De Stonewall à la loi 32

Yves Lafontaine
Commentaires
Soulagement et satisfaction : la loi 32 a été adoptée à l'unanimité par l'ensemble des députés québécois dans la soirée du 10 juin dernier. À l’unanimité, les conjoints de même sexe ont les mêmes droits et les mêmes obligations que les conjoints de faits hétérosexuels (non mariés). La loi 32 va modifier 28 lois et 11 règlements. Dans la grande vague qui déferle en Europe et au Canada pour donner un cadre formel aux conjugalités gaies et lesbiennes, le Québec vient de se tailler une place de choix. Mais, au-delà de cette avancée législative importante, la loi 32 a aussi une valeur symbolique. Certes, la société québécoise était prête à ce changement, mais la loi 32, et la visibilité médiatique qui l'entoure, enfonce un peu plus le clou du changement, non pas dans la banalisation de nos relations, transformant d'un coup de baguette magique les couples de gais et les couples de lesbiennes en de pâles imitations des couples hétéros, mais bien en leur donnant une place légale dans le champ du social et du politique. Dorénavant, les réalités des couples homosexuels, devront être prises en compte. Le couple ne pourra plus se conjuguer sur le simple mode de l'hétérosexualité, et on devra tenir compte des nouvelles modalités. Le couple de même sexe reçoit en fait l'aval de la plus haute instance d'une société. Ce n'est pas rien.
Avec la loi 32, un signal est envoyé aux gais et aux lesbiennes en couple de sortir du placard et de ne plus vivre leurs unions sur un mode mineur. Pour les jeunes gais et lesbiennes, c'est aussi un encouragement à envisager une relation à visage découvert.
La loi 32 n'est toutefois pas une loi miracle, elle ne règle pas tout. Il y a donc une place à investir et des cartes à avancer pour les revendications à venir. Mais, pour le moment, réjouissons-nous des nouveaux droits acquis, de la place plus équitable qui est faite à nos conjugalités.
S’il n'est peut être pas encore temps de voir le détail des modalités d'application d'une telle loi (nous reviendrons sur ce chapitre le mois prochain, alors que des spécialistes seront mis à contribution), il est tout au moins le temps de souligner la contribution de ceux et celles qui ont été directement et indirectement les auteurs de cette loi.
Il faut bien évidemment remercier pour son courage le gouvernement en place et en particulier le député de Sainte-Marie/Saint-Jacques, André Boulerice, qui a fait cheminer le dossier de la reconnaissance des conjoints de même sexe au fil des derniers mois. Il faut également souligner l'apport des militants actuels et passés qui ont contribué — à divers degré — à la construction de ce projet et à exercer sur le pouvoir politique une pression bénéfique.
Coïncidence de l'histoire, le 27 juin prochain sera le trentième anniversaire des émeutes de Stonewall. Rappelons que, révoltés par les descentes de police abusives dans des bars gais, des clients — des gais et des transsexuels — du Stonewall résistaient aux forces de l'ordre. De là s'en est suivie une occupation de la rue et la construction de barricades : les gais new yorkais ont tenu la police en haleine pendant trois jours. Si l'événement est passé inaperçu pour les gais de l'époque, il n'en demeure pas moins le premier moment où des gais sont sortis (violemment), au propre comme au figuré, sur la place publique pour faire entendre leur voix. Les premières célébrations de la fierté gaie et lesbienne (gay prides) sont d’ailleurs nées pour commémorer cet événement.
De Stonewall sont nés les premiers mouvements de revendication gaie pour la reconnaissance des droits. Ils ont vu le jour aussi bien aux États-Unis qu’au Canada et en Europe. Ils ont contribué à faire changer l'ordre des choses. Nous sommes tous des héritiers de Stonewall. La loi 32 s'inscrit dans la droite ligne de cette volonté des gais et des lesbiennes d'être des acteurs sociaux à part entière.