Rencontre avec Charles Lapointe

À la fine pointe du Tourisme

Denis-Daniel Boullé
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Charles Lapointe est une figure non seulement de Montréal, mais dans l'ensemble du Canada. Plusieurs fois ministres, dont celui du tourisme, puis aux relations extérieures, il possède de plus une connaissance des milieux d'affaires, puisqu'il fut plusieurs années vice-président chez Lavalin. Charles Lapointe est un passionné et, comme tout passionné, il sait faire partager sa passion aux autres. Son arme la plus redoutable et la plus douce, mais, de fait, la plus efficace : la séduction. Pas étonnant que ce même mot «séduction» revienne si souvent dès qu'il est question de stratégie pour promouvoir le tourisme à Montréal. À la tête de Tourisme Montréal depuis 1994, Charles Lapointe a eu, dès son arrivée, l'idée toute simple, mais encore fallait-il y penser, de développer le tourisme gai à Montréal.

1994, ce n'est pas si loin. Mais à cette époque les termes «argent rose» et «niche gaie» ne faisaient pas partie du vocabulaire des gens d'affaires ou des gros titres de dossiers dans les magazines. Le concept même de «marché niche», de «clientèle cible» n'est pas encore dans le programme d'études en marketing. Comme le rappelle le président directeur général de l'Office des congrès et du tourisme du Grand Montréal : «L'approche était encore géographique, on ne parlait pas en terme de segmentation du marché. Quand j'étais ministre du tourisme, on se demandait comment attirer les Français, les Anglais ou les Américains. Les choses ont changé, les catégorisations aussi, on parle aujourd'hui du tourisme d'affaires, familial, gai, etc.»
L'idée de s'intéresser à la clientèle gaie a eu l'effet d'une petite bombe au sein de l'équipe de l'Office. Mais, une fois la surprise passée, et surtout une fois les premières données recensées, l'idée de Charles Lapointe prenait tout son sens.
«Ma démarche était intuitive et ne s'appuyait sur aucune recherche scientifique, je n'avais aucun chiffre à proposer, mais je m'étais inspiré du fait suivant : San Fransisco est une destination privilégiée pour les gais américains, pourquoi Montréal ne le serait-elle pas pour l'Amérique du Nord?» raconte, avec une réelle modestie, Charles Lapointe. «Je regardais aussi comment le milieu gai évoluait à Montréal. On voyait se construire le Village, avec le déplacement des établissements de l'Ouest vers l'Est, et on pressentait le dynamisme de cette communauté.»
Grâce à des recherches menées par ses collaborateurs — car Charles Lapointe répète souvent que, sans l'engagment de son équipe dans ce projet, rien n'aurait pu avoir lieu —, des sommes d'argent vont être consacrées chaque année à la promotion du tourisme gai.
Les grands événements comme Divers/Cité ou le Black & Blue deviendront les cartes d'affaires à partir desquelles on pourra vendre Montréal comme ville de villégiature rose. «En 2001, ce sont 400 000 $ qui seront réservés à ce marché niche, le plus important des budgets pour un marché spécifique», souligne Charles Lapointe. Le but recherché est de positionner Montréal sur le marché international au même titre que des grandes villes comme Londres, Paris, Berlin et Amsterdam.
Pari en voie d'être gagné si l'on en croît les derniers chiffres. On vient de plus loin, on reste plus longtemps, on dépense énormément. Car Montréal n'offre pas aux touristes gais que le Village ou quelques événements annuels. La ville possède d'autres charmes et d'autres intérêts qui peuvent séduire une clientèle spécifique, dont un de taille, l'ouverture d'esprit et l'accueil de la population. Montréal est une ville sécuritaire pour les gais, même en dehors du Village.
Si Montréal est de plus en plus connue comme destination alléchante de la planète rose, l'équipe de Charles Lapointe ne s'endort pas sur ses lauriers. Il y a encore du chemin à faire pour consolider les réalisations actuelles. «L'esthétique du Village s'améliore, et l'Association des commerçants du Village s'emploie à y remédier, continue Charles Lapointe. Il reste encore à trouver un type d'événements qui vont attirer la clientèle l'hiver. Et là, on ne parle plus seulement de la niche gaie, mais de tous les segments de touristes. Le Festival Montréal en Lumières, qui en sera à sa IIIe édition, devrait attirer aussi des touristes gais.»
Charles Lapointe est confiant en l'essor de ce marché dans les années à venir et compte sur les jeux de 2004, tout comme il fonde des espoirs sur l'obtention des jeux gais de 2006 pour donner le goût à tous les gais de venir faire un tour à Montréal. L’homme au sourire chaleureux et au regard malicieux, qui ouvre les portes de tous les ministères, qu'ils soient fédéraux ou provinciaux, grâce à sa longue expérience en politique, doit bien encore avoir quelques cartes majeures à tirer de son chapeau. Il entretient une grande complicité avec la communauté gaie et lesbienne de Montréal, espère que l'arc-en-ciel qu'il veut accrocher au-dessus de la ville, se verra de l'autre côté du globe. Pour Charles Lapointe, sky is the limit.

 

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À la fine pointe du Tourisme

1994, ce n'est pas si loin. Mais à cette époque les termes «argent rose» et «niche gaie» ne faisaien (...)

Publié le 04 février 2002

par Denis-Daniel Boullé