Le tourisme rose

Notre ami Claude

Yves Lafontaine
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Comme chaque été, Claude viendra faire un tour à Montréal. Il adore les feux d'artifices, et sa date d'arrivée coïncide généralement avec les dernières soirées d'illumination. Claude est Français, gai et, comme tant d'autres gais, a écumé de nombreuses destinations roses : San Fransisco, Berlin, Londres, New York, Ibiza, Barcelone, Stokcholm, Amsterdam et plusieurs autres. Cependant, il a toujours son rendez-vous annuel avec Montréal.

Il a connu la rue Saint-Denis sous la neige, il a fait crisser les feuilles mortes de la Montagne sous ses pieds l'automne et, par la même occasion, a fait quelques rencontres. Il a arpenté la ville dans tous les sens, comme il en a découvert tous les lieux gais. Il a plusieurs fois marché sous un soleil de plomb un dimanche de fierté et dansé sur la Sainte-Catherine jusqu'aux petites heures du matin. Il a vécu la fièvre de l'ouverture du festival Image + nation, brunché les dimanches midis sur l’avenue Mont-Royal, passé des nuits en dehors du domicile amical, apprécié quelques siestes l'après-midi au Parc Lafontaine. Il connaît mieux le Vieux Port de Montréal que d'authentiques Montréalais. Claude épluche consciencieusement les magazines culturels — ainsi que Fugues — pour avoir le bonheur de visiter une exposition, ou de s'enfermer dans une salle pour un concert de jazz, ou de s'enquérir d'un artiste comique à découvrir, ou de profiter des soirées de Nuits d'Afrique (tout ce qui provient des alentours et du Sud du Tropique du Cancer l'attire, et pas seulement pour ses représentants masculins).
Claude est un touriste. Un touriste gai. Un touriste gai récidiviste. Il a développé au fil des ans une histoire d'amour avec Montréal. Pas seulement pour ses amis, pas uniquement pour le quartier gai, mais pour tout ce qu'il y a autour de ses amis et du Village. Claude a ses habitudes, ses rues préférées, ses restaurants de prédilection.
Et il n'est pas le seul touriste à être tombé sous le charme de Montréal. Ils sont de plus en plus nombreux à s'être laissé envoûter par une ville qui avait une image folklorique, synonyme de froid et de neige. Le cliché s'estompe pour laisser s'épanouir un autre visage plus séduisant, presque irrésistible, qui oscille entre une chaleur méditerranéenne et une nonchalance californiennne. Pour les Américains profitant d'une longue fin de semaine, les Australiens se déplaçant pour le Black & Blue, les Européens découvrant le continent américain, Montréal s'est inscrite peu à peu sur la planète gaie, pas instantanément, mais à sa manière, c'est-à-dire en douceur.
Claude, une fois rentré à Paris, fera comme beaucoup d'autres amis gais qui ont découvert Montréal, il en parlera autour de lui.
Ce faisant, le nombre de visiteurs (et de futurs amis) augmentera encore cet été, c’est certain. Soyons prêts à les accueillir.

 

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Publié le 31 janvier 2002

par Yves Lafontaine