Rencontre avec des acteurs de la porno

Quand je serai grand, je serai acteur... porno

Denis-Daniel Boullé
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Ils ont choisi de livrer leur corps à une caméra. Disparues, toutes les barrières de la pudeur pour exposer ce que la plupart des autres préfèrent montrer dans l'intimité. Ils donnent à voir leur anatomie en gros plan. Appât du gain, exhibitionnisme, fantasme de baises avec de beaux mecs, les motivations qui poussent un gars à faire tomber ses vêtements et ses inhibitions sont nombreuses et ne s'encombrent plus d'une quelconque morale. Il n'y a pas d'école d'acteurs pornos : l'apprentissage se fait sur le terrain, à condition d'avoir quelques prédispositions qui dépassent une plastique photogénique. «J'ai toujours été exhibitionniste de nature, et c'est après quelques séances de photos que l'on m'a proposé de faire un film», nous confie Michel Mattel, le policier dans Alex et Bruno, la dernière production québécoise. Ou encore, il faut avoir une grande dépendance au sexe, comme le souligne avec humour Nino Bacci. «Je pense qu'on peut m'appeler un sexaholic.»
Au départ, il y a toujours le désir de réaliser un fantasme. «J'y pensais depuis longtemps, je trouvais que c'était une forme d'art et surtout une expérience excitante», explique Xavier, qui aura son baptême du feu dans la prochaine production de Priape Video. «Je n'ai aucune expérience, ni comme danseur nu, ni comme modèle photos. Je ne connais rien à ce milieu». À moins d'une semaine du premier tour de manivelle, Xavier a hâte de se retrouver sur le plateau. La marche est parfois haute entre les attentes et la réalité, comme le raconte Michel Mattel. «La première fois, j'étais extrêmement nerveux et le plaisir n'était pas présent.» Les difficultés survenues ne l'ont toutefois pas empêché de récidiver. «Je désirais être mannequin, mais du haut de mes 5’ 9’’, ce n'était pas suffisant pour un gars. Je voulais vraiment être reconnu car on ne cessait de me dire que je paraîssais bien. J'ai donc décidé de gagner ma vie en vendant mon image.»
La recherche de la notoriété n'est pas toujours la motivation qui pousse les acteurs pornos à imprimer leur intimité et leurs prouesses sexuelles sur une bande vidéo. «Je n'ai jamais pensé devenir une célébrité, mais je suis flatté quand quelqu'un me reconnaît et très reconnaissant d'avoir des fans qui aiment mon travail», affirme Nino Bacci. Pour Xavier, la question ne se pose pas encore. D'ailleurs, il n'envisage d'en faire un métier, et a des doutes sur la notoriété qu'un seul film pourrait lui apporter. «J'ai un bon emploi, et le film relève de ma vie à l'extérieur du travail. Je ne pense pas que mes collègues l'apprennent», pense-t-il. «Mais je n'ai pas encore réfléchi à cette question-là. Si, après la sortie du film, je suis reconnu dans la rue, je ne pense pas que cela me dérangera. Je n'ai pas envie de me cacher non plus, et je pense que je vivrai très bien avec cette image.»
Cette reconnaissance, si minime soit-elle, peut avoir des répercussions sur la vie privée. Elle a entraîné des modifications dans la vie de Nino.
«Maintenant, je fais très attention à ce que je fais et avec qui je le fais», affirme-t-il. Au contraire, Michel Mattel a décidé de passer outre les contraintes de cette reconnaissance. «J'adore sortir, et je sors toujours avec mon accolyte... un vrai chum de bingo, pour rire et avoir du plaisir en se foutant un peu du regard des autres. On remarque souvent que les gens parlent à voix basse quand ils me reconnaissent dans un bar ou dans un café, mais cela ne nous dérange pas.»
La lucidité est de mise quand il est question du versant plus sombre du monde de la porno. Les tentations sont grandes lorsque l'on vit dans un monde artificiel et en marge. «Je fais toujours très attention de ne pas me faire prendre par la drogue et les parties, et c'est pourquoi je suis toujours très heureux de revenir à Vancouver, redescendre sur terre, après la vie frénétique de L.A.», dit Nino en manifestant un peu d’inquiétude. «Je pense à cela tout le temps pour éviter de tomber dans tous ces pièges». La consommation serait plus liée au mode de vie qu'au métier d'acteur porno. Michel Mattel sortait dans les bars branchés et voyageait beaucoup avant de tourner son premier film en 1997. «Les drogues étaient déjà inévitables, et il n’y avait pas l'ombre d'un doute qu'il y en aurait quand j'ai commencé à tourner. Ce qui est très important, c’est les amis, car sans eux, tu peux effectivement te monter la tête et te faire du "cinéma". Les amis sont là pour te ramener sur terre et pour partager le peu de succès que tu peux rencontrer durant une période de ta vie.»
Eh oui ! Un brin de réalisme est nécessaire pour réaliser que ce type de carrière est éphémère. Comme tous les métiers axés sur la jeunesse et la beauté, les acteurs pornos doivent préparer leur sortie, sachant que l'approche de la quarantaine sonne le glas de leur carrière, surtout quand celle-ci s'est construite sur le look jeune adulte post-pubère. Sans oublier qu’une surexposition vous démode en deux trois ans. Nino Bacci a conscience de la fragilité de cette célébrité. «Je suis assez heureux de vivre cela et je profite du plaisir pendant qu'il est là, car je garde à l'esprit que tout cela peut s'arrêter demain». La retraite ne semble pas arrivée pour ce Canadien qui enchaîne tournage sur tournage sous la direction de Chichi La Rue.
Michel Mattel, lui aussi, sait très bien que les films n'auront qu'un temps. «Je n'ai pas l'intention de de faire de la porno toute ma vie. Je sais qu'un beau jour, les producteurs ne m'appelleront plus. Alors je veux m'arranger pour que ce soit moi qui ne leur retourne pas leurs appels. J'ai d'autres rêves que les films pornos et je compte bien les réaliser.»