Maternités lesbiennes, un livre sur les mères lesbiennes

Claudine Metcalfe
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Pour la plupart des gens, élever un enfant dans une famille lesbienne ne va pas de soi,c’est une réalité qui dérange et déstabilise. Le livre de Nathalie Ricard, Maternités lesbiennes — un mémoire de maîtrise couronné du grand prix de l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF/UQUAM) —, démontre qu’il y a place pour une famille différente. Elle même conjointe d’une maman lesbienne, Nathalie Ricard a décidé de se consacrer à ce sujet après avoir constaté qu’il a fait l,objet de peu de recherches sur le sujet en français. «Il y a eu beaucoup de travail de débroussaillage à faire... Il faut le dire, il y avait beaucoup de préjugés, même au niveau universitaire», déplore-t-elle. Heureusement, les résistances se sont estompées avec le temps, et son travail a très bien été reçu par ses pairs. L’objectif de Nathalie était de comprendre où se situait l’identité des lesbiennes à travers la mouvance sociale. «J’ai été témoin de lesbiennes qui parlaient de leur vécu comme mères lesbiennes ou comme conjointes de maman lesbienne. À partir d’entrevues individuelles, de témoignages, de discussions de groupe, d’ateliers, de tables rondes, de forums axés sur la question, l’auteure a constaté que si certaines femmes le vivaient très ouvertement, bien des femmes rencontrées étaient encore dans le placard ou étaient complètement cachées. Lors des entrevues, la diversité des réalités a d’abord étonné l’auteure. Une diversité très marquée, qui dépend de la manière dont la lesbienne est devenue mère : dans le cadre d’une relation hétérosexuelle; à la suite d’une rencontre hétérosexuelle fortuite; par adoption; par insémination artificielle avec un donneur anonyme ou avec la présence ou non du père biologique dans le décor; avec, à ses côtés, la présence d’une conjointe ou comme célibataire; etc. «J’ai eu le goût de parler de familles lesbiennes plus que de mères lesbiennes. C’est un thème plus englobant, bien que le terme, ainsi utilisé, soit réducteur, parce qu’on met tout à coup une sexualité sur le mot famille», explique Nathalie. Il est plus correct de parler d’enfants que prennent en charge des lesbiennes. Il faut rappeler qu’une famille est une cellule intergénérationnelle. Des lesbiennes pourraient, par exemple, s’occuper de leurs parents et seraient une famille lesbienne. Mais, dans le livre, il est question uniquement d’adultes responsables d’enfants, dont la particularité est que ces mères sont lesbiennes. La reconnaissance de cette nouvelle réalité sera peut-être le prochain cheval de bataille du militantisme homosexuel. «Avec la reconnaissance du conjoint de même sexe, le couple est reconnu, mais pas la filiation qui échappe à cette reconnaissance sociale. Cette situation n’est évidemment pas idéale pour l’enfant», explique Nathalie. Pourquoi n’y a-t-il pas eu de mobilisation des parents gais? «La réalité des pères gais est souvent fort différente de celle des mères gaise. La majorité des pères n’ont souvent pas la garde de leur enfants, remarque Nathalie. Par ailleurs, il n’est pas donné à tout le monde de monter aux barricades, de se lever devant le Comité d’école et de prendre la parole, puisqu’en faisant sa sortie, sortant du placard, on sort également sa conjointe du placard et surtout les enfants. Ce n’est pas facile.» Le mouvement des femmes doit se solidariser ainsi que les militants gais pour aider la reconnaissance de la famille.