Pas gaie, mais presque...

Nathalie Rochefort, députée de Mercier

André-Constantin Passiour
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Lorsque la nouvelle députée de Mercier a été assermentée, le 24 avril dernier, elle a surpris bien des gens avec son discours antipauvreté, contre la discrimination et l'exclusion. Peu de gens savent cependant que Nathalie Rochefort, en plus de se vouer à la cause des jeunes démunis, s'est également dévouée bénévolement pour le Centre communautaire des gais et lesbiennes de Montréal (CCGLM) ainsi que pour d'autres groupes bien qu’elle ne soit pas lesbienne. Les droits de cette communauté la préoccupera.

Dans la jeune trentaine, Nathalie Rochefort s'est fait élire le 9 avril dans ce château fort péquiste qu'était le comté de Mercier, qui comprend le Plateau Mont-Royal et une partie du Mile-End multi-ethnique.
C'est en 1994 que Nathalie Rochefort, la travailleuse communautaire, commence à aider le CCGLM. «Nathalie s'est impliquée dans plusieurs projets. Elle a aidé l'association du Triangle Rose, à l'Université de Montréal, qui avait demandé l'aide du Centre. Elle a été bénévole pendant longtemps et elle connaît bien le Centre et ses problèmes, qu'ils soient financiers ou autres. Même si elle n'est pas [lesbienne], elle connaît bien la communauté gaie et les groupes communautaires gais et lesbiens. Elle a fait beaucoup de développement communautaire», d’expliquer Lise Fortier, responsable de la comptabilité au CCGLM et trésorière de la Table de concertation des gais et lesbiennes du Québec. Jusqu'à tout récemment, elle donnait un coup de main à l'ex-directeur Serge Tremblay afin de préparer les diverses demandes de subventions, «subventions que les gouvernements ne nous ont toujours pas accordées», regrette Mme Fortier.
Infatigable, Nathalie Rochefort s'est dédiée à tous ceux qui souffrent de discrimination. Ayant travaillé durant trois ans à Dans la rue, chez «Pops», il était tout naturel que la députée soit entourée de jeunes de la rue, aux cheveux multicolores, mais certainement pas dénués d'intelligence ou de sensibilité, bien au contraire. Émue de les voir au Salon rouge de l'Assemblée nationale, Mme Rochefort, accompagnée du chef Jean Charest, n'a pu retenir ses larmes lors de la prestation de serment.
Que ce soit lors de son assermentation ou à l’occasion de son premier discours en Chambre, elle est revenue plusieurs fois sur les thèmes de la discrimination, de l'exclusion et de l'intégration. Même si elle n'a pas prononcé le mot «gai», il n'était pas très loin dans son esprit : «J'ai parlé d'exclusion et d'intégration, et les questions gaies sont là. Je n'ai pas parlé du dossier gai tout de suite parce que je ne voulais pas dévoiler toutes mes cartes, mais certains vont avoir des surprises, parce que cela fait une dizaine d'années que je milite au Centre. Je connais bien tout le monde là-bas et les problèmes», confiait-elle quelques jours après son assermentation.
Et elle a bel et bien l'intention de suivre l'évolution des droits des gais depuis son siège. «Le Parti libéral a voté la résolution [en faveur du mariage civil pour les conjoints de même sexe] en octobre dernier et il faut aller étape par étape. J'en ai d'ailleurs parlé avec Laurent McCutcheon et Pierre Valois [les dirigeants de la Table de concertation] et je vais continuer à m'en occuper», assure-t-elle.
Pour cette occasion très spéciale qu'était son assermentation, les libéraux avaient nolisé un autobus avec à son bord plusieurs jeunes de chez Pops, le père Emmett Johns (Pops), des intervenants communautaires, la députée de Bourassa, Michèle Lamquin-Éthier, responsable des questions juridiques gaies au PLQ, et des organisateurs politiques.
Bien qu'il semblerait que le Parti Libéral du Québec se penche de plus en plus sur les droits des gais et lesbiennes, il s'est souvent fait damer le pion par le Parti Québécois. «Le PQ est fort en image», rétorque Mme Lamquin-Éthier, «mais il n'a toujours pas modifié le Code civil [...] Mais c'est peut-être vrai que le PLQ a semblé dormir sur la question pendant un certain temps. On préfère prendre tout notre temps et travailler à des choses concrètes. Un comité d'une douzaine de personnes s'active, et il paraît que les mandats et objectifs ont été arrêtés sur papier "en vue d'actions concrètes"», croit la députée de Bourassa.
Chose indéniable pour l'instant, la communauté gaie et lesbienne semble avoir une alliée de plus à l'Assemblée nationale en la personne de Nathalie Rochefort.