L’affirmation d’une fierté lesbienne

La fierté au féminin, différente ?

Jodi Millot
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Je pense qu’il n’a pas de quoi être fière d’être homosexuelle. En revanche, là où il y a fierté, c’est dans le fait de l’avoir accepté et assumé, dans le fait d’être visible afin d’aider les autres à s’accepter. Pour moi, le sens des célébrations de la fierté correspond à une volonté de visibilité dans laquelle nous nous retrouvons tous, homosexuels, hommes ou femmes. Mais il y a des nuances : chez les hommes gais, on oppose souvent fierté et honte, peut-être parce qu’avant d’être fier, on était honteux. Si on ressent moins cette opposition chez les lesbiennes, c’est parce que, pour elles il existe un état entre la honte et la fierté : celle de l’invisibilité.
Je connais beaucoup de lesbiennes qui sont très intégrées dans des cadres très discriminants comme la famille et le travail et qui arrivent très bien à assumer une double-vie. La question de la fierté ne se pose donc pas de la même manière pour elles.
Nous vivons dans une société où l’homme doit avant tout prouver qu’il est un homme. L’homme gai aussi a besoin de se valoriser, notamment en se déclarant fier, puisque lui aussi doit prouver qu’il est bien un homme et pas une «tapette», une «femmelette».
Une lesbienne est davantage en rupture des schémas traditionnels. Elle n’a pas à prouver qu’elle est bien une femme; elle cherche plutôt à échapper au régistre traditionnel : fille, épouse ou mère. Pour une lesbienne, la fierté, c’est de ne pas avoir besoin des autres pour vivre, et les autres, c’est aussi les hommes... Je pense vraiment que la fierté d’une femme, homosexuelle ou non, c’est cette notion d’indépendance.
Cette différence d’approche se retrouve aussi dans la manière d’affirmer la présence lesbienne lors du défilé de Divers/Cité. Les femmes y sont visibles bien que d’une manière moins exacerbée. Il est vrai que cet événement a une forme très masculine, dans son excès. Les femmes sentent ont doute moins besoin d’être démonstratives : une femme se satisfait de se savoir indépendante et en accord avec elle-même. Un gai, en plus de cela, a davantage besoin de se rassurer de ses choix par l’image qu’il en donne.
Contrairement aux preières marches gaies à Montréal, je trouve que les lesbiennes s’intègrent très bien à l’esprit festif de DiversCité, qui est devenu une fête mixte à part entière.