La voiture hybride

Tendances

Denis-Daniel Boullé
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La voiture toute électrique étant encore trop lente, manquant d'autonomie, fonctionnant avec des piles bien encombrantes, les constructeurs se penchent vers des solutions hybrides pour les prochaines générations d'autos. Deux constructeurs japonais font office de pionniers : Honda avec la Insight et Toyota avec la Prius. Il semblerait que les Américains, qui voient chaque année leur part de marché diminuer, même à l'intérieur de leurs frontières, se lanceront très prochainement dans la course. On démarrera à l'électricité et on roulera à l'essence. Depuis le premier choc pétrolier en 1973, tant les gouvernements que les manufacturiers automobiles ont cherché une source d'énergie alternative à la bonne vieille essence. En effet, les réserves de pétrole ne sont pas inépuisables, la fluctuation des coûts de ce dernier font craindre les grandes industries de l’auto, et c’est sans compter les traités internationaux enjoignant les pays de diminuer leur taux d'émission de gaz polluants. Certaines villes se sont déjà équipées de véhicules électriques aux États-Unis ou en France, mais force est de constater que les limites et les contraintes de ces véhicules ne pourraient convenir au grand public. Faible autonomie, temps de recharge des piles trop long, performance et nervosités bien en dessous d'une toute-à-essence».
En attendant une tout-électrique avantageuse, les chercheurs ont coupé la poire en deux : se servir des deux types d'énergie dans un même modèle. En somme, l'électrique vient en aide au thermique dès que celui-ci ressent des contraintes fortes, comme pour la Prius, lors de gravissement de côte ou de dépassements rapides, ou encore pour affronter des contraintes plus faibles, à l’insta de la Insight, dont le moteur électrique intervient dès que vous quittez votre place de stationnement ou que vous repartez au feu vert.
Vous avez sûrement croisées de ces véhicules dans les rues de Montréal. La Honda Insight se reconnaît au premier coup d'œil. Sa forme ovoïde abrutpement tronquée lui donne des allures d'ovni. Stricte deux places, cette petite traction avant se voit dotée d’un moteur électrique qui se joint en cas de besoin au moteur traditionnel. Cette technologie permet une consommation d'essence des plus réduites puisque le constructeur annonce un faible 3,9 litres/100 km en ville et 3,2 litres/100 km sur la grande route. De quoi satisfaire nombre d'écolos. Les inconvénients sont néanmoins nombreux, puisque l'arrière est encombré par ce fameux moteur électrique et, bien entendu, par les imposantes piles. Idéal pour un couple ou une personne célibataire.
La Prius de Toyota s'est donné une forme plus discrète, qui n'est pas sans rappeler sa petite sœur Écho. Même proue plongeante, même ceinture de caisse haute. À la différence de la Insight, nous avons affaire à une véritable quatre places. L'espace n'est pas amputé par les piles et le moteur électrique. L'originalité de ce moteur hybride, c'est que les batteries se rechargent par l'énergie cinétique obtenue au freinage ou en roue libre. Un écran sur le tableau de bord indique les moments où les piles se rechargent. Leur longévité doit pouvoir vous faire parcourir de 150 000 à 200 000 km, mais le coût de leur changement est à prévoir à l'achat du véhicule. Moins sollicité que sur la Insight, le moteur électrique n'affiche pas une réduction de consommation d’essence aussi spectaculaire que sa concurrente de chez Honda, mais bat tout de même allègrement la plus économique des autos à moteur traditionnel.
Le seul défaut, et de taille, c'est le prix qu’il faut payer pour rouler plus écologiquement. Il faut débourser environ 30 000 $ en sachant que ces nouvelles techniques peuvent entraîner un entretien et des réparations onéreux. Idéales en ville, là où la pollution par hydrocarbure est la plus forte, elles ne peuvent être achetées comme véhicules pour effectuer de grandes distances, même si leurs prestations routières peuvent être comparables aux autos conventionnelles.
Est-ce le prix trop élevé ou les règlementations de plus en plus sévères de certains États en matière d'émissions polluantes ou l'encombrement des piles qui ont plutôt fait pencher les manufacturiers américains vers l'adaptation de ce type de motorisation à leurs gros véhicules utilitaires? Sûrement toutes ces raisons. Toutefois, les trois géants américains souffrent de la concurrence japonaise et allemande dans la catégorie des berlines. Seuls leurs véhicules utilitaires (4 X 4) les sauvent actuellement d'une débâcle. Faisant la démonstration qu'il y a un marché potentiel de conducteurs prêts à débourser plus de 30 000 $ pour un véhicule sport utilitaire, et que ces derniers sont de gros énergivores lorsqu'ils passent à la pompe, il serait tout naturel que l'installation «encombrante» d'un moteur électrique soit envisager prochainement sur les nouveaux mastodontes de la route.
Donc, si l'Insight et la Prius ouvrent la voie à l'énergie mixte, la concurrence des Américians est d’ors et déjà à prévoir même si aucun autre constructeur (GM serait le premier) n'a avancé de date de lancement. À suivre.