Le retour de la syphilis...

Augmentation des cas

André-Constantin Passiour
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Les autorités médicales du Canada, des États-Unis et de la France rapportent une augmentation des cas de syphilis depuis les deux ou trois dernières années. Dans plusieurs villes, une importante proportion de ces cas se trouvent chez les hommes gais. À Montréal, depuis le début de l'an 2000, sur onze cas diagnostiqués, neuf sont des gais... La plus forte croissance a été observée à Vancouver, surtout dans le quartier de East Hastings, où l'on retrouve des usagers de drogues injectables (UDI), des prostitué(e)s et des jeunes de la rue. Là, depuis 30 mois débutant en juillet 1997, pas moins de 273 cas ont été recensés. Calgary a enregistré, neuf cas à l'automne de 2000, puis rien. Ottawa aussi a connu six cas depuis de le début de 2001. À Calgary comme à Ottawa, il s'agissait d'hommes gais. Par contre, rien n'a été déclaré à Toronto. À New York, 57 cas ont été enregistré au cours du premier trimestre de 2001, alors que pour toute la durée de l'an 2000, 112 avaient été déclarés. Là encore, tout comme à Paris, les gais forment un bon contingent.
«En cinq ans, dans une variété de populations, il y a eu une croissance, un petit boom de syphilis. [...] On peut penser que c'est à la faveur de voyages, par des contacts sexuels, que la syphilis se propage», explique le Dr Gilles Lambert de l'Unité des maladies infectieuses de la Direction de la santé publique. D'ailleurs, cette maladie semblait inconnue en Europe avant la découverte des Antilles par Christophe Colomb... Ce microbe s'attrape par contacts sexuels : frottements, sexe oral, masturbation mutuelle ou pénétration. La personne contagieuse peut la transmettre même si elle n'a pas de symptômes évidents. Habituellement, un simple test sanguin détecte l'infection.

Les manifestations
La syphilis se manifeste en trois phases. D'abord, on voit apparaître des lésions non douloureuses (chancres) à l'endroit où le microbe a initialement pénétré dans l'organisme et ce, dans une période de 9 à 90 jours (généralement trois semaines) après la relation sexuelle avec une personne infectée. Les plaies peuvent apparaître sur le pénis ou à l'intérieur de la bouche ou de l'anus ou encore autour du vagin ou dans celui-ci. Les lésions dans le vagin ou l'anus passent souvent inaperçues et peuvent disparaître toutes seules. Mais le microbe reste présent dans l'organisme et peut être transmis lors de relations sexuelles.
Ensuite, de six semaines à six mois plus tard, on peut ressentir des symptômes semblables à ceux de la grippe. Parfois, une poussée de rougeurs peut survenir dans la paume des mains, sur la plante des pieds ou ailleurs sur le corps, et l'infection évolue sournoisement sans aucune manifestation perceptible. Après ce stade, la personne atteinte reste contagieuse pendant encore six autres mois.
Mais attention, si elle n'est pas soignée, la maladie peut entraîner des conséquences, c'est la troisième étape : «Les complications ne sont pas négligeables pour une certaine proportion de gens. Il y a des atteintes neurologiques : paralysie des yeux ou de membres, démence et méningite; ou cardiaques, c'est-à-dire que le cœur devient insuffisant en raison de valves bloquées ou de l'aorte qui se sclérose. Mais, cela n'arrive que si la maladie n'est pas traitée», continue le Dr Lambert.
C'est avec de la pénicilline que cela se soigne. Généralement, une seule dose suffit. «C'est une maladie niaiseuse quand on s'en occupe et cela se traite très bien. De plus, ce sont des traitements bien connus, sans danger et gratuits pour la personne infectée», dit le Dr Lambert.

Syphilis et VIH
Si une personne est déjà infectée par le VIH, la syphilis peut aggraver son état de santé. Les lésions deviennent des portes d'entrée pour le VIH qui va se propager plus facilement dans l'organisme. Chez un individu séropositif, la syphilis pourra évoluer plus rapidement et ce, avec des difficultés plus graves : soit des atteintes neurologiques ou cardiaques qui, autrement, n'arrivent que rarement. Particulièrment si on est séropositif, il faut s'assurer que la syphilis soit bien traitée pour être bien certain qu'elle a été éliminée.
Pour l'instant, à Montréal, il n'y a pas lieu de s'inquiéter, seulement d'être prudent. «On ne dit pas que tout homosexuel doit être dépisté. Toutefois, si on a des partenaires multiples et anonymes, qu'on a eu des partenaires lors de voyages, même si on n'a pas de symptômes, il serait bon de se faire tester», indique le Dr Lambert. La vigilance est donc de mise.
«Ici, si on se compare aux autres villes canadiennes ou américaines, les gais continuent d'être prudents et sécuritaires dans leurs relations. Mais, on voit petit à petit quelques cas de syphilis. C'est comme si on avait oublié que les autres MTS existaient aussi. Il faut donc en être conscient et demander à son médecin de faire des tests de MTS, surtout si on a des partenaires anonymes», nous disait il y a déjà quelque temps le directeur général de Séro Zéro, René Lavoie.
Pour une évaluation et pour passer un test, on peut consulter son médecin, son CLSC ou l'équipe d'intervention sida/MTS du CLSC des Faubourgs, au (514) 847-0644, ou encore la Ligne d'info MTS, au (514) 855-8995 ou le site Internet de Séro Zéro: www.sero-zero.qc.ca