Le tennis : un sport exemplaire

Claudine Metcalfe
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Si la natation et le patinage artistique semblent être les sports de prédilection des gais, le golf, le tennis et le vélo semblent de leur côté avoir la préférence de bien des lesbiennes. Nous vous parlions récemment de l’intérêt des lesbiennes pour le golf. Cet intérêt n’égale cependant pas leur engouement pour le tennis. La popularité de ces sports pour les gais ou les lesbiennes est intrinsèquement liée à la sortie de plusieurs athlètes dans chacune des catégories. Tennis rime avec lesbienne depuis fort longtemps grâce à Billie Jean King, dont tout le monde se doutait de l’orientation (elle a fait sa sortie en 1998 après des décennies de déni) et surtout avec la sortie de Martina Navratilova.
Déjà très populaire dans les années 60 et 70, le tennis a connu un regain extraordinaire auprès des lesbiennes avec la sortie de Navratilova en 1981, après une grande victoire au US Open sur son éternelle rivale et très hétéro Chris Evert. Elle a pris sa destinée en main et fait son coming out avant que les médias ne s’en chargent. Déjà, les quelques années qui ont précédé cette sortie ont été dévastatrices pour l’Américaine. Les pires médisances pouvaient se lire, surtout dans les médias français. La puissante ATP, (l’association des journalistes de tennis) s’en donnait toujours à cœur joie dans leurs éditoriaux, et le cas Navratilova les titillait. On le sait, l’industrie du sport-spectacle est une affaire de gros gros sous, et les cancans, les potinages et même les calomnies l’alimentent.
Pour Navratilova, les répercussions de ces médisances atteignirent les courts. Les Français la trouvaient trop musclée, trop carrée, trop virile, pas assez minette finalement! Les rumeurs allaient bon train et la concentration de la championne s’en ressentait. Elle a pourtant fait certaines concessions pour plaire aux journalistes : look rafraîchi, plus d’émotions, larmes après des défaites, perte de poids, nouveaux vêtements...
Bien qu’elle trouvait refuge dans les milieux lesbiens, cela ne suffisait pas. La pression était trop forte, elle a devancé les journalistes avec une sortie courageuse et digne, ce qui a freiné les mauvaises blagues. Son commanditaire, Puma, s’est par contre retiré. Peu de temps après, elle prenait sa retraite. En juin dernier, quelle ne fut pas la surprise de la revoir à Roland-Garros! Amincie, en forme plus que jamais, l’athlète a servi un magnifique spectacle. Elle jouait en double avec Mariaan de Swardt. Le sport a connu une autre heure de gloire dans le milieu lesbien! Et toutes les lesbiennes du monde ont vécu ce retour comme un pied-de-nez à l’establishment.

Le délire francais
Les lesbiennes de France sont presque toutes des fans de tennis. En juin, lors du tournoi de Roland-Garros, on ne parlait que de tennis dans les cafés. Navratilova est une déesse, d’autant plus que la presse la dénigre encore. Pour les lesbiennes, elle représente la force et le courage de l’affirmation. Son implication pour les causes sociales gaies en font une icône. Il faut dire que Navratilova a plus que fait sa sortie, elle est devenue militante. «Nous devons êtres fières de ce que nous sommes, et le secret n’est pas compatible avec la dissimulation», lance-t-elle dans tous ses messages.
La sortie d’Amélie Mauresmo en janvier 1999 n’a fait que redorer le blason du tennis. La belle et jeune athlète, espoir de la France, a fait sa sortie en douce en Australie. À part Martina Hingis, qui s’est moquée d’elle, et Anna Kournikova (qui a fait couler beaucoup d’encre lors de son récent passage à Montréal), qui a pris sa défense, peu de réactions dans le merveilleux monde sacro-saint du tennis international, même si à la WTA (l’association internationale des joueuses de tennis),on l’avait avertie de demeurer discrète. «Je l’ai fait pour ma blonde. Cacher mon homosexualité serait comme renier mon amour pour Sylvie», disait-elle en entrevue au magazine français Têtu.
Sa déception a été de constater que les autres joueurs et joueuses homos n’ont pas été solidaires et sont demeurés silencieux. Les amateurs, et les lesbiennes en particulier, ne cessent de l’aimer : Amélie la vraie, la passionnée, la fonceuse, la téméraire qui bouffe avec appétit du junk food. Une star, une idole, un modèle.