre touristique gaie», de dire Jean Bouffard, chef de pupitre pour les États-Unis et responsable du marché gai à Tourisme Québec.
C'est dans cette optique que ces deux institutions, avec des partenaires tels que la Commission canadienne du tourisme (CCT), l'Office du Tourisme et des congrès de la Communauté urbaine de Québec et Air Canada, ont multiplié les opérations auprès de l'industrie et de la communauté gaie américaine. Participation aux événements de l'IGLTA (International Gay & Lesbian Travel Association), étude de marketing réalisée par Community Marketing (de San Francisco), participation aux deux salons annuels de New York et San Francisco mis sur pied par cette entreprise et tournées de familiarisation avec des journalistes de magazines gais pendant Divers/Cité et le Black & Blue, toutes ces activités ne représentent que quelques exemples des efforts consentis par les deux intervenants.
En 1999, le Black & Blue a attiré entre 8 000 et 10 000 touristes sur les 17 000 personnes qui y ont participé. Cela signifie qu'au bas mot, 40 % de la clientèle est constituée de touristes, en majorité des Américains, et ce pourcentage grimpe à près de 60 % lors du Bal en Cuir! Ces gens laissent sur la métropole près de 25 millions de dollars. La semaine intense de Divers/Cité, avec son demi million et plus de fêtards, a attiré 48 000 visiteurs qui ont saupoudré des sommes totalisant un autre 20 millions de retombées économiques sur la ville.
La stratégie des institutions vouées au tourisme n’est donc pas de créer des événements pour attirer les touristes gais, mais de cibler la clientèle en partenariat avec des groupes qui, eux, organisent : tournées de promotion, participation à des salons et gay pride, publicité dans les magazines, etc.
Mais combien de touristes est-ce que toutes ces opérations génèrent? «Il n'y a pas de chiffres officiels par ce qu’on ne demande pas aux tourismes s’ils sont gais en passant les douanes, de dire le responsable du marché gai à Tourisme Montréal, Jean-François Perrier. En termes de chiffres, on ne peut pas identifier les touristes gais, mais on les évalue à au moins 10 % du total.» Montréal a reçu plus de 9 334 000 vacanciers, en 1998, qui ont dépensé 1 768 millions $. Plus de 176,8 millions $ seraient donc attribuables à cette clientèle!
«Nous ne sommes pas encore capables de quantifier ce marché, mais nous sommes en croissance concernant les États-Unis. Nous avons une moyenne de +11 %, alors que même l'Ontario est dans le négatif. Donc, nous savons qu'il faut continuer», explique M. Bouffard.

Stratégie plus agressive
L'objectif des deux palliers est simple : poursuivre ce qui a été accompli tout en étant encore plus présent sur la scène nord-américaine et internationale.
Il ne faut donc pas se surprendre de trouver une publicité annonçant le Festival international de jazz de Montréal... dans Advocate (9 mai 2000), avec pour partenaires Tourisme Montréal, le Casino de Montréal et Info Jazz Bell! Il en sera de même pour la programmation Queer Comics du Festival Juste pour rire.
On veut donc diversifier la clientèle : «Les partys attirent une certaine clientèle, mais il y a les volets culturel et gastronomique qui attireraient des gais plus scolarisés. Il y a aussi le secteur sportif qui est à explorer. D'ailleurs, Robert Vézina [le président du BBCM] l'a compris et s'implique dans le comité de candidature des Jeux gais de 2006», note le responsable du Comité tourisme à la Chambre de commerce gaie (CCGQ), Fernand Godfrind.
Tourisme Montréal réalisera une première sous peu en participant au gay pride de San Francisco avec un char allégorique annonçant la candidature montréalaise pour 2006! «À partir de cet été, on croisera les actions du Comité 2006 et de Tourisme Montréal pour ne pas dédoubler le travail», confie M. Perrier, qui siège sur le conseil d’administration de ce comité.
En plus de la production d'une brochure sexy ventant les activités gaies de Montréal, Tourisme Montréal a ajouté des pages à son site internet (www.tourisme-montreal.org) et il suffira de cliquer sur le drapeau arc-en-ciel. Avec tout cela en main, Tourisme Montréal, avec la Ville de Québec et Tourisme Québec, participeront à un circuit de séminaires, Sizzling Cities, organisé dans six villes américaines par divers bureaux de tourisme européens et australien. Sizzling Cities vise essentiellement les grossistes et les agents de voyages s'intéressant au tourisme gai. «Cette invitation constituait la reconnaissance du Québec par ses pairs comme une des principales destinations gaies de la planète», indique Jean Bouffard.
Et c'est exactement ce que veulent faire tous ces partenaires : «Positionner Montréal parmi les cinq grandes destinations gaies urbaines au monde, aux côtés de San Francisco, Londres, Sydney et Amsterdam», souligne Jean-François Perrier. La prochaine étape, c'est donc la conquête de la clientèle de la Côte ouest américaine et, éventuellement, l'Europe. Tout étant une question de compétitivité, ce n'est pas un hasard si on va au gay pride de San Francisco et non à celui de la Grosse Pomme : c'est que Sydney charme plus les Californiens, liés à l'Australie par le Pacifique...
Il est clair, d'ores et déjà, que cette niche continuera d'être importante même à long terme parce que les gais aiment et apprécient ce que Montréal a à leur offrir et aussi parce qu’il y a probablement une ouverture d'esprit des institutions que l'on ne retrouve pas ailleurs. This ain't Texas! (traduction : On n’est pas au Texas).

 

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Publié le 04 février 2002

par André-Constantin Passiour