Faire sa sortie pour contrôler sa vie

Yves Lafontaine
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Participer à Divers/Cité, le défilé de la fierté lesbienne, gaie, bisexuelle, transsexuelle et travestie de Montréal, c'est un peu comme faire l'amour : on n’oublie jamais la première fois. L'exhaltation, la libération et l'émotion que les nouveaux venus ressentent suscitent en eux une prise de conscience de l'inutilité d'une vie passée dans le placard, ce qui peut les inciter plus que jamais d'y mettre bon ordre. Habituellement, lors de la prise de décision, entrent en jeu l'honnêteté face à soi-même et aux autres, le contrôle de sa vie et la mise en application de ses propres règles plutôt que celles imposées par la société. Un nombre grandissant de personnes refusent la clandestinité et choisissent de vivre leur orientation malgré tout, car moins de personnes sont prêtes à supporter la frustration et la peur engendrées par le mensonge. Faire sa sortie s'effectue plus tôt dans la vie qu'auparavant, mais même aujourd'hui, le parcours est semé d'embûches.
Tant que vous refusez de reconnaître votre propre sensibilité, il y a peu d'espoir que vous puissiez vivre une existence qui reflète vos aspirations profondes. L'alternative à l'honnêteté est l'enfermement sur vous-mêmes : sort lamentable de ceux qui compromettre leur dignité par l'obligation du mensonge et de la tromperie et qui nient à chaque jour l'essence même de leur être.
C'est aussi se couper de toutes relations franches et sincères.
Comment alors ne pas s'étonner que chaque nouveau venu ressente un tel émerveillement une fois sa sortie accomplie ? Après tout, où peut mener une existence où vous êtes constamment torturés par l'inquiétude que tous ceux que vous aimez découvrent ce redoutable secret ?
Voilà pourquoi il est préférable que cet aveu vienne de vous plutôt que d'un tiers. Au moins, par un geste volontaire, vous conservez votre dignité et contrôlez un peu plus votre vie.
Nous avons tous à vivre cet épisode chacun à notre façon et en temps voulu, car tous, nous avons à assumer les conséquences de notre décision. En fait, c'est un processus sans fin. Plusieurs d'entre nous hésitent parce qu'ils ont la conviction de se jeter dans un précipice.
Nous remettons à plus tard parce que nous «savons» que nos parents ne comprendront jamais, que nos amis et collègues hétéros s'affoleront, que nous nous lamenterons sur notre malheur, et puis que non seulement nous nous retrouverons sans toit et sans travail, mais aussi sans amis!
Un tel scénario catastrophique ne peut que paralyser votre courage à tel point que vous n'oserez même pas entrouvrir la porte de la garde-robe. Mais, comme plusieurs l'ont déjà compris, les conséquences ne sont jamais aussi terribles.
Ce qui ne signifie pas l'absence de tout risque. Quand vous ferez exploser la bombe de votre orientation sexuelle dans le salon ou la cuisine de vos parents, il se pourrait bien que vous traversiez une zone de turbulences.
Cependant, si vous faites preuve de patience, il y a de fortes chances qu'ils acceptent votre point de vue. Accordez-leur le temps de se familiariser avec la nouvelle image sous laquelle vous vous présenterez. Si vous endossez cette attitude, le chemin à parcourir sera long, mais vous pourrez traverser cette épreuve inévitable plus dignement et conserver intactes vos relations avec votre famille.
Divers/Cité est de plus en plus un élément déclencheur. Mais l'enthousiasme suscité en ville pourra-t-il résister à la vie de Beauharnois, Hemingford, Rimouski, Trois-Rivières ou Chibougamau?
Une fois de retour dans votre milieu, avec tous ces hétéros apparemment hostiles prêts à vous tabasser dès qu'ils apprendront la nouvelle, le désir de faire votre sortie pourrait vous paraître bien irréel! Mais, cela vaut quand même l'effort d'entretenir votre rêve.
Ne capitulez pas quand Divers/Cité aura éteint ses feux. Ne battez pas en retraite dans votre placard, car la situation que vie chacun d'entre nous s'améliore sans cesse. C'est seulement quand les hétérosexuels auront des amis fiers et francs qu'ils réaliseront que leur hostilité n'est plus de mise. Plus nous nous affranchirons, moins ils seront homophobes.