Suicide chez les jeunes, reconnaissance des droits, hétérosexisme

À quand une campagne de sensibilisation sur l'homophobie?

Yves Lafontaine
Commentaires
Depuis un an, d'importants changements législatifs &emdash; sans doute les plus importants depuis les 30 dernières années - ont été adoptés au Québec et au Canada. Cela ne signifie pas pour autant que les mentalités vont évoluer et que les préjugés, eux, vont disparaître rapidement. Toutefois pour mieux y parvenir, il est temps de lancer une importante campagne de sensibilisation sur l'homophobie et ainsi préparer un avenir meilleur pour les jeunes. Comme les autres jeunes de leur génération, les jeunes gais vivent leur vie sexuelle bien avant d'avoir une autonomie par rapport à leur milieu familial et une indépendance économique. Or, au moment du passage, souvent difficile, de l'adolescence à l'âge adulte, ces jeunes doivent s'accommoder d'une orientation sexuelle marginale. Même s'ils découvrent une homosexualité plus banalisée qu'avant— tout au moins hors du milieu familial —, il leur faut sortir du silence et de l'exclusion et se construire un environnement qui leur offre des possibilités de rencontres et de socialisation avec d'autres jeunes gais. Cette conquête d'un mode de vie qui rend possible l'actualisation de leur orientation sexuelle ne s'effectue pas sans difficulté. Pour preuve, il faut souligner les quelques études américaines concernant le suicide chez les jeunes gais et les résultats divulgés par la Cohorte Oméga (71,3 % des répondants déclarent avoir eu des idées suicidaires).
Dans les milieux familial et scolaire, là où l'attente de la conformité sexuelle est la plus forte, les jeunes gais vivent une situation très difficile : une majorité s'enferme dans le silence. Ceux qui le rompent s'exposent au risque d'être rejetés ou ostracisés.
Plusieurs ont dit que l'adoption de lois au provincial et au fédéral allait tout changer, que la population en général ne verrait plus les gais et les lesbiennes de la même manière. Si l'adoption de la Loi 32, l'an dernier au Québec, et de la Loi C-23, cette année au Canada, sont effectivement les plus grands changements législatifs vécus par les gais et les lesbiennes depuis la décriminalisation des pratiques sexuelles entre personnes de même sexe en 1969, ça ne veut pas dire pour autant que les mentalités et les préjugés, eux, vont disparaître rapidement.
L'hétérosexisme institutionnalisé et l'homophobie d'une partie de la population constituent des obstacles sérieux à l'exercice des droits des gais et lesbiennes, à faire reconnaître leurs couples, ou tout simplement être à eux-mêmes aux yeux de tous. Cela est davantage vrai pour les jeunes qui hésitent presque tous à faire part de leur orientation sexuelle à leurs amis hétérosexuels avant d'entrer au Cégep ou même à l'université de peur d'être rejetés ou ostracisés. Il importe donc qu'une campagne de sensibilisation sur l'homophobie soit menée auprès de la population afin de modifier de manière significative les attitudes des gens envers l'homosexualité. L'homophobie, ce n'est pas un problème limité à la communauté, c'est un problème de société.
De telles campagnes d'éducation populaire ont déjà été réalisées avec succès par Québec pour contrer le sexisme et le racisme. Le Canada, pour sa part, s'est bien engagé dans la guerre contre le tabagisme; pourquoi pas contre l'homophobie? Une campagne sur l'homophobie serait une première en Amérique et aurait l'avantage de viser les attitudes. Si les fonctionnaires manquent d'idées, il existe des exemples nombreux dans les pays scandinaves et en Allemagne. Ils n'ont qu'à aller voir ce qui s'est fait ailleurs.
•••
Parlant de campagne de sensibilisation, il apparaît surprenant également que, à la suite de l'adoption de la Loi 32, le gouvernement du Québec n'a pas encore lancé de campagne d'information concertée émanant des différents ministères auprès de la communauté gaie et lesbienne pas plus qu'auprès de ses fonctionnaires. La communauté, via le fasicule Un droit au cœur de nos vies de la Table de concertation des lesbiennes et des gais du grand Montréal a fait sa part, mais -ce suffisant? Il ne se passe pas un mois sans que nous recevions, ici même au magazine, des témoignages de lecteurs et de lectrices qui ont reçu des informations contradictoires et erronées quant à l'application de la Loi 32 et de ses implications dans nos vies.
Le gouvernement du Québec avait fait un pas en publiant une brochure sur la Loi 32, l'an dernier. Malheureusement, celle-ci ne faisait que relater les étapes de la promulgation de cette loi et les engagements du gouvernement du Québec à cet effet, sans offrir d'information sur les modifications réelles apportées par cette loi et sur leurs effets dans la vie des gais et des lesbiennes.
Allez, encore un petit effort...