Politique et séropositivité : un adjoint de Gilles Duceppe fait sa sortie

Pierre-Paul Roy

André-Constantin Passiour
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À part François Blais, l’ex-animateur de télé du Ruban en Route , rares sont les personnalités qui ont décidé d'en parler publiquement. Pourtant, le sida est là depuis déjà longtemps. Le 1er décembre dernier, entouré d'amis du parti, Pierre-Paul Roy, chef de Cabinet adjoint au chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, fait une déclaration sur sa séropositivité. Loin de rechercher le vedettariat et le sensationnalisme, M. Roy le fait plutôt pour tous ceux qui ne peuvent le faire, qui vivent la discrimination ou l'exclusion. Il y a mûrement réfléchi avant de le dire car, même s'il a toujours été appuyé, il a constaté que tel n'était pas le cas pour bien des séropositifs. Assis confortablement sur une banquette d'un café du Village, sirotant sa tisane, l'homme est dans sa jeune cinquantaine, a les cheveux épars mais le regard vif, sympathique. Vêtu de manière décontractée, l'ancien syndicaliste de la CSN avait accepté, le 1er décembre, de répondre à l'invitation du Bureau régional d'action sida (BRAS) de l'Outaouais et à s'ouvrir au public. «J'étais à la soirée du 15e anniversaire de la clinique L'Actuel [le 14 octobre 1999], au Unity, et j'entendais les comédiens lire des témoignages de gens séropositifs, mais qui voulaient demeurer anonymes, cachés. J'ai été surpris d'une mère monoparentale qui ne voulait pas que cela se sache par peur de discrimination envers ses enfants. Toutes ces lettres m'avaient beaucoup frappé. Donc, si j'ai à contribuer pour les séropositifs, ce sera en prenant la parole pour ceux qui ne le peuvent pas et en parlant d'espoir parce que j'ai été diagnostiqué en 95, et que je suis le traitement de trithérapie, que cela va bien et que tout mon entourage est au courant», explique-t-il.
M. Roy est dans l'arène politique depuis une dizaine d'années, depuis la fondation du Bloc. Lorsqu'il commence ses traitements, il ne le cache à personne; ses enfants, sa famille, ses amis et ses collègues au parti sont mis au parfum. Tout le monde l'accepte. D'ailleurs, le lendemain de sa déclaration, il reçoit des fleurs et le premier appel de la journée viendra de son ancien patron, le premier ministre Lucien Bouchard, avec qui il a travaillé autant à Ottawa qu'à Québec. «Pour moi, le sida est une maladie comme les autres [...]. Si certaines personnes ne l'acceptent pas, c'est leur problème, pas le mien», dit-il.
Mais, il sait que ce n'est pas évident. C'est pourquoi il a hésité avant de poser le geste : «J'ai réalisé que le VIH, ce n'est pas le cancer. Les gens qui l'ont ne s'en cachent pas. Il n'y a pas de tabous, pas de préjugés rattachés au cancer. Je réalisais aussi que lorsqu'on parle de sida, on pense à ceux qui sont exclus, rejetés de la société. Moi, je prends mes pilules ouvertement au bureau et je ne subis pas de discrimination, mais je sais que plusieurs personnes ne veulent pas prendre de pilules à leur travail pour éviter que les gens l'apprennent. Je connais un jeune homme qui travaille pour la ville de Montréal et qui a peur d'être discriminé s'il prend ses médicaments. Ces gens-là risquent ainsi leur vie. Donc, j'ai constaté que j'avais à vaincre une appréhension face à la perception qui entoure le sida. Je pensais aussi à l'impact, je ne voulais pas que les médias fassent du sensationnalisme. J'avais un peu peur de ce qui m'arriverait si je réorientais ma carrière, mais finalement, je ne crois pas qu'il y aura d’effets négatifs.»
Pierre-Paul Roy croit justement que tout le travail de sensibilisation effectué par les organismes ont porté fruits puisque sa réflexion l'a mené à poser ce geste. C'était une manière de leur rendre hommage. Pour le moment, il demeure en politique, donc il n'a pas «d'appréhensions, mais cela dépendra peut-être du milieu», s'il quitte son poste de responsabilités.
L'avenir est donc incertain pour les séropositifs : «Je crois que les choses changent, mais il faut faire attention. Tout n'est pas si "ouvert" qu'on le pense. On n'a qu'à regarder du côté des États-Unis ou même du Parti réformiste pour s'apercevoir des positions assez conservatrices qu'on retrouve en politique [...] C'est d'ailleurs pour ça que j'aime la politique, parce que je crois qu'on peut faire avancer les choses et les changer», commente M. Roy.