Les diverses méthodes d’insémination

Du don à la banque de... sperme

Claudine Metcalfe
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Le don Une lesbienne qui désire avoir un enfant n’a, il va s’en dire, pas de choix : elle doit recevoir du sperme! Plusieurs optent pour une histoire d’un soir, ce qui est le plus facile. On sort en boîte de nuit, on demande à un beau gars ou a une connaissance, et hop! Après quelques verres ou une bonne méditation, l’affaire est faite! Avec de la chance ou après quelques tentatives, le tour est joué. Les lesbiennes qui vivent en couple préfèrent la méthode de la «poire à dinde». Eh oui, tant qu’à laisser sa blonde aller à la chasse au papa, certaines préfèrent qu’un ami donneur remplisse de son précieux liquide une poire. Celle-ci sera ensuite insérée profondément dans le vagin de la future maman par la conjointe. Cette méthode est de plus en plus populaire. Souvent l’ami donneur est un gai en couple qui veut que son sperme serve à quelque chose. On y voit associé un rituel amoureux où la conjointe va récupérer le sperme et, lors d’échanges sensuels, elle insémine sa tendre moitié.
Le danger de ces méthodes de don est très grand puisque, même si on «connaît» le donneur, il n’est pas dit que son air propre ne cache pas de maladies : MTS, sida et autres pour la maman, et une multitude de facteurs inconnus pour le bébé.
L’autre façon de recevoir le sperme est médicale. Une lesbienne n’a qu’à se présenter chez son médecin de famille ou chez un médecin reconnu pour l’insémination artificielle. Aucune loi n’interdit à un médecin d’inséminer une lesbienne. Par contre, comme il n’y a rien dans la loi, le médecin prend sur son âme et conscience cet acte médical. Pourtant, la loi est claire et le code de déontologie de la médecine l’est encore plus : le médecin doit prêter assistance à un patient qui réclame un acte médical et le Collège des médecins ne pourrait réprimander un médecin qui aurait fait cet acte.
Selon Mme Bernier, du service des communications du Collège, il n’y a pas de mise à jour des politiques d’insémination, et la dernière réflexion remonte à 1983. Chaque clinique a son mandat précis et sa clientèle, et chaque médecin en cabinet privé peut choisir de faire l’insémination ou non.
On observe une extrême prudence de la part du praticien et la majorité des médecins sont tellement mal à l’aise (quand ce n’est pas carrément homophobes) qu’il vont refuser l’acte médical. Mais les demandes sont si rares que le sujet n’est pas prioritaire. Les lesbiennes préfèrent consulter un médecin qui traite de façon adéquate une amie lesbienne ou elles vont demander des références aux groupes communautaires.
Le Dr A.M. est un des docteurs qui acceptent depuis une dizaine d’années d’exercer des inséminations sur des lesbiennes. Bien que les débuts furent difficiles — certains collègues lui reprochaient d’inséminer des femmes célibataires (dont des lesbiennes) —, il considère que la déontologie l’incite bien plus à faire ces actes médicaux (que d’aucuns qualifiaient d’immoraux à l’époque) que de laisser la patiente seule à elle-même, avec les dangers inhérents. Le recours à un médecin assure que le sperme est de qualité supérieure sans danger pour la santé et que le contrôle médical est rassurant dans toutes les démarches.
Les désavantages de l’insémination par ces médecins sont liés au coût exorbitant (près de 1000$ de l’essai) et à la patience que tout cela requiert : il faut compter plusieurs essais avant de tomber enceinte, à cause de la fluctuation dans le cycle menstruel et le stress de se faire inséminer médicalement.

La banque de sperme
Les diverses cliniques de fertilité au Québec ont accès à des banques de sperme où tout don est analysé, contrôlé et vérifié pour avoir du sperme sain et fort. Seuls les couples hétérosexuels peuvent avoir accès aux cliniques de fertilité. Il y a deux ans, une lesbienne a porté des accusations de discrimination devant la Commission des droits de la personne du Québec, et la Commission a jugé que ces pratiques ne sont pas discriminatoires : les cliniques ont comme vocation d’aider les femmes infertiles, pas celles qui n’ont pas de conjoint! Les lesbiennes vivant en Ontario ou en Colombie-Britannique peuvent, quant à elles, aller dans de telles cliniques, par exemple, la Genesis Fertility Clinic à Vancouver. Mais, au Québec, ce n’est pas possible. Plusieurs médecins travaillant dans ces cliniques doivent se conformer aux règles de l’établissement, mais, en pratique privée, ils font de l’insémination aux lesbiennes ou aux femmes célibataires.

La FIV
Pour celles qui ne peuvent tomber enceintes, des techniques modernes maintes fois éprouvées sont utilisées. La fécondation in vitro (FIV) en est une.
Qui ne se souvient pas de la mignonne Louise Brown, le premier bébé éprouvette? Elle était la première d’une longue liste d’enfants nés avec la méthode de fécondation in vitro. Avec cette méthode, l’ovule de la mère est fécondé avec le sperme d’un homme, dans un milieu externe, la fameuse «éprouvette». Cette technique maintenant banale est utilisée en clinique pour les mères hétérosexuelles, en couple stable depuis deux ans, qui éprouvent des problèmes de type médical : l’utérus rejette systématiquement l’ovule à peine fécondé. Une fois le zygote formé, il est replacé dans l’utérus, et la grossesse se poursuit normalement.

Les mères porteuses
Une lesbienne peut demander à une femme (hétérosexuelle) de porter l’enfant pour elle et ainsi, à la naissance, elle pourra garder l’enfant. Si cette façon est peu utilisée, c’est que la mère biologique conserve les droits.

La loi anti-maman lesbienne!
Une grande bataille menée depuis des années pourrait aboutir au printemps prochain : une recommandation datant de près de 10 ans devrait être reconnue par la loi fédérale, la loi sur la procréation assistée. Cette loi réglementera les banques de sperme de façon plus stricte. Ainsi, le médecin de famille qui insémine une patiente sera tenu de connaître la provenance exacte du sperme et ce dernier sera mieux analysé et contrôlé. «C’est une grande victoire pour les lesbiennes parce que, comme nous n’avons pas accès aux cliniques de fertilité, les risques sont plus élevés pour nous. Si une ligne dans cette loi nous protège davantage, c’est un grand pas!» assure Mona du comité politique de l’Association des mères lesbiennes. La prochaine étape sera la reconnaissance de la co-mère, avec ses droits et ses responsabilités, mais cela s’inscrit dans un autre débat.
En attendant, forte d’une lettre d’appui de la Fédération des Femmes du Québec, l’Association des mères lesbiennes présente son mémoire à tous les médecins qui les invitent, afin de mieux comprendre la réalité des mamans lesbiennes et de celles qui veulent le devenir.
L’Association des Mères lesbiennes: (514) 846-1543.