Témoignage

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Ce texte d’une jeune lesbienne de 17 ans, étudiante dans un collège privé de la région de Montréal, nous est parvenu par courriel récemment. Ce réçit du processus parfois difficile de la sortie du placard en milieu scolaire se veut un cri d’encouragement et de soutien à tous ces jeunes qui sont eux et elles aussi dans la même situation. Tumulte quotidien au secondaire
Découverte, acceptation, coming out

Tout a commencé lorsque, ma copine et moi, nous avons annoncé ouvertement que ce n’était pas l’amitié qui nous liait. Près d’un mois passé dans l’ombre, notre couple avait besoin d’éclater au grand jour. Inutile de vous spécifier que la nouvelle n’a fait qu’un feu de paille. Cette annonce, tombée dans les mains de personnes que nous croyions à l’époque nos amis, ne resta guère longtemps dans la noirceur. S’ensuivit une série d’événements qui nous prouvent, encore une fois, que les jeunes de nos jours ignorent tout de l’homosexualité.
Rumeurs, moqueries et hypocrisie, voilà ce qui nous attendait lorsque nous mettions les pieds à l’école. Inévitable. C’était du jour après jour. Dès ce moment, ce fut le sujet de divertissement. Traitées de bêtes de cirques et essuyant les insultes les plus ridicules, nous avons vécu dans ce fléau d’ignorance pendant près de 3 mois. Après, l’accalmie. Nous avons cru, à tort, que certains avaient compris et que les esprits échauffés à la vue de l’homosexualité s’étaient tempérés. Les plus silencieux et les mieux placés se sont à leur tour réveillés. Victimes d’un complot complètement loufoque, nous avons appris de la bouche d’un responsable que nous nous étions données en spectacle, dans les toilettes. Quelle surprise, avons-nous eue!! L’éducateur, visiblement mal à l’aise, nous a demandé de découdre nos mains et de garder ces simples baisers pour la chambre à coucher. Quoi de plus ahurissant, lorsque, dans cet établissement privé, les élèves sont soumis à un code relié au respect, l’intégrité et à l’authenticité de la personne! Nous étions basourdies, frustrées et complètement révoltées. La tâche de sensibiliser l’entourage et lui faire ouvrir les yeux sur cette réalité devenait encore plus ardue si nous devions, en plus de convaincre les élèves, convaincre la direction. Incroyable!! Les jours qui ont suivi ont été remplis de discussions. Menaces de dévoiler cette affaire aux journaux, statistiques révélatrices sur le sujet, rien ne pouvait nous arrêter. Parents et amis derrière nous, nous combattions cette innocence afin de préparer, peut-être, la voie aux générations futures. Après quelque temps, se rendant à l’évidence, le trio dirigeant admit avoir fait une erreur. Cependant, aucune excuse. Jamais nous avons été rappelées dans ce même bureau qu’il y avait quelques jours, pour des excuses. Tu avales, tu souffles et tu continues. Les élèves, les profs et la direction, visiblement touchés par cette prise de «conscientisation», ont eu le profil bas pendant un certain temps. Ensuite, ce qui devait arriver, arriva. Le tourbillon d’insultes, de regards et de moqueries gronda de nouveau. Les élèves, majoritairement plus jeunes, se sont mutuellement influencés, cultivés afin de nous faire sentir la haine qu’ils pouvaient entretenir envers l’homosexualité. Du côté de la direction, on a pris aussi sa revanche… Lorsque nous avons lancé nos mortiers le 6 juin dernier, nous avons compris que ce petit pas était pour nous très grand. Croyant en nous plus que jamais, nous sommes maintenant prêtes à affronter une nouvelle étape. C’était l’aboutissement de 5 mois durs et éprouvants.
Avec tous ces évènements échelonnés sur 5 mois, nous nous sommes construit une carapace. Garder toujours la tête haute et ne jamais baisser les bras. Lorsque nous avons vu, dans le Fugues du mois de juin, la campagne de sensibilisation que le Gai Écoute prévoit tenir dans les écoles, nous avons senti le besoin de nous exprimer. Notre message est clair. Étudiants en région et dans les milieux difficiles, ne cessez pas le combat. Gagnez-le! Bref, informations, intégrité et authenticité, voilà ce qu’on doit toujours préconiser. Cela nous apprend une chose : jeunes, moins jeunes, vous vous devez toujours de vous sentir habité(e)s, habiter par la fierté d’être gai(e)s.